SEPTIÈME ET DIXIÈME COIOCANDEM^T
9VK LE TÔL ET I.A RESTITUTION.
2fbn furtum fades, ...
Vous ne commettrez aacan vol. (JSrod. c. xx. )
Je laisse , mes chers frères , toutes les formes oratoires. Deux Terités à établir par ma* niére d'entretien : le nombre de ceux qui vo* lent est très grand ; le nombre de ceux qui restituent est trèa.petit.
pe ViRiTÉ. Nombre considérable de personnes qui fout tort à autrui dans ses biens. On voudrait ne r^arder comme tels que ceux qui arrêtent les passans sur les routes publiques y ou qui 9 s^introduisant dans nos maisons y s'emparent secrètement ou de vive force de ce qui ne leur appartient pas. Mais la religion et la morale humaine assignent ici dix
StT&LCSGOMMAKDBMETTS DBDIET7. 34l tiasses difTérentes auxquelles je suis obligé d^âppliquer la qualification qui naît de ces mots : NonfUrtumJacies.
Ceux-là volent 9 \^ qui dans les affairesemploient des fraudes et des supetcherieS) qui ménagent de loin des clauses dérogatoires et nulles. Hélas ! faut-il^ pour un misérable iu« térêt humain^fouleraux pieds la sainteté des contrats et commettre d^indignes bassesses!
Ceux-là volent )a<> qui vendent le plus cber qu^ils peuvent) qui surfont aux uns plus qu^aux autres 9 qui confondent à dessein les prix et les qualités. Depuis qu^une horrible Révolution a éclaté au milieu de nous^ il est rare de trafrquer avec honneur et avec conscience.
Ceux-là volent , 3® qui donnent une monnaie fausse ^ ou une marchandise avariée qu'ils soutiennent être bcmneî ou qu'ils ne font pas connaître pour ce qu'elle est. Vous auriez été trompés que vous n'avez aucun droit de trom« per les autres et qu'il vous faut plutôt porter avec patience le poids d'un malheur imprévu.
4^ Je suis forcé d'appeler voleurs les jour* naliers qui passent des heures entières dans la fainéantise, comme si le temps était à eux^ et qui toutefois reçoivent le salaire d'un ouvrage qu'ils n'ont pas fait.
5^ Même dénomination à donner aux domestiques qui ne gagneut point leurs gages ,
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qui admettent des compensations ; •••• qui usent de ce qui est dans la maison sans quVn le leur donne , qui disposent du vin à va* ]ontë) qai ne yetUent aucunement aux inl<:rets de leurs maîtres, etqutnelesaTertissent point du préjudice qu^on leur porte et dont ils deviennent solidairement responsables.
6^ Je ne puis excuser de vol ceux qui ne paient pas leurs dettes : nemini quîdquamde" beath (Rom. xin, 8), et qui par là deviennent la cause principale de la misère où tombent parfois les marchands y les journaliers et les artisans. Tous les principes d^honnenr et d'humanité se soulèvent contre un monde Sniqne qui s^acquitte seulement de ce qu^'l doit au jeu y et qui, dans un rang élevé, croit qu'on lui manque d'égards et de respect , si on lui demande humblement le prix des mar^ chandises livrées et des services rendus.
7® Ceux-là volent qui , contre la 4}isposi tion des édits et des lois, de la religion et de la raison, tourmentent le pauvre par des usures et accélèrent sa ruine par leurs prétendus bienfaits.
8« Ceux-là volent qui , jeunes enfans , pillent le fruit , dévastent les campagnes et prennent de l'argent à leurs parens, sous prétexte que ce sont leurs parens, et qu'ils doivent en hé* rîter un jour.
90 Ne vous récriez pas à la sévérité si je
SXTR LES COBIMAKD£M£^S ÛB DIEU. 343
comprends aussi a a nombre des voleurs ceuxqui recèlent, sous quelque prétexte que ce puisse être, des effets dérobés et qui gardent ce qu'ils ont trouvé , comme si le hasard (souffrez cette expression) était un titre valable pour acquérir et posséder.
loo EnGn ceux-là , aux yeux de la religion et de rbumanitéysontdes voleursqui ne font point Paumône aux pauvres. Nous ne sommes que les administrateurs de nosbiens;etlesi]^perflu des ricfaesest le nécessaire dePindigent.
Voilà dix classes d'hommes qui rei^fermei^t une incroyable multitude» Tous ont le bien d'autrui entre les mains; tous sont obligés à restituer : mais quHl y en a peu qui veuillent le faire! C'est la seconde vérité que j'avais à établir.
!!• VAB.ITÉ. Que l'on doive restituer, c'est .lin principe incontestable. La restitution esjt de droit naturel : Res, clamât domino. EUle est de droit divin : Reddite ergo omnibus de-bita , dit l'Apôtre. {Rom. xiii.) Et Je Seigneur dans les prophètes s'engage à pardonner à celui qui aura restitué (Ezech. xxxiii); comme aussi il annonce que s'il y a des hommes qui foulent les peuples, qui bâtissent des palais et des maisons d'injustice | la pierre criera contre eux du milieu de la muraille, et le bois qui en assemble les parties deman,-
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dera vengeance, [ffabacuc, h , 1 1 .) Samt A.ix« gustin répète souvent dans ses ouvrages , qu« le péché n^est remis que quand on restitue ce qui a été enlevé : Non dimittitur peccet»
tum, nui restituatur ablatum. (Ep. iSS^ad JMEaced., n® ao.)
Cependant, mes &éres, lorsque nous vous pressons de satisfaire k ce devoir im^périeux de vos consciences, vous vous excuses tous ou presque tous. Et pins les sommesdetenues injustement sont considérables, moins il y a de facilité à les faire reiidre*
Je vstîs confondre vos prétextes.. Si j'ar ftîf tort à autrui, dites-^vous, je m^Vn suis cons ièssé; que voulez- tous diavan<age?Chrétrens, nous remettons les fautes 5^ nous ne remettons point les restitutions que toutes les lois drvines et hamaines prescrivent. Si la coule &sîon couvrait hs vols , elle encouragerait â ea commettre j et ce qui est un levier si puissant dans l'ordre de la morale ^ ruinerait la. morale elle* même.
Vous continuez : mais je ne puis restttuer-^ les moyens de le faire me manquent.— Cette excuse ne serait- elle pas vaine? On se donne cbaque jour de nouveaux ajustemens 5 on satisfait sa sensualité : et Ton n'a rien pour restituer !'-— Je suis domestique et j'atten(h mes gages. Je restituerai alorsle dommage que j'aî causé. Mais ne ponvea-vous pas et ne devexr^
SUR JJL8 COMMAKDEMBKS DS DISV. 345
TOUS pas commencer dès ce moment et fiiire partiellement au moins la restitution qui vous grève?
On me dit de toutes parts : Je restituerai certainement quand je serai plus riche. Mon cher frère « il est plus court et plus &cile de le dire que de le faire. Vous ne cherchez qu^à nous surprendre. Quiconque renvoie sa conversion y ne se convertit guère : de même celui qui ajourne la restitution meurt le plus souvent dans les liens de son iniquité.
Mais je donnerai aux pauvres! Chrétiens j faites 1-aumône de votre bien ( 7b5. xiv ) et non de celui des autres. Accomplissez toute justice {^Matth. lu^ iS) avant de pratiquer les œuvres de charité. Les pauvres en général ne peuvent être substitués aux véritables propriétaires et maîtres de la chose enlevée y quWtant qu'on ne peut retrouver ceux ci, quelque diligence qu'on fasse ; qu'autaut qu'ils ont disparu de ce monde sans y laisser d'héritiers.
Mais je n'ose restituer : Je crains que ma réputation n'en souffre... Il fallait ne pas oser attenter au bien d'autrui ; d'ailleurs toutes choses peuvent se concilier : des confesseurs éclairés et des pasteurs charitables y pour* voiront. C'est souvent à eux que vous devez recourir ^ car il y a des cas si embarrassans ei des difficultés si grandes pour la nature deU
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jrestitatioa et pour le mode , qu'il faat que les lumières des maîtres en Israël suppléent à celles qui vous manquent. Vous excuserez, mes frères, la sécheresse de cet entretien.... Il y ayait long-temps qne je me proposais de l'avoir avec vous; et c'est un tribat qne j'ai payé au ministère pastoral.
La conclusion que vous devez en tirer est celle-ci : Ne faisons aucun tort à autrui ; et si nous lui avons porté préjudice , il faut le réparer en totalité, de bonne foi et sans délai.
VINGTQUATRIÊME INSTRUCTION^
HUITIÈME GOMMANDEMET^T.
SVB. LE MLElTSpNGE,
Non loqueris contra proximum tuum falsum testi* monium.
Voas ne rendrez point iin îaxni témoignage de votre prochain. ( Exod, c. xx. )
On convient généralement que ce huitième précepte défend de faire au prochain aucune de ces injustices qui se éomniiettent par parole ou même par pensée ) comme lefaus.té^
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moignage , le mensonge ^ la détraction, la flatterie j le jugement et le soupçon téméraire.
Mon dessein est de n^appeler pour le présent votre attention que sur deux de ces péchés, le mensonge et la médisance.
Commençons aujourd'hui parle mensonge.
Il est peu de farutes aussi énormes , aussi dangereuses et aussi universellement répandues que le mensonge.
Ire R]grLExioxr. Aussi énormes. Selon les livres saints , le menteur et le voleur sont également en abomination aux yeux de Dieu.
Selon J.-C, le Démon est le père du mensonge ( Joan. vui , 44) - ^^^ ^1 ^^^^ ^"® '^^ menteurs sont ses enfans. Dieu est la vérité par essence : d'où il suit que blesser la vérité, c'est s'attaquer à Dieu même. (6\ Aug.
m» de lib» arb. xii. ) Aussi voyons- nous dans les Actes des Apôtres un terrible châtiment éclater au. sujet de ce crime. Ananie et Saphire tombent et expirent aux pieds de fiaint Pierre qui leur dit : Pourquoi avez- vous nourri cette pensée détestable dans vos cœurs? Ce n'est point aux hommes que vous avez menti, mais à l'Esprit divin lui-même. Non es mentipis hommibus, sed Deo. (A.ct. v.)
!!• Réflexiok. Il y a peu de fautes aussi dangereuses. Celle-ci est de natureà reLicher
toas les liens de la société et à la délrnure r Loquimini veritatem unusquisque cum pro^ ximo suo. (Eph. iv, aS.) La bouche est l'organe du cœur , cVst-à-dire Pinterprète de nos sentimens. Si elle les trahit y autrement si nous employons Pinstrument de la parole à tromper cenx qui conversent avec nous^ il n^y a plus de communication franche : dèslors on cesse de s^entendre et de se 6er les uns aux autres. Appliquons ici le texte de FApfttre : <c L^œil ne trompe point le pied ; ce le pied ne conduit pas le corps dans un <c précipice ; et nos membres ne se déclarent <x point réciproquement la guerre. »
Autre danger. Le menteur contracte l'ha-!bitude de mentir^ son penchant se fortifie :
et où ne méne-t-il point? Quand une fois oa a perdu une certaine délicatesse et tendresse de conscience , pen -à-peu les plus insignes faussetés et la dissimulation la plus criminelle ne content plus rien. On mentira jusque dans le tribunal du repentir; etToupuiseralamort là où il fallait trouver la vie. ^
III« Rbflsxioh. Cette faute de mensonge^ combien n^est-ellepas commune / il y a tant de manières de mentir. On ment non seulement en parlant contre sa pensée : on ment aussi en trompant et désirant tromper ; en cherchant à se soustraire aux regards de ceux qui
SUR LES COMMAKBEMBKS DB DIBU. 349
ont autorité sur nous j en ne faisant le bien que quand on nous voit ; on ment par la dissimulation, Péquivoque et toute parole à double entente; on ment par la flatterie)^ Fartifice et le manège ; on ment par Phypocrisie et le respect humain ; on ment par les astuces de la politique ef par cette fausseté de politesse si commune dans le monde ; on ment par tout détour | toute tromperie au ]euj toute inobservation de sa parole et de son serment; on ment par tout ce qui est contraire à la probité et à la délicatesse*
Pérès et mères, tentez tout pour préserver Tosenfansdu mensonge. Ce vice, moins excusable encore que la gourmandise , la légèreté etla colère, estduplusmauvaisaugure. Il finit par détruire la probitéet Phonneur dans leur substance et dans leur fond. Je ne puis, pères et mères, je ne puis que prendre Tidée laplus défavorable d^un enfant qui , pour s^exempter du travail ou d^une punition encourue , çient de propos délibéré , ment avec éffronterie , soutient son mensonge , et dont le regard ne se baisse pas, dont la parole n^hésite pas, dont la physionomie ne s^embarrasse pas.— Le bel excès que celui de la droiture et de la franchise!. •• O vous tour qui m^écoutez, puissiez* vous ne jamais en connaître d^autre! Ainsi soit* il.
3ào PI.ANS DB DtSCOUBS
XSOr ET DERNIER DISCOURS OU INSTRUCTION.
SUITE DU HUITIÈBiE GOMMAlf DEMENT.
sua LA MEDISAHCE.
Multi ceciderunt in ore giadiif sed non ne quasi qui perierunt per Unguam,
Il est mort inen des hommes par le tranchant de Vé^ pée; mais il eu est encore péri, davantage par la langue. < De l'£cclésiastique, «. uyiif. )
▼ ÉRiTé lerrîUe, mes très <ïliers frères! nous périssons presque tous par la langue ; et parmi les péckés de langue qui nous font périr , le plus universellement répandu ^ c^est k médisance. On s'en fait un jeu dans le inonde: etcependant il s'agit ici de trois meurtres , selon saint Bernard. La médisance , dit ce Père , est un coup mortel qui à là fois 6te la vie de. Pâme à celui qui. médit ^ à celui de qui on médit, et enfin à celui qui entend médire. Développons chacune de ces réflexions.
l'« Réfusxioit. U pénîty celui qui commet
Stm LES COMMANOEfilSNS DB Bl£tr. 35t le péché de médisance^ i® parce qu'il usurpe avec audace une liberté qui ne saurait lui ap* partenir et qu'il fori^eune aggression injuste, ce Qui êtes-vous , dit saint Paul , pour juger te le serviteur d'autrui ? » (/îow. xiv, 4) J® ne reconnais d'autre tribunal que celui de J.-C. : là vousetmoi nousauronsà répondre.
{Rom. xiv.)
a® Parce que vous enlevez à votre frère son honneur par un détestable larcin. Qu'avons^nous de plus cher que notre réputation ? îTest-ce pas la propriété la plus sacrée et la plus inviolable? On n'existe plus dans la société; on y perd ses places ^ ses amis, les moyens de faire le bien , quand on existe déshonoré.
3* Il pérît y le médisant, parce qu'il s^y prend de la manière la plus basse et la plus criante pour déchirer ses frères. C'est dans l'obscurité qu'il porte ses coups : il dénature mes actions; il envenime mes motifs; il produit le mal et tait le bien ; il exhume le passé : il salit jusqu'à la mémoire de mes pères.
* 4*^ Son péché est presque toujours irréparable. Il faut rétracter la calomnie): le ferez- Y0us?Ilfaut couvrir la médisance par les ex* cuses les plus humbles et les meilleurs pro»
cédés: leferez-vous? Et d'ailleurs ce que vous avez dit avec tant de malignité est une vapeur infecte qui s'estrépanduedanstoute une ville