IS.O
D'où la conclusion que le ligneux ne fait qu'augmenter pendant que la protéine diminue proportionnellement, et que si les extractils non azotés s'accroissent jusqu'à une certaine époque, à partir de là ils décroissent rapidement. Partant, nous dirons avec StJickhardt que c'est une grande faute de commencer la fenaison trop tard, quand l'herbe est déjà trop mûre. Les herbes jeunes et tendres sont fortement nourrissantes, vu leur richesse en protéine et la solubilité de leurs
ËPOQUE l>E L\ FAIiCIlAlSON. 19T
principes ; elles sont aussi nourrissantes que les grains (eau déduite), tandis que les vieilles ne valent pas plus que de la paille.
11 faut ajouter à cela que les foins d'herbes jeunes sont d'une digestion plus facile que ceux fails trop tard. La digestibilité est en eiïet largement iniluencée par la conslilution de l'aliment. Cetle influence est inconleslable, car les états moléculaires variables qu'affectent les différents principes nutritifs, les rendent plus ou moins facilement attaquables par les sucs digestifs. Cet élat moléculaire varie non seulement avec chaque plante, mais il change aussi pour chacune avec le degré d'avancement de la végétation. Ainsi les jeunes pousses des herbes sont presque complètement digestibles, tandis qu'à leur natu rite complète leur digestibilité est bien moindre. C'est de quoi les résultats de nombreuses expériences donnent une preuve irréfutable. Pour n'en citer qu'une, disons que du trèfle, coupé à la lin de la floraison, a livré :
et 21,0 — de ligneux,
de moins que le mùmc trèfle coupé un peu avant la floraison.
Ainsi sous le rapport de la matière azotée et sous celui de la digestibilité, il importe de ne pas retarder la coupe des fourrages.
Nous ajouterons que les coupes hâtives et convenablement répétées, quand cela est possible, fournissent aussi la plus grande masse de fourrages, de la meilleure qualité.
A Hohenheim, la récolte d'un gazon bien exposé au soleil, ayant fourni deux coupes au 12 juin, a livré une quantité totale de substances protéiques de moitié supérieure à celle obtenue lors d'un fauchage unique : le rapport entre les produits en matières protéiques a été de 668 à 43i, lu proportion centésimale en albumine étant, dans le premier cas, de 30,4 et, dans le second, de 16,3 et le total de la substance sèche récoltée a été respectivement de 3 274 et de 2 662 kilogrammes. Un champ de trèfle a donné lieu à des observations semblables
à Proskau ; trois coupes ont livré ensemble 3 222 kilogrammes de substance siche et 676 kilogrammes de protéine brute par hectare, et deux coupes 3 061 kilogrammes de substance sèche, contenant seulement 437 kilogrammes de protéine brute [1).
Aussi dirons nous pour terminer que c'est une grande faute de commencer la fenaison trop tard, non seulement au point lie vue de la quantité absolue de principes nutritifs recherchés, mais encoie a celui de leur digestibilité.
Coupe des fourrages.
La coupe des fourrages s'exécute soit avec la faubc, soit avec la faucheuse.
De tous les instruments de coupe à bras, la faulx est celui auquel il convient de donner la préférence pour la récolte des fourrages. U n'y en a pas, en elTet, qui permette de coucher les herbes sur le sol avec plus de célérité, ni dont l'emploi soit plus économique. Avec la faulx, grâce à l'obliquité relative du manche et de la lame, l'ouvrier peut tondre l'herbe aussi près du sol qu'on peut le désirer, tout en conservantune position commode. La faucille et la sape, que l'on emploie pour la moisson, forceraient l'homme h se placer à genoux ou à se plier en deux, pour faire un travail qui, malgré tout, resterait inférieur.
Nous ne donnerons pas la description de la faul.x, c'est un instrument trop répandu pour que cela soit nécessaire. Nous nous bornerons à mettre sous les yeux du lecteur la ligure d'une faulx munie d'un playon pour la coupe en endains réguliers des prairies artificielles.
Le travail du faucheur avance avec d'autant plus de rapidité que les fourrages sont plus clairs et moins résistants. La largeur du train que parcourt la faulx dans son mouvement cii'culaire est constante pour chaque ouvrier. Il n'y a que l'épaisseur de la zone dénudée par le coup de faul.x qui puisse varier, et qui varie avec le pas en avant du faucheur. L'avan-
(l) Kmile Wolfp.
Digiiir^df/Googlc
cemenl de pelui-ci peut être d'auUnt plus grand, dans une certaine limite, que la résistance à la coupe est moins grande. C'est pourquoi on abat dans une journée une plus grande étendue de prairie artificielle que de prairie naturelle.
Sous l'action de la faulx, toutes les herbes coupées sont ramenées sur la gauche du faucheur et y forment un andain plus ou moins régulier ; pour couper les prairies de légumineuses, qui ne doivent pis être soumises au fanage proprement dit, et qui ont besoin d'èti'e placées en andains très réguliers, on arme la faulx d'un playon.
La perfection dans le travail du fauchage consiste à couper les figes le plus près possible déterre.
11 faut en outre que la fauix soit dirigée de façon à ne laisser après son passage qu''un tapis de velours bien ras et sans aucune irrégularité. L'ouvrier pourra faucher d'autant plus ras que le terrain sera plus uni et plus dépourvu de mottes de pierres et de taupinières. L'épierrage et le roulage des prairies au printemps ainsi que l'étaupinage, sont des travaux d'ui
car en dehois de leui utilité spéciale, ils ont pour effet d ac croître sensiblement le rendiment en foin en facihtant un meilleur fauchage
Pour que le sol lauche foime un tapis sans inégalités, il faut que tourner soit habile et sache faire I effort nécessaire pour fane décrire à sa faulx «on mouvement circulaire de droite à gauche dans un plan parallèle à la surface du terrain. S'il n'abaisse pas assez tôt le talon de sa faulx, quand il attaque la droite de son train, et s'il le relève trop tôt sur sa gauche, la lame, au lieu de manœuvrer dans un plan horizontal, se meut suivant une surface cylindrique, comme le montre le
Fig. 70. — Fauii.
m porta n ce manifeste
schéma suivant. L'herbe est coupée 1res près du sol en B, quand la faulx passe vis-à-vis le faucheur; mais la longueur des chaumes s'accroît régulièrement à sa droite et à sa gauche «n AetC ((ig-7i).
Comme l'andain est formé en C l'imperfection du travail est n asquee pe dant son exéc t on pou le cuit ateur débu
Fg t— hhnadun mau a up d faul
tant, qui n est pas au courant de la pratique du fauchage. 11 ne s'en aperçoit que lorsque le fourrage est enlevé, car alors chaque train du faucheur forme comme une allée gainie de chaque cdté d'une bordure de gazon plus élevé. Le praticien n'ignore pas que pour juger du ti'avail de la faulx, ce n'est pas le terrain situé derrière l'ouvrierqu'il faut examiner; mais celui qui se trouve placé à sa gauche, sous l'andain, qu'on rejette sur le cOté avec le pied i>i le fiavail est bon à cet endroit il est bon partout
Cette observation a une impoi tance plus giande qu'on ne saurait le croire au premier abord, surtout dans les prairies naturelles, et spécialement lois du fauchage des regains. Un faucheur malhabile ou paresseux fera perdre lacilement un dixième de la récolte. On ne saurait donc apporter trop de soin au choi.i et à la surveillance de ces ouvriers. Il vaut mieux les surpayer, s'ils le méritent, que de les prendre au rabais.
En ce qui concerne le choix de la faulx, on doit s'en rapporter aux habitudes des ouvriers. Pour chaque faucheur, le meilleur outil sera toujours celui au maniement duquel il est accoutumé ; et il y a plus d'inconvénients que d'avantages à vouloir, sous ce rapport, modifier les coutumes locales. Du moment que l'herbe est coupée bien régulièrement et rez de terre, c'est tout ce qu'il importe. Que la faulx soit grande ou petite, vosgienne, champenoise, picarde ou bretonne,
l'étendue coupée ne \ai'iera pas sensiblement avec un bon ouvrier possédant bien son outil en mains.
Le fauchai^e, Je plus souvent, s'exécute à la tAclie. C'est la méthode la plus économique, mais c'est aussi celle qui demande de la paît du cultivateur la surveillance la plus aitentiie Poui avancer plus vite, les tâcherons ont une tendance à prendre le» andains trop larges. Dans ces conditions, ils ne rasent pas le lapis d'assez prés, surtout sur les eûtes, et la dérectuosité que nous avons signalée dans le travail du mauvais faucheur se produit infailliblement. L'œil du maître est la meilleure garantie contre celte malfaçon.
La quantité de travail exécuté par un faucheur est très variable. Mathieu de Dombasie dit que, dans les prairies naturelles bien garnies, mais où l'herbe n'est pas roulée ou versée, un faucheur robuste coupe habituellement dans sa journée 30 II 40 arcs ; qu'il n'en fait pas davantage dans les regains, même loi-squ'ils sont fort courts, parce que le travail y exige plus de soin ; mais que dans les trèfles et les luzernes un homme fauche communément 40 à 60 ares, à moins que l'état de la récolte présente des difficultés particulières.
Emploi des taucbeases (lîg. 72). ^ Aujourd'hui que la main-d'œuvre devient rare et chère, et que ce i)hénomène économique va en s'accentuant de plus en plus, le moment est venu de remplacer le fauchage à bras par le fauchage mécanique. Dans la plupart des conditions, ce changement s'impose ; mais en outre, même dans les situations privilégiées, où la raréfaction des bras ne se fait pas aussi vivement sentir, on a avantage à faire la fauchaison à la machine. L'emploi des faucheuses met le cultivateur h l'abri des exigences des ouvriers spéciaux et la rapidité de l'exécution de la coupe diminue, dans une grande proportion, les chances de détérioration auxquelles sont exposés les fourrages. De plus, l'ulilisaUon des machines permet d'effectuer la conpe au moment le plus opportun et contribue, par là, à assurer aux fourrages une bonne qualité et une valeur nutritive élevée.
Nous n'entrerons pas dans la description des faucheuses, cela sortirait du cadre imposé à cet ouvrage. Nous nous bornerons ft faire ressortir l'économie de leur emploi. Les fau-
cheuses sont arrivées aujourd'hui k un élat de perfection t«lle, que leur travail est aii moins aussi bon que celui du meilleur faucheur. Elles coupent l'herbe aussi près du sol et présen-
tent l'immense avantage d'abattre la reçoit* d'une surface considérable par journée de travail. L'andatn qu'elles forment est peu pressé, peu ramassé el sèche très bien. Le fanage devient par conséquent plus rapide el plus facile.
■ .Cîooi^lc
En dix heures de travail effecliF, une faucheuse, attelée de deux chevaux, coupant suri", 20 de laideur, peut mettre à terre 4 hectares de prairie. En relayant les chevaux et le conducteur, on peut facilement dépasser ce résiillat.
Admettons que la machine doive s'amortir en cinq ans, ce qui est un minimum pour la durée d'une machine hien conduite; comme elle coûte environ 400 francs d'achat, il faudra prélever sur les produits de son travail une somme annuelle de 80 francs, qu'on capitalisera, pour son l'emplacement. Si nous supposons que nous ayons h couper, dans une ferme <le 160 hectares soumise à l'assolement quadii'ennal, 40 hectai-es de fourrages à deux coupes, la faucheuse aura à travailler quar'ante jours en tout dans le courant de l'année. Les frais d 'amortis.se ment s'élèveront par suite à 2 francs par journée de travail réel, ou à 0 fr. 50 par hectare. Nous devons ajouter à l'amortissement l'intérêt du capital-faucheuse, à5 p. 100 par an, soit 20 francs en tout, et 0 fr. 30 par jour de fonctionnement.
Une autre partie importante de la dépense, ce sont les i-éparations que la machine exige par suite d'usure et d'accidents. C'est là une dépense ti'ès variahle, on le comprend sans peine. Toutefois, il ne nous semble pas inutile, pour lixer un peu les idées à ce sujet, de donnei- un aperçu de ce qui se passe dans la pratique. Nous n'aurons, du reste, qu'à ti-anscrire la note suivante, publiée en 1883, dans le Journal d'Agriculture pratique, par M, de Larclause, directeur de la ferme-école de Montlouis, dans la Vienne.
" J'ai acheté, dit-il, en 1875, à M. Pilter, une faucheuse Wood, modèle 18'74, avec quatre scies et trois bielles,
" J'ai coupé avec cette machine en 1875, 1876, 1877 et 1879, 189 hectares de prairies artiRci elles. L'entretien, les réparations et le remplacement des pièces usées et cassées ont nécessité, pendant ces quati-e années, une dépense de 101 francs. Depuis 1878, j'ai conservé les mémoires des diverses dépenses occasionnées par l'usage de la faucheuse et je vais les établir, année par année, en mentionnant la nature et le prix de chaque réparation, et de chaque acquisition des pièces de rechange.
uGoogle
« Ed 1879, la machine a coupé 32 hectares de luzerne et a
coûté :
Réparation de l'arbre du premier mouveraont. . . 15,01)
1 plateau de clicquet 4.00
1 pignon de l'arbre du volant 4,00
2 guides de la bielle 2,85
Réparation à une roue et boulons 3,S0
50 sections de lame et rivets 20,00
* têtes de scies H.OO
Dépense on 1879 60,35
En 1880, la faucheuse a coupé 36 hectares de luzerne et a coûté :
fr.
3 têtes de scies et boulons 15,50
i doigts et i guides 13,00
Réparations diverses 15,00
9 bielles soudées 6,75
2 scies soudées 3,00
25 sections de lame et rivets 10,00
Dépense en 1S80 62,25
En 1881, la faucheuse a coupé 55 hectares de luzerne el trèfle, et a nécessité les dépenses suivantes :
12 boulons de guides 3,00
i doigta 9,00
i têtes de scios ll.OO
t levier et une fourche d'einbrayage 9,50
2 guides de la lame 3,00
2 bielles soudées 6,00
Réparations diverses 3,50
iO sections de lame et rivets 14,00
Dépense de 1881 58,00
' La rupture fréquente de la scie et de la bielle était une cause continuelle d'arrêts, de pertes de temps et de dépenses. J'ai reconnu qu'elle était due h l'usure du grand sabot. En 1882 j'ai fait ajouter à cette piicc, au moyen de rivets, une plaque d'acier, et j'ai pu faire sans accident la première coupe des luzernes. Mais cette plaque s'étant usée, le jeu existant a de
nouveau fait casser les bieilles et les scies; je me suis décidé è. remplacer le grand et le petit sabot, malgré la dépense que nécessitait cette grosse réparation. J'ai pu faire placer ces deux pièces sans avoir recours h un maréchal. Depuis j'ai fait couper 9 hectares de deuxième et 4 hectares de troisième coupe de luzerne sans la moindre avarie.
La faucheuse a coupé, en 1882, 40 hectares de luzerne et a nécessité les dépenses suivantes :
tr.
4 doigls 9,00
Petite roue du sabot et de sa vis 4,S0
Grand sabot et son support 52, T&
Petit sabot 14,5»
Réparations divei-scs 5,00
5 bielles soudées S. 75
5 scies soudées 6,25
40 sections de lame et rivets 20,00
Dépense en 1882 115,75
En récapitulant les détails qui précèdent, la faucheuse a coupé en huit années 352 hectares de luzerne, trèfle et sainfoin, ela occasionné une dépense de 398 fr. 35, soit par an une dépense de 49 fr. 80 et par hectare de 1 fr. 13. >•
Nous pouvons, d'après ce qui précède, établir d'une manière très approchée le prix de revient de la journée de travail de la faucheuse et celui de la coupe de l'hectare de prairie :
ft.
Un conducteur et un aide 10,00
Quatre journées de cheval 20,00
Graissagii 0,50
Intérêt et amortissement 2,50
Bêparations 5,65
Total.. 39,65
Comme dans ces conditions on coupera au moins 5 hectares par journée de travail, la dépense sera par hectare dp Il 7 fr. 93 » au maximum, car nous avons plutôt exagéré les dépenses.
GiitoLA. — Plantes fourragères. H
Oessiooation des fouppagss ou fanage.
La dessiccation ou le fanage des foins comporte une série de
manipulations que nous allons décrire, en indiquant en même
temps les outils et les instruments nécessaires.
Le fanage s'opère différemment suivant qu'il s'agit de faire
du foin de graminées
ou de prairies natu-
I elles, ou bien du foin de légumineuses ou de prairies arlifici elles.
l'Foin de pré. — Le fanage du foin de
; se fait k l'aide d'outils àbras ou avec des machines perfectionnées, ou avec les uns et les autres. Nous allons décrire sommairement la méthode ancienne, puis la méthode exclusivement mécanique.
II sera facile ensuite d'imaginer les diverses méthodes mixtes que l'on peut
circonstances.
Fig. 73. — Fig. 74. - Pauchet. Les outils que l'on
Fourctie en bois. emploie pour le fa-
nage manuel sont la fourche en bois (fig. 13} et le fauchet (fig. 74). Mathieu de Domkasle recommande d'opérer comme il suit :
<< Aucun travail de fanage ne se fait le matin, avant que la rosée ne soit entièrement dissipée. Alors, c'est-à-dire vers huit