CLIMAT ET SOL
fertilité el l'humidilé convenables, mais <lans tous les cas on la coupe lorsqu'elle est en fleur et elle fleurit après avoir reçu 852° de chaleur totale au-dessus <le 8° de tempti'alure moyenne. Ainsi à Paris, la température moyenne atteint 8° au commencement d'avHl, pour y redescendre au 13 octobre, et la chaleur totale, prise au soleil, de l'une à l'autre de ces dates, est d'environ 3 400 à 3800» ; qui divisés par 852 donnent à peu près 4. On y peut faire quatre coupes dans les années positivement chaudes, on en fait ordinairement trois et on p&ture la quatrième.
En Bavière, la température atteint 8° au commencement de mai, elle y redescend au i" oolobi-e. La chaleur totale entre ces deux dates est de 2 500°, et l'on pouirail faire dans l'année trois coupes, mais il est pi-obahle que la troisième, trop tardive poui- être fanée, est pàtui-ée sui- place.
Voilà des faits qui montrent l'action de la chaleur. Pour l'humidité nous nous contenterons de dire que la luzeiTie irrii,'uée abondamment une fois api'ès cliaque coupe, peut élre fauchée piesque tous les mois, à partir du printemps, en Andalousie. Celle qui n'est pas iniguée n'y donne rien ou à peu près.
La luzerne craint les gelées d'hiver tant qu'elle n'est pas parfailemenl enracinée, mais son pivot pénèti-e bien au-dessous des couches où la gelée peut parvenir, et dès lors la plante est à l'abri dus atteintes du froid. Cependant il ne faut pas oublier que ses jeunes pousses redoutent les gelées tardives.
En somme, la luzerne aime la chaleur, une humidité modérée, qui soutient sa végétation pendant le coui-s de l'été. Sa culture peut s'avancer jusqu'au nord du climat de Paris, plus loin elle cède le pas au trèile.
La luzerne réclame par-dessus tout un sol perméable et profond, calcaire, riche en acide phosphorique et en potasse assimilables. Ses racines, qui peuvent acquérir une ti'ès grande longueur, ont en effet besoin, pour s'allonger, d'un sous-sol qiù se laisse lra\ erse r jusqu'à une grande profondeur. Ces longues racines piesque dépourvues de ramifications latérales, sont terminées jiar une houppe de radicelles absor- GiROLA. — Plantes tourrag^rcs. 7
bantes qui ont btentat épuisé les sucs nutiitifs environnants ; mais comme elles s'allongent toujours, elles pénètrent successivement dans de nouvelles couches non épuisées. Si cet allongement est arrêté, la plante devient languissante; sa durée est compromise. C'est donc en réalité la nature du soussol qui est surtout importante pour la luzerne.
Rendement et durée des luzerniôres.
La luzerne est une plante vivace, et dans la culture elle peut durer plus ou moins longtemps suivant les circonstances de sol, d'humidité, de climat, ete. Une condition essentielle pour qu'une luzerne ait une grande durée, c'est une grande profondeur et une suffisante richesse des couches meubles du sol. Toutefois il arrive souvent que même dans les sols- les plus fertiles, la présence des mauvaises herbes, et sui'tout du chiendient qui, quoi qu'on fasse, s'emparent progressivement du terrain, étouffe bientôt la luzerne. La durée utile d'une luzemière ne déqasse pas dix ans, dans les circonstances les plus favorables. Dans la plupart des cas 11 y a avantage à la rompra quand elle a duré de quatre à six ans, suivant son état.
Le rendement total d'une luzernière est évidemment lié à sa durée. C'est en général lorsque la luzerne est à sa troisième année de coupe que le rendement moyen annuel est maximum, et, h partir de là, il va en diminuant. Sous le climat de Paris, dans de bonnes conditions, le rendement annuel de la luzerne ne dépasse pas 80 quintaux de foin sec par hectare. Dans les bonnes fermes de la Brie, d'après M. Joulie, il serait de 70 quintaux envii-on. La nature du sol, sa richesse en engrais et surtout sa plus ou moins grande dose d'humidité pendant l'été, peuvent produire de grandes différences dans le nombre des coupes et le rendement. Pans le climat de Paris, où l'on fait trois coupes, la première est ordinairement la plus abondante, parce qu'elle profîte de tous les sucs nutritifs accumulés dans le sol depuis l'automne précédent ; les autres vont en diminuant soit par suite de l'épuisement du sol, ou de la sécheresse.
PLANTES PARASltES Et ANIMAUX NUISIBLES. IM
La durée des luzernières est limitée par un certain nombre de causes qu'il nous faut examiner, et qui sont : l'épuisement du fond de la terre, la sécheresse ou la dureté dés couches inférieures, l'humidité stagnante de ces mêmes couches, l'envahissement par les herbes.
L'épuisement du fond de la terre se manifeste par la diminution progressive de la production, par la disparition successive des plantes ; il n'en reste qu'un nombre toujours plus petit, de celles qui ont été placées dans àù meilleures conditions que les autres ; cet épuisement est bien plus rapide quand on sème la luzerne dans un champ qui en a déjà porté. Il ne se répare qu'à la longue et les luzernes durent d'autant moins qu'elles se succèdent plus souvent les unes aux autres. Cela s'explique facilement, car les principes nutritifs disparaissent bien plus vite par l'aspiration des racines qu'ils ne sont remplacés ; il faut en eiïet pour cela qu'ils aient pu traverser lentement foutes les couches supérieures après avoir été rendus assimilables par les actions chimiques qui se produisent dans les terres sous l'action du temps, de la chaleur, de l'eau, de l'air et des microbes.
La sécheresse et la dureté des couches inférieures produisent le même effet, parce que les racines, une fois qu'elles y sont parvenues, ou manquent d'humidité, ou ne peuvent plus s'enfoncer. La luzerne, d'un autre côté, péi-it entièrement loi-sque ses racines atteignent une couche imprégnée d'une humidité stagnante.
Mais dans les sols les plus fertiles, c'est par l'envahissement des plantes adventices que la luzerne périt. Le champ se convertit en gazon, et la luzerne, qui est de toutes les plantes celle qui se plaît le mieux dans l'isolement, ne tarde pas à céder la place k ces plantes plus robustes qu'elle.
Plantes parasites et animaux nuisibles.
Outre ces causes générales de destruction des luzemières, il y en a d'autres accidentelles : nous voulons parler des plantes parasites et des animaux nuisibles.
La Cuscute {Cuseuta Europxa), — connue aussi des culti-
Cioogle
valeurs sous les noms divei-s de rasque, teigne, lignasse, barbe de moine, cheveux de Vénus, etc., — est un fléau redoutable iioui- la luïPfne qui nous occupe actuellement et pour le IW'fle (lig. 45).
La graine de cuscute est très petite, d'une forme arrondie oïoïde, et d'une couleur bran jaunâtre.
Elle peut séjourner longtemps dans la terre, jusqu'au moment où elle rencontre les ciiTonstances favorables pour son développement. Elle peut même traverser les organes digestifs des animaux sqns perdre ses facultés gemiinatives. La graine met environ quatre semaines pour germer, puis on voit l'embryonvenirs'implantei' dans le sol :
Fjg. 45. — Cuscute. alors la tigelle s'al-
conlournée sur elle-même, et portant à son sommet le reste delà graine. Au bout d un certam temps, celle-ci tombe; on voit aloi-s la partie contournée de l'embrj'on s'animer d'un mouvement tournant, et se dmger en cercle vers tous les points de Ihoiizon 11 épuise les matériaux contenus dans la tige et le piv ot, se fletni a la partie inférieure et tombe sur le sol. Lorsque dans ion mouvement de rotation, le bout contourné de l'embryon rencontre une tige vivante sur son passage, il l'entoure en formant une spirale; il s'y appli-