CHAPITRE DELIXIÈME
SOMMAIRE
Ex. action du monol.the qu, sert de soubassement au monument. Arrivée de ce monolithe à Saint-Pétersbourg, avec deux autres blocs engran,t pour la construction de l'ass.se supérieure du piédestal. Débarquement du monolithe; de sa fa Ile e. des moven dont on s est serv. pour le placer dans l'axe des fondemenU. Taille du fut de la colonne, e, moyens g' ph àues o^ ete employés pour détermmer son galbe; catégorie de la courbe de cette colonne. grapniques qui ont
Si nous nous sentons pénétrés d'une juste admiration pour ces beaux monuments de l'antiquité qui ont survécu au temps et à la fureur des barbares, notre enthousiasme pour eux ne doit pas être déréglé au point de les imiter servilement : nous pensons, au contraire, qu'en appréciant leurs beautés, il faut éviter les défauts qu'ils présentent, afin que, si nous avons occasion de les reproduire, notre œuvre devienne aussi parfaite que possible. D'après ce principe, je n'ai pas hésité à ajouter au piédestal de la colonne Alexandrine un soubassement et des degrés, que l'on ne trouve pas à la colonne Trajane; cette addition m'a semblé devoir lui donner plus d'élégance, et m'a procuré les moyens d'obtenir un empâtement plus grand et plus en rapport avec sa hauteur.
Parmi les nombreuses variétés de granit que nous possédons, il en est une remarquable, c'est celle dite Seiidobolsky. Plus compacte et plus dur encore que les autres, ce granit à petits grains blancs et bleus, m'avait paru le plus convenable pour le soubassement, parce qu'en outre du précieux de sa matière, il eût, par sa couleur d'un bleu tendre, produit une opposition avantageuse avec la couleur foncée du fût de la colonne. Le bloc à extraire pour ce soubassement devait avoir 23 pieds 4 pouces carrés sur une hauteur de 9 pieds 4 pouces; or, il était douteux de pouvoir trouver une masse assez grande pour en tirer une pierre de cette dimension. M. l'ex-lieutenant du génie du corps des voies de communication, Bagdanoff, ayant proposé de la fournir, l'entreprise lui fut adjugée. Malgré les connaissances pratiques de cet officier, ses essais furent infructueux; après un travail de sept mois, il reconnut l'impossibilité de l'extraire, et sollicita la faveur de la remplacer par neuf morceaux, provenant des débris de son exploitation.
En acceptant foffre de M. Bagdanoff, il fallait se résoudre à construire le soubassement en deux assises, ce qui n'offrait plus le même intérêt, et nuisait à la solidité et à la beauté du monument. Je pensai alors qu'il était préférable de remplacer ces pierres de Serdobolsky par un seul bloc en granit rouge, pareil à celui de la colonne, que l'on pouvait extraire de la carrière de Pyttehlaxe. Cette proposition ayant été acceptée, des arrangements furent aussitôt conclus avec M. Vasili Jacowleff
,o CHAPITRE II.
qui s'engagea à fournir ce monolithe. L'actiTité de cet entrepreneur fut telle, que trois mois de travail suffirent pour le détacher et le conduire vers la mer.
Mais si nous avions été assez heureux pour ne découvrir, après l'extraction, aucun défaut dans le monolithe de la colonne, il n'en fut pas de même de celui du soubassement, dont je fis interrompre la taille à cause de plusieurs fissures qui le silonnaient de manière à faire craindre pour sa solidité. Dans cette circonstance, malgré les frais considérables que lui occasionna la perte d'un pareil travail, le sieur Jacowleff s'empressa de parcourir les montagnes des environs pour troiivei' une autre roche. Après plusieurs jours de recherches, cet entrepreneur découvrit, à cinq vcrstcs de Pytteklaxe, dans un endroit sur le bord de la mer, que l'on nomme Letzahma, une masse granitique sans défaut, qui, pour sa contexture et sa couleur, était semblable au granit de la colonne; s'étant assuré que la mer était assez profonde sur ce point pour en permettre rembar(]uement, il commença l'exploitation de cette roche avec 5oo ouvriers, et les encouragea tellement pai' sa présence, qu'après trois mois d'efforts incroyables, elle fut extraite de sa carrière et heureusement embarquée sur le vaisseau que l'on avait construit exprès pour le transport de la colonne, et qu'on voulait soumettre a une première épreuve en le chargeant d'abord du poids de cet énorme bloc; ce bâtiment, d'une construction remarquable, sur laquelle nous donnerons plus loin des détails, fut chargé ainsi qu'il suit :
Le monolithe du soubassement était placé sur le pont, au milieu du vaisseau; son poids était de 24,960 pouds, ou 998,400 livres.
Deux autres blocs de granit, pour l'assise supérieure du piédestal, étaient placés, l'un sur l'avant, et l'autre sur l'arrière du navire; leur poids était de 12,400 pouds, ou 4()6,ooo livres.
A fond de cale, étaient encore a5 blocs moins grands, qui servaient de lest, pesant ensemble 2,821 pouds, ou 112,840 livres, ce qui donnait un poids total de 40,181 pouds équivalant à 1,607,240 livres. Lors du chargement, le poids du monolithe fit fléchir le vaisseau, en sorte que dans son milieu il tirait 8 f pieds d'eau, tandis qu'à ses extrémités il n'en prenait que 7 ^. L'entrepreneur ayant vainement essayé de rétablir son équilibre au moyen des granits qui servaient de lest, se décida à partir en se mettant à la remorque de deux pyroscaphes. Après une navigation orageuse qui dura dix jours, le vaisseau fut signalé le 3 novembre vers le matin, et à onze heures on le vit remonter la Néva jusqu'au pont d'isaac ( v. la pl. 8 ). Dans la nuit il avait passé ce pont, et était amarré au quai près du Palais d'hiver, où je lis commencer tout de suite les préparatifs de débarquement. Le 7, toutes les dispositions étant achevées à une heure après midi, j'ordonnai le débarquement, qui eut lieu en présence de la commission chargée de la direction des travaux et d'un grand concoure de monde. A trois heures, cette pierre énorme était hors du bâtiment sur le quai, à 10 pieds en avant du parapet. Je ne m'étendrai pas ici sur cette opération, afin de ne pas me répéter lorsqu'il sera question de l'embarquement et du débarquement de la colonne, que je décrirai en détail; je dirai seulement que, dans cette circonstance, je n'employai que dix cabestans, dont neuf manœuvraient près du palais, tandis que le dixième agissait sur le monolithe même et le poussait à terre au moyen d'une poulie de' renvoi qui était fixée en avant du quai ( v. la pl. y). Après le débarquement, l'on dirigea le monolithe vers l'enceinte des travaux, ce qui dura huit jours.
C'était un problème assez difficile à résoudre que celui de placer mathématiquement juste, sur une surface d'égale dimension, un bloc en granit pesant près d'un million de livres, surtout si l'on veut bien faire attention que ce bloc était arrivé de la carrière grossièrement ébauché, et qu'il ne pouvait être posé qu'après avoir été taillé et retourné sens dessus dessous, ce qui augmentait beaucoup les difficultés.
Voici comment je m'y pris pour réussir dans cette première opération, qui n'était, cependant que le prélude d autres non moins importantes, ainsi qu'on aura l'occasion de le voir dans le cours de cet ouvrage.
Le monolithe fut placé vis-à-vis des fondements à une distance de 25o pieds, et couvert d'un appentis en planches pour mettre les ouvriers à l'abri du mauvais temps. Quarante tailleurs de pierre, les
neur arriva In • ■ . Héritier, accompagné de son gouver-
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e pencha sur le rapide, et glissa avec force jusqu'au bas, en prenant une position inclinée qui
Ce fut le 3 février ,,ucut lieu le renversement du monolithe, en présence de LL. MM. l'Empereur et lI-P-atr.ee S. A. I. M^ le Grand Due Michel, S. A. S. W le Ministre de la Maison de l'Empereur, ainsi <,ue MM les Membres de la commission chargés de la direction des- travaux. Trois jours après 11 tut entièrement retourné, en présence de S. A. I. M"' le Grand Duc Héritier
Lorsque le monolithe fut renversé, il occasionna un bruit sourd et une commotion si forte ,,ue le sol de la place du Palais en f\it ébranlé, et que plusieurs personnes ,,ui la traversaient près de là en traîneau, reçurent une secousse à peu près semblable à «elle d'un tremblement de terre'.
L'on s'occupa alors d'étayer la pierre avec 24 pieux de 2 pieds de hauteur, qui la soutinrent pendant que l'on retirait le sable sur lequel elle était tombée, et qui était tellement comprimé, que l'on ' fut obhge de l'entamer d'abord avec la pioche. Dès ,,ue le sable, fut enlevé, l'on plaça des charpentiers a chacun des pieux qui sontenaient la pierre; ils devaient travailler de concert à les couper; lorsque la hache fut parvenue aux trois quarts de l'épaisseur des pieux, on les entendit craquer fortement, et les ouvriers se retirèrent pour laisser agir le monolithe, qui, achevant de les rompre tous, descendit d'une hauteur de plusieurs pouces. Cette opération ayant été répétée plusieurs fois, la pierre s'assit d'elle-même sur des rouleaux, an moyen desquels elle fut dirigée sur le dé en granit qui devait la recevoir au centre du massif des fondations.
Pour poser définitivement le bloc, il fallait encore le soulever afin de retirer les rouleaux sur lesquels il s'appuyait. L'on construisit à cet effet une charpente à laquelle furent attachées neuf moufles qui correspondaient à autant de cabestans; il fut par ce moyen soulevé à 3 pieds de hauteur, ce qui permit de retirer les rouleaux et d'y substituer des cales destinées à maintenir un intervalle assez grand pour introduire le ciment; en outre des cabestans, l'on avait placé à droite et à gauche de la pierre huit grands leviers qui aidèrent beaucoup à la soulever.
Comme ces travaux s'exécutaient dans le cœur de l'hiver, par un froid de dix à quinze degrés, je fis broyer le ciment avec de l'eau-de-vic et j'y fis mettre un dixième de savon : ce ciment, après avoir été pa.ssé au tamis, formait une pâte fine et coulante que l'on introduisit également sous la pierre, qui, après que les cales eurent été retirées, vint se loger sur le de en granit, mais pas assez exactement pour l'y lai.sser dans la position qu'elle avait prise; il fallut la faire glisser à plusieurs reprises sur son ciment, ce qui se fit avec deux cabestans seulement, et avec une facilité singulière, qui provenait sans doute du savon que j'avais fait introduire dans le ciment. En moins de deux heures, le monolithe fut ajusté avec une rectitude que l'on aurait peine à croire en songeant à l'énormité de son poids, si cette, opération n'avait eu lieu à la vue de beaucoup de monde.
' Je liens ce fail de S. A. S. M" le prince Grégoire de Wolkoiiski, qui se rend.ilt alors au Palais d'hiver, el (jui éf violemment reffet ilc cette secousse, que son cheval en fut effrayé au [joint de s'enipurler.
éprouva
Mais revenons au fut de fa colonne. L'intelligence que déploya rcnlieiucncur pendant le temps (jue dura son exploitation, et l'heureux résultat de ses efforts, me décidèrent à demander qu'on lui en confiât la taille, en me réservant néanmoins le droit de la diriger; mais comme je n'avais pas le loisii- de me rendre a la carrière pour surveiller ce travail, aussi souvent qu'il eût été nécessan-c, j'y ciivoNiu M. l'ardiitccte Pascal, l'un de mes aides, qui y passa six mois, pendant lesquels il fit arrondir le liiciiKililliC d'après l'c'pure ijue je lui remis cl selon les moyens que je vais expliquer.
Les règles <[ui oui r te dniinèes par les plus célèbres architectes pour la diminution des colonnes, sont si peu précises cl (IHIcrciit tellement entre elles, qu'on ne saurait les appliquer pour déterminer, (l ime inanicic ce rlaiiu , les justes proportions (|u'il serait prétérable de leur donner. Vitruve n'en parle jçuèiT qu'a l oK asloii des ordres dorique et ionique; il veut (pu- la diminution soit moindre en raison de la plus i^iande liaiit<-ur : ainsi, une colonne de .5o pieds ne devrait diminuer que de la huitième partie de son diamètre inlërieur, tandis qu'une colonne de i5 pieds diminuerait de la sixième partie. En prescrivant cette règle, cet auteur se fonde sur les tausses appaiences que l'éloignemcnt donne aux objets: ce motif nous paraît peu satisfaisant; car notre oeil, habitué à juger de la grandeur des corps en raison de leur dislance, ne s'y trompe jamais. Quant au renflement que les Grecs appelaient cntasis, la plupart des auteurs le désapprouvent; on ne le retrouve dans aucune colonne antique de Rome. Philandeu, Paiiadio, Seklio, de Lorme, Scamozzi, ne l'ont point pratique, et l'on ne connaît (/uc Léon-Bai'tiste Alberti qui s'en soit servi, et même avec un excès bh'unable. Je me suis donc décidé à suivre, pour la diminution de la colonne Alexandrine, la méthode employée par les anciens, sans avoir égard aux préceptes de Vitruve, dont on ne retrouve aucun exemple dans les monuments romains, où les grandes et les petites colonnes n'ont point leur diminution différente, et où même, quelquefois, les glandes en ont plus que les petites, ainsi que le rapporte Perrault'. Cette méthode consiste à faire diminuer la colonne du bas en haut par les moyens suivants :
Observons d'aboi d (juc le diamètre inférieur de la colonne Alexandrine, au - dessus du listel est de 12 pieds; le diamètre supérieur, au-dessous du gorgeret, de lo pieds 6 pouces, et la hauteur du fût de 84 pieds.
Après avoir tracé sur le plan horizontal' un arc de cercle a, r, c, de 6 pieds de rayon, on a élevé sur son diamètre trois perpendiculaires, une e, f, passant par le centre, et deux a, b; c, n, aux extrémités du diamètre. La perpendiculaire e, f, prolongée sur le plan vertical, donne l'axe de la colonne; on a pris sur cette verticale, à pailir ihi diamètre a, c, pris pour hgne de terre, la longueur de 84 pieds qui est celle du fût, et (ju'ou a divisée en douze parties égales. Par les points ainsi déterminés, on a lue (l. s lignes horizontales, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12; on a porté sur la ligue supérieure 12, 5 ])ic(ls 3 pouces à droite et à gauche de l'axe e, f, pour avoir le diamètre o, n, du sommet du fût. Par les deux extrémités de ce diamètre, on a mené deux parallèles g, i; h, k, à l'axe e, f, qui rencontrent l'arc de cercle a, F, c, eu 1 et k.
Par ces deux points ainsi déterminés, on a conduit deux rayons e, 1; e, k, qui .sont prolon<>és de manière à rencontrer les deux verticales a, b; c, d, tangentes au diamètre a, c. Les portions de ces tangentes comprises entre le rayon et le diamètre, sont divisées en douze parties égales, ainsi que le fiît de la colonne.
On a conduit par ces points de division autant de rayons. Les 12 rayons ainsi tracés, tant de droite que de gauche, déterminent avec le cercle 24 points d'intersection; on a fait passer par ces points autant de parallèles à l'axe, qui sont prolongées sur le plan vertical dans l'ordre suivant savoir : '
Les deux parallèles extrêmes jusqu'à la première horizontale i ; les deux secondes parallèles jusqu'à
■ Ordonnance des cinq espèces de colonnes. Cliap. VII.
■ Voir la planche ,4, qui indique l'épure de la colonne, avec les instruraenls dont on s'est servi pour la taille du monolithe.
la seconde horizontale 2, etc et ainsi Ar. , , ■ '
l'ordre de décroisse^ent du fôt et T ^V" '•intersection ainsi déterminés fixent
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Le procédé ,„e J'ai ^:Jo;T:x^:jLXt:'i:':z: 1
une statue au point; il consiste \ établir '"^y^"'^"' <^;"' sculpteurs se servent pour mettre
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bien voulu, sur ma demande, soccuper des c.lc ds au fi . Sen.e U,d., qui a
colonne. 1"' catégorie de la courbe de cette C'est M. Lamée qui parle :
des proportions qu. peuvent concourir à la perfection de l'édifice
Le gotu, d'accord avec les régies de l'art, paraît exiger que la colonne s'élève progressivement en d.m,nuant de d.ametre, et que cette diminution se fasse au moyen d'une courbe continue Tu h première tangente soit verticale. Qu'on imagine, en effet, trois colonnes de même h utC:première soit parfaitement cylindrique, et que les deux autres s'élèvent en diminuant de d ^^'7 seconde suivant une ligne droite, de manière à former un cône tronqué, et enfin la troisiè^suune courbe convexe dont le premier élément soit perpendiculaire à l'horizon : on préférera sans aucun doute, la dernière de ces colonnes. Cherchons les motifs probables de cette préfLnce
Leffet que produit l'aspect d'une nouvelle construction dépend autant de l'idée qu'on se fait de s. sohdite que de l'élégance des formes et des proportions. Or, une masse pesante élancée, dont les dimensions horizontales augmentent du sommet à la base, est évidemment plus solide q«'une é-^ale et de même hauteur, dont l'épaisseur ne varie pas; car la tendance de l'écrasement, qui augmente avec le poids des parties supérieures, éprouve une résistance plus uniforme lorsqu'elle se répartit sur des sections de plus en plus larges. Les empâtements des piles de pont, des tours élevées, des aiguilles des phares, sont dictés par cette raison de solidité qui ajoute à leur beauté et à leur élégance
Ltdee de la pesanteur et de l'équilibre des corps qui lui obéissent, influe beaucoup sur celle que Ion se fait de la solidité d'un édifice, en examinant ses détails; c'est d'elle que dépend sans doute la beauté des longues lignes horizontales, des lignes à plomb, des angles droits. Or, rien ne contrarie plus cette idée, que la rencontre de la surface extérieure d'une construction avec le plan horizontal qui lui sert de base, au moyen d'angles aigus, qui donnent à feusemble quelque chose d'incomplet et d'indéfini.
A ces causes générales de l'effet que produit la vue des magnifiques colonnes de l'église de Saint- Isaac, et que produira surtout la colonne Alexandrine, plus isolée, plus haute, de dimension beaucoup plus grande, vient s'ajouter, comme cause particulière, l'heureux choix de la courbe méridienne.
Cette courbe partant du contour de la basse inférieure de la colonne, devait s'élever d'abord verticalement, et s'infléchir ensuite vers l'axe, pour aboutira fextrémité du diamètre de la base supérieure; dans ce trajet, sa courbe pouvait augmenter, rester la même, ou diminuer au contraire. Il s'agissait de choisir entre ces trois modes différents.
Mais les motifs qui exigeaient que la première tangente de la courbe fût perpendiculaire à l'horizon, indiquaient aussi que sa dernière tangente, celle de la base supérieure, devait s'éloigner le moins possible de la verticale. Il fallait donc choisir parmi toutes les courbes qui se présentaient, et dont le tracé dépendait d'une construction simple, celle dont l'angle de courbure totale était le plus petit.
Ainsi les lignes dont la courbure eût augmenté, ou fût restée la même, devaient être abandonnées, pour leur préférer celles dont la courbure allait en diminuant.
Pour tracer une courbe comprise dans cette dernière classe, on pouvait employer la construction suivante, remarquable par sa simplicité : décru-e, dans le plan méridien, du pied de laxe comme centre, et avec le rayon de la base inférieure, un arc de cercle, partant de l'horizon, et venant se terminer à la verticale abaissée de l'extrémité du diamètre supérieur; partager cet arc, et la hauteur de la colonne, en un même nombre de parties égales; élever une verticale par chaque point de division de l'arc, jusqu'à son point de rencontre avec l'horizontale, menée par le point de division correspondant sur la hauteur, et faire enfin passer une courbe par tous ces points de rencontre.
Mais avant d'adopter cette courbe méridienne, il était bon de chercher s'il n'en existait pas une autre dont le tracé fût aussi simple, et dont l'angle de courbure totale fût moindre encore. Or, U suffisait, pour remplir ce but, sans trop s'écarter de la construction précédente, de partager en parties égales, non plus l'arc dont le sinus- verse est la demi -différence des diamètres des deux bases, mais bien la tangente trigonométrique de cet arc; et d'élever les verticales par les points ou les lignes qui, joignant le centre aux divisions de cette tangente, viennent couper l'arc de cercle.
Des deux courbes que l'on vient de considérer, celle construite par la division de l'arc, en s'élevant au-dessus de la colonne, viendrait couper l'arc, changerait de courbure en ce point, s'éloignerait de cet axe, pour s'en rapprocher encore et le couper de nouveau; elle continuerait ainsi de grimper autour de la verticale, en passant successivement de droite à gauche. L'autre courbe, au contraire, celle construite par la division de la tangente, et qui a été adoptée, en continuant à s'élever au-dessus de la colonne, ne tarderait pas a changer de courbure, c'est-à-dire, à passer du convexe au concave; elle s'approcherait indéfiniment de l'axe, sans jamais le rencontrer, à -la manière des courbes asymptotiques.
Ces deux marches différentes font voir assez clairement que l'angle de courbure totale est moindre dans la seconde courbe que dans la première, ou que la tangente vers la base supérieure fait avec la verticale un angle plus petit.
Telles sont les raisons qui ont déterminé le choix de la courbure et du tracé de la colonne Alexandrine. La pureté, l'élégance, la continuité de forme, qui résultent de ce choix, jointes à la grandeur et à la beauté de la matière, à la hardiesse et à la difficulté de l'exécution, placeront incontestablement cette magnifique colonne au premier rang des monuments de ce genre.
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