‹ Plans et details du monument consacre a la memoire de l'empereur AlexandreChapitre 7 sur 12 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

SOMMAIRE

Des ouvriers russes qui ont travaillé à la colonne Alexandrine, leur eos.ume et leur ressemblance à ceux de rancieune Ro^e - Ue la construction de la partie supérieure du monument et de la figure de lange placée à son sommet.

Pour parvenir a des résultats heureux, j ai toujours pensé qu'il était nécessaire de bien eonnaitre les ouvriers, de se rendre compte de leur intelligence et de leur manière d'opérer, afin de pouvoir juger en raison de leur capacité, de la possibilité d'un ouvrage qui ofifre des difficultés dans son exécution.

Les travaux de l'église cathédrale de Saint-Isaac, que je poursuis depuis vingt ans, m'ont mis à même d'apprécier de plus en plus cette classe lahorieuse qui vient chaque année travailler à Saint-Pétersbourg. J'ai remarqué en elle des qualités qu'il serait difficile de trouver ailleurs portées a un si haut degré. Les ouvriers russes sont honnêtes, courageux et patients; doués d'une intelligence peu commune, ils comprennent facilement et exécutent de même. Chaque profession appartient à telle ou telle province de l'empire; ainsi, la plupart des maçons sont du gouvernement de laroslaw, les charpentiers sont de Costroma, les tailleurs de granit et les marbriers viennent du gouvernement d'Olonetz. Les tailleurs de pierres sont de Poutiloff Ils sont engagés pendant l'hiver par des entrepreneurs, et arrivent à Saint-Pétersbourg aux fêtes de Pâques, époque après laquelle commencent les travaux. Ces ouvriers sont en général grauds et forts, bons et d'une douce franchise qui fait qu'on les aime et qu'on s'y attache. Pendant le temps qu'ils sont séparés de leur famille, ils vivent en compagnie de quinze ou vingt hommes, et déposent chacun en commun une certaine somme d'argent par mois, pour leur nourriture. Chaque compagnie a sa cuisinière et deux hommes de peine pour apporter le bois, chauffer les poêles et aller chercher l'eau et les provisions nécessaires. Ils ont, en outre, parmi eux, un golova, ou homme de confiance, pour tenir la comptabilité de leur société. Leur nourriture est bonne et saine; elle se compose de divers gruaux, de viandes fraîches, de choux et de poisson. Les jours de fête ils font faire des pâtés de riz et de poisson foit appé-

tissants; ils font usage d'une boisson faite avec de Vovge fermeutée. Il m'est arrivé plusieurs fois de prendre part à leur repas, et je dois avouer qu'il est difficile de manger une meilleure soupe avec de bons morceaux de viande, que celle qu'ils m'ont offerte.

Leur habillement consiste, dans la belle saison, en une simple tunique ouverte à gauche près de l'épaule; ce vêteniiiU <rétoffe de coton à petites raies est presque toujours rouge ou bleu. Le pantalon large et court avec la ceinture qu'ils ceignent autour des reins et leur chaussure en sandale, termine leur costume à la fois commode et élégant. Leurs cheveux sont coupés droit derrière la tète, au-dessous des oreilles, et échancrés sur le front. Lorsqu'il fait chaud, il en est qui les retiennent avec un simple cordonnet qu'ils ])assent autour de leur fi-ont, et lient derrière la tète en forme de bandelette. Rien n'est plus séant que cette coilfurc, ainsi que leur costume, que l'on retrouve parmi les belles sculptures de la colonne Trajane. L'ouvrier russe a cinq jours de fcte par mois, en comprenant les dimanches; il travaille douze heiues chaque jour; les samedis, il quitte l'ouvrage une heure plus tôt pour aller au bain. En général, ils sont laborieux, sobres et économes; aussitôt que les travaux cessent, ils retournent dans leurs foyers pour y déposer le fruit de leur travail, avec lequel ils finissent toujours par acheter une maison et un coin de terre, qui suffit à leur procurer, ainsi qu'à leur famille, une existence heureuse'.

Le chapiteau est en bionze, son tailloir est coulé d'une seule pièce, il a quinze pieds sur chacun de ses cotés". La moulure qui reçoit les oves au-de.ssous du tailloir est également coulée d'une seule pièce, sauf les oves qui y sont ajoutés. Le piédouche, au-dessus du chapiteau, est composé de quatre pièces solidement ajustées l'une à l'autre. La construction intérieure du chapiteau consiste en un massif en briques, consolidé par trois assises en granit cramponées en bronze et traversées par un axe de même métal, qui sert à maintenir, dans la partie supérieure du jjiédouche, la selle en bronze sur laquelle repose la figure. (Voir la planche 3» qui indique cette construction dans tous ses détails.)

Pour un monument tel que celui que je décris, s'il avait été nécessaire de prendre toutes les précautions possibles pour s'assurer de sa solidité, il ne l'était pas moins de s'étayer de l'opinion de gens instruits, afin que son ensemble fiit conforme aux règles de l'art et du goût. Cette raison m'engagea à faire exécuter, au-dessus du chapiteau, un modèle en bois du piédouche, sur lequel je fis figurer la statue de l'ange pour me fixer sur la juste grandeur à lui donner. Ce modèle ayant suscité quelque différence d'opinions, un comité, composé de plusieurs architectes, fut institué pour donner son avis sur les proportions de ce piédouche et de la statue. II décida qu'il était trop élevé, que la eoupolette devait être surbaissée et que la figure de l'ange devait être plus grande, et ne pas être dorée.

MM. les membres de la commission pour la partie de l'art, auxquels fut adjoint momentanément S. E. M. le prince Grégoire Gagarin, furent également invités à revoir cette partie supérieure du monument pour émettre leurs idées à ce sujet. S. E. M. le Président de l'Académie impériale des beaux-arts présenta à cette occasion un mémoire intéressant, dont la conclusion était, que la colonne Alexandrine n'ayant pas, comme la colonne Trajane, d'escalier dans son intérieur, on pouvait diminuer le piédouche, en lui laissant néanmoins la hauteur nécessaire, pour que, d'après les règles de la perspective, la saillie du chapiteau ne cachât pas les pieds de la statue. S. E. désirait aussi que la eoupolette fût baissée.

M. le Prince de Gagarin présenta un mémoire se réduisant à ce qui suit : Les colonnes Trajane et An-

■ Les services que .nnnt rendus ces bons ouvriers, et l'amitié que je leur porte, m'ont engagé à donner ces détails sur leur compte; ,1 m'a semblé qu'en voyant la colonne Alexandrine, il n'était pas sans intérêt de faire connaissance avec ceux qui l'ont

exéciilée.

(Voir les planches 87 et 42). Dans cette dermcre, l'on remarque le portrait du Dizainier Ivan StalarolT, dont j'ai parlé dans le cours de cet ouvrage; il est vêtu d'un cafetan d'honneur que lui ont mérité ses talents.

' Du côté de l'ouest; sur le tailloir du chapiteau, l'on remarque ces mots:

30Amm-b ABryCTIfflOMT) MOH(l)EPAH^OMT>.(P,,rlarcl,itccle Auguste MoMtcn^and) que S. M. l'Empereur a daigné permettre que l'on y gravât.

ment indispensable ponr la beauté ,Iu 'n,on„n,!n , s" le ■ " "^ f;' "''^^ "°

porte au-dessus de l'esealier existant dans Tinté eu, '^'^ "'^'''S'^'

mettre un inten.lle entre le chapiteau l \^:i'~7"\r^"'-"' ™ P^^'-' P-"'

en sa,s.sse l'ensemble. La colonne AlexandrineW . n iif ' 'T, ''■'J''"

conttennent un esealier intérieur; elle nena poïn e n '"''"" "■""^ ''^j^' 1"'

eette forme cylindrique qui se t ouye sur esTe .'x en ' " l'^'"'"' '1" '"onument

s'agissait de ménager une porte dentrTe sur \ 7' T"''"^^' "^^ ^'■''it '"' vitable, puisqu'il

dait encore s'il était nécessaire que Te eïôpe ^u ebap.teau. M. le prince de Ga.arin dcnin-

..ne de ces formes imposées par' 1 beauf et 'il WlTrl ''""/f" ''-"-P'-''l"- --"t là

cb inc. S. E. terminait en disant ■ nue sl la eo on • '«"'""''ni l'adopter pour la colonne Alexan-

Alexandre de sainte et glorieuse mr,o e dc^Ï ^'^ ''^-P-eur

tie supérieure du monument twZ^ 1 '"I .rr^rs^r'V'"^'^" '■^'^ '^^

syn>bole, il lui parait que cet embl'ne de la v^. ^ ""T'"^ '' 'f P'""'

tous les efforts de l'art doivent tendre à faire triomnl , r " , ' ''"'P'" I™^^''^'^ ' « ^1"^

qu'un globe, soutenu par les aides ^ Rus è > " -"P^'™!^!-^ de granit et son beau piédcs/al;

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sant un pa.alléle entre la colonne Alexandrine et celle de Trajan f™' T dloZ"^ '' proportion qui existait entre ces deux monuments, aUn de f^uL ^ré^a I n on 7nr su^^^^^^^^^^ personnes qn, proposaient des changements à mon projet. Je m'exprimais ainsi • '^

. La colonne Trajane était surmontée d'une statue colossale en bronze doré de ïraian oui tenait le sceptre et un globe dans lequel se trouvaient renfermées ses cendres , apportées de Solinunte, où ce prin était mort, âge de soixante-quatre ans. . ' pnnce

Selon Alpbonso Ciacorao le plus ancien auteur, après Jules Romain et Mutianus qui ont donné la description et les desstns de la colonne Trajane, l'on voyait encore de son temps en ,616, les pTeds en bronze de la statue de Trajan, que les barbares avaient brisée lors de leurs invasions. Des fo ,il s f t n bas de ce monument firent retrouver la téte de cette statue, qui fut recueillie par le cardinal Délia V e ■ Voici comment cet antiquaire s'exprime à la page 3 de son ouvra<>e:

. Pedes autem fastigio columnà adha-rentes adhuc visuntur. Fuit autera colossus hic lon-^us nedes 21 romanos; nam caput a vertice ad mentum duorum pedum quatuorque uneiarum existit, quod nona totius corporis pars esse solet. »

L'on voit que Ciacomo ne se contente pas de reproduire en détail toutes les sculptures incomparables de ce beau monument, mais qu'il donne encore son aspect géométral, tel qu'il l'a vu, en ayant soin de retracer la statue de Trajan d'après ses pieds en bronze qui subsistaient encore, et cette uHc de mémo métal conservée chez le cardinal Della Valle, fragments qui lui ont servi a déterminer la lianiru. ,1e cette statue, qu'il porte à 21 palmes romaines. En examinant le dessin de cet auteur, on le troin e l unloime, pour la' partie supérieure, au piédoucbe de la colonne Alexandrine, diminué ainsi que je l'avais fait d'après l'excellent goût et les bons conseils de S. A. S. W^'- le ministre de la maison de l'Empereur, bien avant que le comité d'architectes fût convoqué pour donner son avis à ce sujet.

La demi-sphère que surmontait le piédoucbe au sommet de la colonne Trajane, non plus que celle que l'on voit il la colonne de Paris, n'ont pas été faites dans l'intention seulement île roiivilj- les escaliers de ces monuments, pour les mettre à l'abri de l'intempérie des saisons. Si l'on examine celle eousti uelion dans l'un et dans l'autre de ces monuments, l'on s'aperçoit que la distance qui existe entre la hauteur de la porte qui sert de débouché sur le chapiteau et cette demi-sphère, est composée de plusieurs assises de pierre, qui forment une masse telle, que l'escalier de ces colonnes pouvait se passer de toute autre couverture. Il est donc probable, et les autorités que je viens de citer le démontrent évidemment, que le piédestal

Winkelnianii, tome II, p. 44^7 confirme la même chose.

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au-dessus de la colonne Trajane était surmonté d'une demi-sphère, comme l'amortissement qu'Apollodore trouva le plus convenable pour laisser apercevoir la statue de Trajan avec avantage.

Le résultat de pareilles discussions tournant presque toujours au profit de l'art, quand elles sont dirisées dans un sens droit et présentées avec franchise par des hommes de mérite, ainsi que la chose a eu lieu, il en est advenu que le haut de la colonne Alexandrine a subi dans ses proportions quelques changements qui consistaient en ce que le piédoucbe fût diminué de onze pouces dans sa hauteur, sans cependant en changer le diamètre, et en conservant ses mêmes moulures, qui furent trouvées bonnes; en outre , il fut décidé que la partie spbérique serait baissée de huit pouces, ce qui a été exécuté. Quant k la fi'"ure de l'ange, l'on préféra qu'elle ne fût pas dorée; mais j'obtins qu'elle n'aurait pas plus de cinq archines de hauteur , au lieu de six que l'on penchait à vouloir lui donner, ce qui la rapproche davantage de la proportion que devait avoir la statue de Trajan.

Le monument est couronné par un ange, sous les traits d'Alexandre, tenant la croix, regardant vers la terre, et indiquant le ciel à tous ceux dont les pensées sont semblables aux siennes, et qui sont convaincus que l'amour sacré de la religion chrétienne peut seul nous faire espérer le bonheur ici-bas.

Cette statue, coulée en bronze d'une seule pièce, est due au célèbre sculpteur russe Orlowski, qui a perfectionné son beau talent pendant fes années qu'il a passées à Rome sous les auspices de Torwaklson. Une des difficultés les plus grandes que présentait l'exécution de cette statue, était l'obligation du scidpteur pour placer la croix qu'elle soutient dans la verticale de la colonne, afin qu'elle dominât sur tous les accessoires qui l'entouraient. Cette pieuse idée ne fut résolue qu'après bien des essais et plusieurs concours, dont le talent de M. Orlowski l'a fait sortir victorieux. La planche /|i représente cette figure, vue sous ses trois aspects les plus favorables; j'y ai joint celles de M. Lépée, représentant saint Alexandre Nevsky et l'archange tenant la croix. Les deux groupes qui sont à côté, sont de M. le sculpteur Jacques. Ces figures et les groupes ont été exécutés sur mes dessins et faisaient partie des concours qui ont eu lieu.

En considérant le monument, aujourd'hui qu'il est achevé, je trouve sa partie supéi'ieure en parfaite harmonie avec son ensemble. Ce résultat me fournit l'occasion de dire ici que ce n'est pas toujours sur un simple tracé que l'on peut décider de l'effet d'un monument, et que l'on ne saurait trop faire usage des modèles en grand, pour mieux se rendre compte des choses et profiter des critiques que ces modèles ne manquent jamais d'exciter.

Ajoutons, en finissant, que l'entière exécution de ce monument, qui a coûté tant de soins et de peines , et qu'accompagnaient tant de difficultés, n'a duré en tout que cinq ans.

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