‹ Plantes fourrangèresChapitre 60 sur 168 · DESSICCATION DES FOURRAGES OU FANAGE. S · texte numérisé non relu

DESSICCATION DES FOURRAGES OU FANAGE. S

heures, on éteni], le premier jour du fanage, tous les andains fauchés dans la journée de la veille, ainsi que ceux qui l'ont été le matin de ce jour; toute l'herbe fauchée après huit ou neufheures restant en andains pour être étendue le leademain. On retourne une fois avant midi Therbe ainsi étendue ; et le soir avant la rosée, on met l'berbe en chevrettes ou petits tas, selon l'état de dessiccation où elle se trouve. Les chevrotles sont formées de la quantité d'herbe qui peut produire 5 ou 6 livres de foin, et quatre ou cinq chevrottea forment un petit tas. En principe général, on réunit le foin en tas plus ou moins pros, à mesure que sa dessiccation est plus avancée ; et on ne met en chevrotl«3 que celui qui, k cause de la nature des herbes ou de leur abondance, ou à cause de l'étal de l'atmosphère, n'a perdu dans la première journée qu'une petite partie de son eau de végétation. Le travail de cette première journée n'exige pas que l'atelier soit complet, puisqu'on n'a pas encore à s'occuper du foin de plusieurs journées.

Cl Le second jour, vers huit heures, on étend de même qu'on l'a fait la veille tous les andains fauchés jusqu'à ce moment ; ensuite on étend les chevrotles, puis les tas. Dès que cette opération est terminée, on commence à retourner la première herbe étendue, puis successivement tout le reste. On recommence ainsi dansie même ordre celte opération pendant toute la journée, jusque vers quatre heures du soir. Plus souvent on retourne le foin, plus promptement il sèche. Dans les temps chauds et secs, surtout s'il fait du vent, le foin des andains étendus la veille est ordinairement bon à être rentré dans l'après-midi de celte seconde journée. S'il n'est pas suffisamment sec, il le sera du moins presque toujours assez pour pouvoir être mis en gros tas {ou meuIons).S"il n'était qu'aux trois quarts sec, on le metlrail en moyens las. Le foin des andains élnndus le matin sera mis en chevrotles ou en petits las, selon l'état de la dessiccation.

n Le troisième jour et les joui's suivants, les opérations sont les mêmes que dans le second, à la réserve des gros et moyens tas, s'il en existe, que l'on étend toujours les derniers dans la matinée. Le foin qui était en moyens tas n'a besoin communément que d'âtre étendu sur un espace assez resserré autour

de la place qu'occupait le tas, et retourné une ou deux fois au milieu du jour pour pouvoir être chargé ou mis en gros tas. Quant au foin qui a passé la nuit en gros Ias, il ne faut ordinairement qu'ouvrir et élargir ces derniers sans étendre complètement le foin, pour qu'il soit bientât suffisamment sec. Les gros las peuvent même rester plusieurs jours en cet état, et la dessiccation du foin s'y achève par l'efTet de la fermentation insensible qui s'y opère. Si ces tas ont été faits avec soin, le foin y est à peu près aussi en sûreté contre les pluies que s'il était logé dans le fenil.

« On doit mettre une grande attention dans la construction des tas de foutes dimensions ; et c'est par là que l'on pèche le plus généralement dans le travail des fenaisons, excepté dans quelques cantons où cesopérations sont particulièrement bien entendues. C'est principalement de la manière dont les tas sont construits que dépend le salut du foin, quand le temps devient pluvieux ; car on trouvera dans une prairie que les tas mal exécutés ont été pénétrés par la pluie jusqu'au centre, tandis que l'eau a glissé sur la surface de ceux qui avaient été bien faits, et n'a pénétré qu'une épaisseur de quelques centimètres qui se desséchera ensuite promptement sans qu'on y touche.

<i Les tas doivent être régulièrement coniques, en forme de pains de sucre, sans s'incliner d'un côté ou de l'autre, et sans que leur surface présente dans aucune partie des retraits ou des enfoncements par où l'eau pénètre toujours. On ne doit donner à la base, selon la hauteur du tas, que le diamètre nécessaire pour que ce dernier soit bien solide, et que les vents ne puissent le renverser. Toutes les parties du tas, mais surtout le pourtour, doivent être tassées uniformément depuis la base jusqu'au sommet. 11 est nécessaire de tasser ainsi fortement le foin en construisant le tas, parce qu'il se tasserait ensuite de lui-même, surtout s'il survient de la pluie, en sorte que le tas prendrait une forme aplatie et serait facilement pénétré par l'eau. Ainsi, si le tas est trop élevé pour que l'ouvrier qui le construit puisse tasser le foin avec les bras en restant à terre, il doit monter sur le tas et y arranger et tasser le foin, à mesure que d'autres ouvriers le lui donnent. Lorsque

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le tas est presque terminé, on en peigne avec suin la sui'face exténeure avec le rflteaii, et l'on place sur le sommet le foin que l'on a fait tomber par cette opération, ainsi que celui qui provient du ratelage soigné que l'on exécute aux environs du tas. Le tout est tagsé comme le reste au sommet, et l'ouvrier ne descend que lorsque le tas est complèt«ment terminé. Dans une grande fenaison, le chef doit surveiller et diriger la construction de tous les tas, sans s'attacher lui'mème à en construire quelques-uns, pendant que tous les autres sont mal exécutés.

" Le fanage méthodique que j'ai déci'it suppose que le temps est resté constamment beau; mais s'il est pluvieux ou incertain, il faut bien faire plier la régularité des opérations aux exigences du moment. On doit alors se proposer comme règle invariable, qu'il ne se trouve jamus de foin étendu sur la terre lorsque la pluie survient, non plus que pendant la nuit, même par les beaux temps. Toute herbe doit êtr'e dans ces deux circonstances, en andains, en chevrettes, ou en tas plus ou moins gros, selon l'état de sa dessiccation. Si le foin a éié surpris une seule fois par la pluie, étendu sur le sol, il perdra beaucoup de sa belle couleur verte et de l'arôme qui caractérisent le foin de bonne qualité. Il y a néanmoins ici une considération qu'il importe de ne pas perdre de vue : l'eau des pluies nuit d'autant plus à la qualité du foin, qu'il était déjà plus avancé dans sa dessiccation. Tant que Pherbe conserve encore ses sucs et en quelque aorte sa vie, l'eau ne fait que glisser sur sa surface ; tandis qu'elle en pénètre toute la substance comme une éponge, lorsqu'elle est déjà presque sèche. En cas de pluie imprévue, c'est donc toujours le foin le plus avancé dans sa dessiccation qu'il faut se hâter de soustraire â son influence en le meltant en tas. L'herbe, tant qu'elle esten andains, souffre peu de l'action des pluies même prolongées ; mais au bout de trois à quatre jours, elle commence ordinairement à jaunir dans le dessous des andains, qui est privé du contact de l'air. On doit alors retourner les andains en les fai~ sant changer de place, mais sans changer la disposition de l'herbe dans l'andain. Après une forte averse qui a battu et collé les andains contre le sol, on se contenfe de les soulever

sans les dt'ranger et sans les changer de place. Si les chevrettes ont été pénétrées par la pluie, on laisse d'aboi-d bien se dessécher le dessus, puis on les retourne sans lesélendresi la pluie est encore menaçante.

" Dans les temps incertains, on se garde bien d'étendre les tas petits ou rfos, mais on les visite souvent; et s'il s'y manifeste une trop forte chaleur, ou si l'on craint qu'ils ne contractent intérieurement de la moisissure, on les démonte jiour les reformer immédiatement, en s' efforçant de saisir pour cette opération un insl&nt où l'extérieur du tas est ressuyé, artn d'éviter de renfermer dans l'intérieur l'humidité que contenaient ces parties. On suspend le fauchage lorsqu'on a sur la terre les andains de 24 heures de travail ; car quoique rhi>rbe coure peu de risques par l'efTet de la pluie dans ces andains, il se trouverait qu'on en aurait une trop grande quantité à manœuvi-er au moment où le retour du beau temps pei-mettra de reprendre les opérations du fanage : on ne doit jamais avoir à la fois sur terre que la quantité de foin que l'on peut traiter avec perfection et mettre en tas promptement, si les circonstances l'e.xigent, à l'aide de l'atelier dont on dispose, on prolite de tous les intervalles de beau temps pour ti'aiter le foin des andains que l'on a étendus, pour étendre momentanément les petits tas, afin d'en former ensuite de moyens, si la dessiccation est suffisamment avancée; et l'on s'efforcera d'obtenir, par les mêmes moyens, dans le foin qui compose ces derniers, une dessiccation sullisante pour qu'on puisse k mettre en gros tas, qu'on laisse subsister jusqu'il soit ))0ssible de les rentrer.

I' Poui' le fanage des premières coupes dans les prairies naturelles, on calcule généralement que l'atelier doit être composéd'un nombre de femmes quadruple de celui desfaucheui-s, pour que le travail marche avec régularité, sans retard et sansinterruptionpendant plusieui-s jours consécutifs. Si les ouvrières sont ti-és actives et dirigées avec intelligence, on pourrait diminuer un peu ce nombre et le réduire à trois femmes par faucheur; cependant comme ta bonne qualité du foin dépend essentiellement de l'a propos avec lequel sont exécutées les diverses opérations de cet atelier, on fera toujours bien.

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lorsqu'on le pourra, de l'établir plutôt au>dessus qu'au-dessous du nombi-e rigoureusement nécessaire. Un homme intelligent, actif et très expérimenté doit être à la tête de cet atelier. Dans ce nombre de faneurs, ne sont pas compris les ouvriers nécessaires pour charger les voitures, déchaîner, arranger le foin sur les meules ou dans les granges. Cet atelier doit être composé d'hommes robustes et actifs, et presque en nombre supérieur à celui des faucheurs, si la récolte est abondante. » La méthodemanuelle, que nous venons dedécrire, pour effectuer la i-écolte des praiiies naturelles et artificielles de graminées, est certainement très bonne. Mais il faut se h&ter de dire qu'elle devient de plus en plus impraticable, par suite de la rareté et de la cherté de la main-d'œuvre. Poussés par l'impérieuse nécessité, les agriculteurs et les ingénieurs agricoles ont réussi à créer un outillage complet, au moyen duquel lesdivei-sos manipulations que nécessite la récolte des fourrages peut se faire avec peu de main-d'œuvre, et même dans certains cas sans qu'il soit nécessaire de recourir à d'autres ouvriers qu'à ceux que la ferme occupe constam-

Dans la méthode mécanique, qui est essentiellement une méthode économique et rapide, la fauchaison, d'abord, au lieu d'être exécutée à bras d'hommes au moyen de la faulx, s'exécute à la faucheuse. Nous avons démontré déjà l'économie qui résulte de cette substitution, nous n'y reviendrons donc pas.

Dans l'opération du fanage, l'épai-pillement des andains que la faucheuse fomie sans trop ramasseï' ni tasser l'herbe, au lieu d'être exécuté à l'aide dufauchet ou de la fourche en bois, s'opère au moyen delà faneuse (fig. 74). Cet appareil, traîné par unchevalelconduitpar un homme, consiste essentiellement en deux ou quatre tambours poitant à leur périphérie desfourches à deux ou quatre dents qui sont animées d'un mouvement rapide de rotation autour de l'axe du tambour. On peut à volonté faire tourner les fourches en accrochant ou en décrochant, pour que leur action de projection soit plus ou moins efficace. Leui-s pointes peuvent être à volonté plus ou moins rapprochées du sol. La faneuse Nicholson, dont la

figure est ci-contre, est une des anciennes et des plus recommandables. On fabrique aujourd'hui des faneuses à fourches

Fig. 75. — Faneuse (PUter).

automatiques très recommandables. La figure 76 en reproduit le type. Depuis plus de 50 ans, les faneuses fonctionnent en Angleterre avec un grand succès; elles sont entrées maintenant dans la pratique de l 'agriculture fi-ançaise, où

Fig. 76. — Faneuse i. fourches (Piller).

elles sont justement appréciées depuis que l'on qu'une bonne machine peut aisément faire la besogne de tS à 20 ouvriers, et permet au cultivateur de rentrer le soir lorsque le temps est convenable, le produit d'une prairie fauchée le matin, en sorte qu'il suflit d'un petit nombre de beaux jours

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