INTRODUCTION
17 débuts de la civilisation sont étroitement liés À ceux de l'agricul-
ture. L'histoire nous apprend que les nations, après avoir longtemps sommeillé dans les ténèbres du barbarisme, dans un passé enveloppé de mythes et de légendes, en sont sorties un jour pour s'avancer lentement vers des idéals plus élevés. Or, toujours ce réveil était associé à un progrès dans la culture du sol. Il est donc exact de dire que l'agriculture est le point de départ des progrès de l'humanité; le degré de perfection qu'elle atteint dans un pays quelconque dépend du climat de ce pays et des facultés naturelles du peuple qui l'habite. C'est principalement à cause des conditions de climat que certaines tribus sont encore nomades et mènent une vie errante, tandis que d'autres se sont établies à demeure. Dans les parties tempérées du globe, où les céréales et autres plantes viennent aisément, l’agriculture est beaucoup plus ancienne que dans les régions reculées vers le nord, moins favorisées au point de vue du climat.
Au début on ne cultivait que ces plantes qui pouvaient servir à la nourriture del'homme: les prairies et les herbages naturels suffisaient aux animaux domestiques. De nos jours même il y a encore de grandes superficies où l’on ne s'exerce aucunement à obtenir des fourrages, mais à mesure que la population devient plus dense, la culture d:s céréales pour l'alimentation de l'homme augmente et la valeur de la terre s'accroît. Les herbages naturels disparaissent gradueliement et le cultivateur doit se mettre en quête d'autres plantes pour alimenter ses bestiaux pendant les différentes saisons. C'est dans les régions tempérées, où les animaux ne peuvent paître pendant l'hiver, que la culture des plantes fourragères a atteint son plus grand développement.
Les prairies artificielles sont d'origine beaucoup plus récente que la culture des céréales. Les plus anciennes que l’on connaisse nous viennent des Romains. Les trèfles, qui en forment la partie la plus essentielle, ne sont devenus d'emploi général que vers la fin du seizième siècle. Depuis lors l'importance de ces plantes à été de mieux en mieux comprise.
Deux groupes de plantes sont employés dans la production des fourrages et des herbages, savoir: les graminées ct les légumineuses, qui représentent deux grandes familles botaniques désignées respectivement sous ces mêmes nom. Toutes les plantes étudiées dans ce volume, à l'exception de la navette, appartiennent à l’une ou à
l'autre de ces familles. La navette appartient à la famille de la moutarde, Crucifére.
Nom: On comprend souvent parmi les graminées certaines plantes comme les laîches et les carex qui, au point de vue botanique, n'ont aucune des caractéristiques des vraies graminées. D'autre part, beaucoup de gens ne considèrent pas que le maïs et le millet sont de vraies gramirées. En agriculture, on fait une distinction entre les céréales et les graminées mais en botanique cette distinction ne saurait exister: le seigle, l'orge, l'avoine et le blé sont des graminées tout aussi bien que la fétuque des prés, l'agrostide et le mil (fléole des prés).
Graine: Si nous coupons avec un couteau tranchant un grain de blé d'Inde (maïs) parallèllemerit à sa surface la plus large, nous trouvons qu'une grande partie de ce grain se compose d'une masse blanche ou jaune, ne contenant aucune structure visible à l'œil nu. La partie du grain qui, dans la figure I, est marquée ‘“‘End’’ est appelée endosperme ou albumen: elle fournit de la nourriture à la jeune plante.
Le reste du grain est de couleur terne, on y distingue trois sections à l'œil nu. C'est l'embryon ou la jeune plante avant la germination. Il se compose du cotylédon (fig. I Cot.) qui est situé près de l'endosperme, d’un bourgeon ou ‘‘gemmule” (fig. I. B.) d'où naissent la tige et les feuilles de la plante en germination, et d'une radicule (fig. I Rad.) d’où part la première racine. La partie située entre la
Fig. 1. Grain de mais fendu
par le milieu, radicule et la gemmule est la tige de Quatre fois la grosseur l'embryon.
naturelle.
End.—Endosperme.
Fe ro Germination: Lorsque le blé d'Inde Rad—Radicule. germe, le cotylédon fait l'office de suçoir,
il passe à l'embryon la nourriture qui se trouve dans l'endosperme; il reste caché dans le grain pendant la germination.
Les autres parties de l'embryon deviennent bientôt visibles, la radicule se transforme en racine et la gemmule étale bientôt quelques feuilles vertes. La racine primaire meurt peu après: elle est remplacée par des racines secondaires qui naissent des parties basses de la tige. Cette description représente, dans ses lignes principales, la germination de toutes les graminées.
Racine: La plupart des plantes de prairies ou d'herbages sont vivaces, c'est-à-dire leurs parties souterraines survivent d'une année à l'autre. Ces parties qui survivent se composent de tiges souterraines d'où naissent des racines et des tiges aériennes. Parfois ces tiges souterraines courent dans le sol, avec de longs entre-nœuds, alors les tiges aériennes paraissent clairsemées et toute la plante forme un tapis plus où moins étendu, comme dans le cas de la fétuque rouge. Dans d'autres cas les entre-nœuds sont très courts, les tiges aériennes sont alors très près l'une de l'autre et la plante pousse en touffes, comme la fétuque ovine. Ce type est spécial à certaines espèces, mais il peut être modifié par les conditions du sol. Par exemple. un sol ferme et compact s'oppose au développement des tiges souterraines et la plante pousse plus ou moins en touffes. D'autre part, les plantes qui ont l'habitude de pousser en touffes forment des toufles plus ouvertes dans les sols légers et peu compacts que dans les argiles lourdes.
Tige: Les tiges des graminées, généralement appelées chaumes, sont creuses, à l'exception de celles du blé d'Inde qui sont pleines, mais elles sont bouchées, à intervalles, par des parties renflées, de diverses couleurs, que l'on appelle nœuds ou jointures. La partie de la tige comprise entre deux nœuds est appelée entre-nœud, Immédiatement au-dessus du nœud une petite partie de la tige reste molle et continue à pousser pendant presque toute l'existence de la plante, mais la partie supérieure de l'entre-nœud durcit rapidement et cesse de croître. Cette disposition permet aux tiges encore jeunes de se redresser lorsqu'elles ont versé sous l'efiet des pluies et des vents.
Feuilles: Les feuilles se composent de deux parties distinctes. La plus basse entoure les tiges comme un étui, généralement ouvert le long d'un côté; c'est la ‘gaine’. La partie supérieure, appelée ‘limbe’ est généralement longue et étroite. Quand les plantes ont une quantité suffsante d'humidité, les limbes sont plats, pendant une sécheresse ils sont souvent enroulés, hérissés, et tournent le dessus vers l'extérieur. La plante peut donc avoir des feuilles roulées pendant une sécheresse excessive et des feuilles plates lorsque l'humidité redevient abondante dans !'air ou le sol. Comme l'humidité obtenue par les racines s'évapore principalement par la surface inférieure des feuilles, cet enroulement des feuilles pendant une sécheresse a pour Fig. £.—Gaine où but de prévenir la perte d'humidité et d'empêcher
artie inférieure . : + on HU de la plante de mourir de soif. Lorsque le limbe est
mil. attaché à la gaine, il y a généralement un appendice ne sta mince, membraneux, de forme et de dimension va- L.—Ligule. riables, appelé ‘ligule’ (fig. 2 L.).
Inflorescence: Les fleurs sont disposées en inflorescences d'aspect souvent très différent, mais toutes construites sur le même principe. L'inflorescence du pâturin bleu de Kentucky est typique (Planche 10). Elle se compose de branches arrangées en verticilles aux nœuds supérieurs de la tige principale. Lorsque les branches sont allongées, comme dans les pâturins, les agrostides, les fétuques, l'avoine, etc., l'inflorescence s'appelle panicule; lorsqu'elles sont très courtes comme dans les millets, vulpins, l'inflorescence a l'apparence d'un épi. Les inflorescences du mil (fléole des prés) (planche 3) et du vulpin des prés (planche 4) ressemblent étroitement à des épis réguliers, mais même dans ceux-ci le type est celui de la panicule ordinaire. Une preuve à l'appui de ce fait est que l'on rencontre parfois des inflorescences branchues dans le mil lui-même. Un épi de blé d'Inde est une modification d'une panicule, caractérisée par des “ranches extrêmement courtes, naissant d'une tige principale cliarnue.
Dans beaucoup d'herbes, la panicule présente des formes différentes aux diverses phases de son développement. Ainsi, dans l'agrostide et la fétuque ovine les branches sont étalées pendant la floraison et l'inflorescence est alors large et lâche. Lorsque les fleurs sont tombées, les branches se replient vers la tige principale et l'inflorescence devient resserrée et étroite.
Epillets: Les branches de l'inflorescence portent des épillets aux extrémités; c'est une sorte d'inflorescence partielle (fig. 3). A la base de l'épillet se trouvent deux glumes stériles (fig. 3 GI.) mais le raygrass italien et le ray-grass vivace n'en ont qu'une. D Par-dessus ces glumes se trouvent un certain nombre
de glumes fertiles appelés lemmas (fig. 3 L.) qui Fig.3. Epilletde Portent une fleur dans l'axe. Chaque fleur est en-
brome incrme. RE £ s rl odn : ils mate È », Grosseur natu tourée d'une glume délicate appelée palea (fig. 4 Pa.)
relle, ct se compose principalement de trois étamines (fig. He 4 St.) et d'un pistil avec deux stigmates branchus et L.—Lemma. plumeux (fig. 4. p.).
Le nombre de fleurs varie dans les différentes graminées. Le brome inerme en a de 7 à 9 par épillet, tandis que l'agrustide n'en a qu'une. Dans cette dernière l'épillet entier se compose de deux glumes stériles (fig. 3. G1.), le lemma (fig. 3 L.) et le palea (fig. 4. Pa.) qui enveloppent la fleur proprement dite.
Fécondation: Avant la floraison,les glumes entourent étroitement les fleurs et l'on ne voit rien des étamines ni du pistil. A la floraison les glumes s'ouvrent généralement toutes grandes et l'on voit les étamines et le pistil (fig. 4). Les étamines produisent bientôt des masses poussiéreuses que le vent emporte. Cette poussière est le pollen qui, retenu par les branches des stigmates, féconde l'ovaire Fig. 4. Fleur d'aroine élevée en C'est-à-dire la partie basse du pistil, (fig.
tourée de ses glumes. O)e fruit se fo 1e
Quatre fois la grosseur naturelle. + -) et un uit se rme.