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DESSICCATION DES FOURRAGES OU FANAGE

on ne devra jamais le rentrer sans l'avoir mis en tas, qu'on laisse subsister pendant quelques jours. Il arrive pi-esque toujoui's alors, que les feuilles qui se brisaient sous le rAteau au moment où on a mis le foin en las, reprennent de l'humidité peu de temps après parce que les tiges grosses et charnues de CCS plantes n'étaient pas sèches jusqu'au cœur; et l'humidité qu'elles contenaient se communique aux autres parties, lorsque la masse a été tassée pendant quelque temps. Si le foin eût été rentré dans cet état, il n'eût pu se bien conserver ; mais l'humidité surabondante, lorsqu'elle n'est pas trop considérable, se dissipe dans l'espace <le quelques jours, pai' l'efTet de la chaleur modéi'ée que produit la fermentation dans une masse du faibles dimensions, oi!i les gaz qui se dégagent trouvent facilement leur issue à l'extérieur. Lorsqu'on juge que le foin d'un tas qui a ainsi subsisté pendant 24 heures au moins est suftisamment sec pour être rentré, on peut être assuré qu'il n'y a pas d'illusion et que l'intérieur des tiges n'est pas plus humide que les feuilles et les partiesex térieures qui se mettent les premières en contact avec la main de l'observateur. La dessiccation des fourrages de cette espèce s'opérant en grande partie pendant qu'ils sont en las, il est encore plus important que pour les foins de prairie naturelle d'établir ces tas avec les soins que j'ai indiqués ". (M. de Dombasle.)

Cette méthode manuelle de dessiccation des fourrages de légumineuses peut être remplacée avantageusement, surtout pour les années de fenaison pluvieuse, par la suivante qui, & la fois, réduit au minimum le remùment du fourrage et la perte des feuilles par suite, permet une dessiccation parfaite même par un mauvais temps, et est très économique. C'est la méthode du dressage, ou des moyettes. Elle est employée dans le département de l'Aube depuis 1816 et depuis elle a été appliquée sans interruption et toujours avec succès.

L'herbe étant coupée et disposée en andains, on emploie deux femmes à la consti-uction d'une moyette do fourrage que l'on forme k l'aide de deux petites brassées, représentant un poids de 50 kilogrammes environ.

Ces deux brassées de fouri'age vert sont placées à côté l'une

de l'autre, dans une position un peu oblique & la verticale, les inflorescences en haut, de manière à former un volume conique reposant sur le sol par la base, et attaché au sommet par un lien de même fourrage.

Le ti-avail se fait en trois temps. Dans le premier l«mps, les deux femmes ramassent simultanément le fourrage vert sur l'andain qui vient de tomber sous l'action de la faulx.

Dans le deuxième temps les deux brassées sont portées sur un point commun et libre de l'andain et redressées dans la position décrite.

Dans le troisième temps, enfm, l'une des femmes tient la moyette dans la position voulue, pendant que l'autre fabrique le lien avec le fourrage et l'attache à son sommet.

Par ce seul moyen les fourrages mûrissent, se dessèchent et se consei'vent parfaitement. M. Duplessis, professeur départemental d'agriculture du Loiret, a vu dans la ferme de M. Ch. Lefèvre, près de Patay, des fourrages artificiels de luzerne et de trèfle, disposés en moyettes depuis 8 jours, alternativement pluvieux et secs, qui ont donné un foin parfaitement fut, de couleur verte passant au brun, et à odeur très aromatique. La partie extérieure de la moyette avait bien été blanchie un peu sous l'action des pluies, mais, mélangée h l'ensemble, elle n'en altérait nullement la qualité. Nous avons nous-mëme pu pendant vingt ans suivre l'emploi de cette méthode en Beauce, et nous avons reconnu son excellence sous le rappoi-t de la qualité du fourrage obtenu par le mauvais temps et sous le rappoit de l'économie. Nous donnons ci-contre la photographie d'un cliamp de luzerne mise ainsi en moyettes (fig. 78).

La dépense à l'hectare. poui'<exécuter le travail, est d'environ 1 francs, tandis que le fanage ordinaire revient à 13 francs ; l'économie est donc de plus du tiers ; sans compter que le fourrage n'étant remué que vert, il n'y a pas de perte de feuilles, d'où il suit que le fourrage récolté est plus abondant et plus riche.

Dans les deux procédés précédents, on doit aujourd'hui remplacer la faulx par la faucheuse. L'emploi du râteau k cheval est aussi indispensable dans le premier pour ramasser

U1L5S1CCATI0N UliS FOURRi^GES OU FANAGE. 217

le fouri'age avant de faire les tas, el «Uns les deux pour recueillir les i-eliquats de foin après le chai-gement.

Enlin un procédé liés économique et ti-ès perfectionné pour le traitement des fourrages, procédé qui s'applique également aux foins de prairies naturelles et à ceux de prairies artilicielles, est dû à un cultivateur du Loiret, M. Couteau; il

[!Fig. 78. — Vue d'un thamp'du moyettes (d'après photographie).

supprime le fanage et foi me les tas a\ec un appareil spécial, 11 consiste essentiellemenl à couper les fourrages k la machine à faucher qui les élend suffisamment sur le sol où ils 'wnt abandonnes sans aucun soin de fanage Au bout de ■V mgt-quali e heuies de beau temps ou de tienle-six heures entre leuxpluie* le fouirage encore vert est mis en rouleaux il aide du râteau à cheval, et il est disposé ensuite en meulons mécaniques. Le fanage à la main et à la faneuse est complètement supprimé.

Pour ceux qui ont appliqué la méthode (les moyettes pour dessécher les fourrages par les temps de pluies, il n'est pas Garola. — Plantes fourragères, )3

SiS FENAISON.

difficile de comprendre cequi se passe ici. Le ineulon mécanique n'est en réalité qu'une grasse nioyette de 400 kilos de foin disposé en vrague. (^mme le fourrage a été exposé à l'action desséchante de l'air pendant vingl-quatre ou trente-sixheures; il a perdu par évaporation une partie de son eau, et la fermentation putride ne peut plus se produire. En outre la dimension du meulon mécanique est asez faible pour qu'il n'y ait rien à craindre de ce cOté. Les deux conditions essentielles pour réussir sont: minimum d'eau danslefourrage, et volume relativement faible du meulon. Quand ces conditions sont remplies, le foin mûrit et se desséche comme en moyette ordinaire, el se conserve comme en meulon.

Le chariot à meulons ou emmeulonneuse mécanique est la ba-^e fondamentale de cette méthode, la clef du procédé. C'est une sorte de grande caisse montée sur deux roues, à section transversale trapézoïdale, décroissante de l'arriére à l'avant, et munie de bords élevés, excepté à rarrière, où il n'y en a pas.

Le fond est i-emplacé par des chdnes fixées à l'avant et à l'arrière h deux cylindres sur lesquels elles peuvent s'enrouler pour se raidir ; elles sont espacées de 20 à 25 centimètres. L'essieu est remplacé par deux fusées fixées au bâti. La machine ressemble à un tombereau sans fond, sans essieu intérieur, et sans paroi postérieure.

Quand on veut charger l'emmeulonneuse, on la fait avancer entre deux rouleaux de fourrage, pendant que deux ou trois chai^eurs y déposent le foin le plus rapproché. Lorsque la caisse est l'emplie, l'un des chargeurs monte dessus pour tasser le fourrage et terminer la charge en forme de couverture à quatre pans. Le contenu de la caisse constitue le corps du meulon, tandis que la partie extérieure et supérieure, terminée en pointe mousse, sert de couverture.

Théoriquement la machine doigt s'avancer sans cesse, tandis qu'on la charge, et qu'on fait le meulon.

Pour la confection du meulon à la main, au contraire, l'ouvrier est obligé, pour chacune de ses chai'ges de foin, de se déplacer du cenli-e à la circonférence, et l'éciproquement. Dans le premier cas, pour la confection d'un meulon méea-

DËSSICCATIUN UES POUIIItAGES OU FANAGE. 219

nique de 400 kilos de foin sec, il parcourt 130 mètres, tandis que dans le {leuxième cas, pour le meulon à la matn, l'ouvrier parcourt 1760 mètres. D'où le rapport 1760 : 130= 14, exprimant l'avantage, au point de vue du chemin parcouru, du meulon mécanique sur le meulon ordinaire.

La machine étant chargée, et par suite le meulon consti'uit, on le fait avancer sur la partie ilu sol la plus convenable pour la vider. Pour cela, on débraie le cylindre d'arrière, les chaines se décrochent et tombent sur le sol. Le cylindre (|ui est mobile est retiré. Âloi-s le chariot avançant, le meulon reste debout à la place choisie.

L'expérience a montré que des foins obtenus pai- ce pi'océdé, après avoir passé SÔ jours en meulons mécaniques, étaient de belle couleur, d'oileur aromatique, et parfaitemeni conservés contre l'action des pluies. En 1879, MM. Couteau, Gaudrille et Hautefeuille ont traita ainsi 125 hectai'es. Malgi'é les pluies très abondantes, et après 2u jours, le foin avait beUe couleur et odeur agréable.

Cette méthode, qui permet de lutter avantageusement contre les intempéries, est ti'ès économique. Cela est manifeste. Ainsi chez M. Couteau, le fauchage, le ramassage, et la mise en meulons à la main, d'un hectare de prairie artiflcielle, coûtent 2S francs. La récolte mécanique, au contraire, ne revient qu'à 8 francs. D'où le rapport 25 : 8 :^ 3 environ indiquant l'économie de la i-écolte des fourrages par la nouvelle méthode.

Considérée seule, la mise en meulons à la main coûte 7 francs par hectai-e, tandis que le même travail mécanique revient à 2 francs, soit trois fois et demi moins.

Donc on peut conclure que par cette méthode on peut transformer le fourrage en foin par un temps humide ou sec et le maintenir longtemps en moulons mécaniques sans crainte d'avaries ; on supprime complètement le fanage, et la perte des feuilles ; le fourrage est plus abondant et plus nourrissant ; enJin on réalise une économie considérable sur les anciens procédés.

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Transport et rentrie des fourrages.

La i-enlrée des fourrages du champ à lafernie se fait à l'aide de diversrs soi'tes de voi tui-es, cliariots ou ehaiTcttes, de formes vai'iables suivant les pays. On a le plus souvent recours à de grandes charrettes, dîtes guimbardes (fig. SO), munies à l'avant et h l'arrièi-e d'échelles ou cadres destinés à maintenir la chaire aux deux bouts, comme les ridelles la maintiennent à droite etk gauche. Dans le nord et l'est, on emploie le plus souvent de grands chariots k quatre roues, à limonièrc ou à flèche, qu'on attélc de trois à quatre chevaux. Mais ces voitures sont lourdes, et il y a avantage à leur substituer de pe-

Fig. TU. — Chariot à foin^lCommergnat, h AuierreJ.

tits chariots à un ou deux chevaux, ou des charrettes, Pai- une longue expérience, en effet, M. de Dombasle a reconnu qu'il est plus économique et plus rapide d'isoler les bêtes pour le tirage. Les petits chariots de Dombasle à un cheval, quoique très légers, reçoivent une charge égale à la moitié de celle des grands chariots à quatre chevaux (flg. '79). Ils sont plus faciles à charger et i déchargei-, et fatiguent moins les animaux, pai-ce qu'ils permettent de croiser plus facilement les ornières. Ils ne présentent que l'inconvénient d'exiger plus de charretiers, mais étant faciles à conduire, le premier venu peut en Ètie chaîné.

u Dans l'attelage isolé, dit M. de Dombasle, le même nombre

de chevaux conduit conslammeiit une charse à peu prèK double. Pour le transjrwri des récolles ou la conduitf des fumiers, chacun de mes chevaux conduit au moins un mille tandis que les autres cultivateurs du pays, avec des attelages de quatre chevaux de même force que les miens, chaînent 1res rarement plus de deux mille. Je suis convaincu qu'il

FIg.SO. — Charrette à foin (Gommcrgnat. à Amorrel.

y aurait encore plus d'avantage, sous le rappoi-l de la force de tirage, à remploi des charrettes à deux roues, attelées d'un seul cheval ; mais le chargement et le déchargement seraient moins commodes, et elles sont beaucoup plus versantes que les chariots i quatre roues. »

Conservation et préparation des foins.

Ce n'est pas tout d'avoir i-écolté nos foins, il faut encore les mettre à l'abri des causes de détérioration qui pourraient interieuir jusqu'à l'époque de leur emploi dans la ferme, ou de leur vente; et dans ce dernier cas, il est souvent nécessaire de leur faire subir certaine préparation pour les amener à l'état commercial. Notre but est la ci'éation des i-ichesses, il ne sera entièrement atteint que lorsque nous aurons amené nos produits sous une forme telle qu'ils soient susceptibles d'être échangés.

Conservation des toins. — (In conserve le foin dans des meules ou dans des fenils, qui sont des greniers placés audessus des étabics, ou bien des granges ou des hangars spécialement destinés à cet usage.

L'épai^ne des ti'ais de construction des bâtiments est le

principal motif que l'on puisse faire valoir en faveui' <lu systx'me des meules. Mais si l'on calcule ce qu il en coûte chaque annôe en Irais de construction des meules et sui tout pour l'étaljlissement de la couvertuie en paille qui doit les couvrir, on trouvera que cette dépense depa<ise de beaucoup l'intérêt du capilal employé à la construction di^ fenils, et les frais d'entretien de ces bâtiments Quelquefois il est trai, on diminue la dépense de consti'uction des meules en se dispensant de les couvrir en paille; mais on epiouve aloi's un dommage liien plus important par la perle d une mas&e considérable de fourrage qui compose toute la couche extérieure necessairenienl avariée par l'effet des intempéries auxquelles la meule est e.\ posée.

D'ailleurs, dans les temps incertains, et mâme pendant les pluies, & l'aide de dispositions convenables, on peut décharger dans les fenils les voituresqui ont été chargées du foin des las formés dans la prairie, ou que l'on a renti-és par le beau temps, tandis^iue l'on n'ose pas travailler aux meules tant que la pluie est menaçante ; et s'il survient un orage pendant qu'on les construit, on ne peut guère éviter d'avoirbeaucoupdefoin mouillé. On a dit en faveur des meules que le foin qu'on conserve ainsi est de meilleure qualité que celui qui l'a été en fenil ; mais cela vient uniquement de ce que l'on est forcé de tasser très également, dans toutes ses parties, le foin qui forme les meules ; car, sans cela, ces dernières n'auraient aucune solidité. Mais, pour le foin qu'on loge dans les fenils, on ne prend [,'uère celte peine, et l'on se contente de le jeter dans le fenil négligemment, sans pi-endi-e soin de l'étendre uniformément par couches dans toute l'étendue du fenil, et de tasser a\ec. égalité tous les points de chaque couche. Si on veut le disposer ainsi avec pi'écaution, on verra qu'il se consene oncoi'e mieux et pendant plus longtemps dans les granges (jue dans les meules.

On construit quelquefois des meules de forme ronde, mais le plus souvent en forme do carré long, en orientant la meule de manii're qu'un des petits côtés se trouve exposé au sudouest, d'où viennent généralement les pluies. Pour la consommation, iiii entame la meule par l'autre extrémité, en la cou-

panl verticalement à l'aide d'une haclie ou mieux d'un coupefoin. Au reste, dans les cantons où l'usage des meules n'est pas connu, les cultivateurs qui voudront l'introduire feront bien de s'adjoindre un ouvrier habitué à ce genre d'opération, car ils risqueraient d'éprouver de grandes pertes, s'ils voulaient se livrer à ces constructions, d'après des descriptions toujours très imparfaites, pour une opération de cotte nature.

Pour les fenils placés au-dessus des étables, il existe une ffause particulière de détérioration du foin : c'estia pénétration dans la masse des vapeurs qui se dégagent des étahle». On s'en préserve h l'aide de bons planchers et en entretenant les plinthes dans le pourtour des greniers, car c'est principalement par là que s'introduisent les vapeurs des étables.

Rien n'est moins judicieux que de chercher à introduire dans tes masses de foin, des courants d'air, à l'aide de diverses dispositions que l'on asouventrecommandéesdanscebut. On doit, au conlraii-e, s'efforcer de tenir la masse, autant qu'il est possible, à l'abri du contact de l'air, pendant la durée de la fermentation du foin, en tenant fermés les volets et toutes les issues du fenil. Si la fermentation développe une chaleur un peu considérable, les parties extérieures s'humecteront, et se dessécheront ensuite par l'elfet de la chaleur elle-même, tandis que la moisissure s'y manifestera dans les parties qui auront été en contact avec l'air. Cet inconvénient est moins à craindre dans les meules parce que l'air étant entièrement libre, et constamment renouvelé sur les surfaces extérieures, enlève pi-omptement l'humidité ; mais dans les fenils ou dans les ouvertures que l'on pratique quelquefois à l'intérieur des meules, l'air ne se renouvelle pas assez pour opérer cette dessiccation, et la moisissure en est la conséquence. Le seul moyen applicable ici est de soustraire, au contraire, autant qu'on le peut, les surfaces au contact de l'air. Si le développement de la chaleur est assez fort pour qu'il y ait possibilité d'inflammation dans la masse, c'est toiijours au contact de l'air qu'elle se manifeste. Des meules peuvent s'échauffer ti-ès fortement, et même jusqu'au point que le foin y soit comme carbonisé, sans qu'il y ait inflammation, parce que, les par-

ties extérieuresélantconstamment refroidies par l'air, la température des gaz inflammables qui se dégagent de l'intérieur se trouve assez abaissée pour qu'ils ne puissent prendre feu, lorsqu'ils ont traversé les couches extérieures du foin. Dans un fenil bien clos, ces gaz remplissent l'intenalle entre la masse et la toiture ; et ils sont assez refroidis pour ne pouvoir plus s'enflammer, quand ils arrivent en contact avec l'air extérieur. Mais, dans ces deux cas, on détermine h coup sAr l'inflammation, si l'on ouvre la masse pour y introduire l'air extérieur. 11 en serait de même si, h l'aide de certaines dispositions, prises au moment où on a construit la masse, on avait facilité l'introduction de l'air dans son inlérieur. L'expérience a montré que la moisissure se manifeste pHncipalement dans le voisinage des conduites que l'on avait ménagées dans ce but, lorsque la chaleur dégagée par la fermentation n'a pas été assez forte pour produire l'inflammation.

Dans tous les cas, on doit entasser le foin dans les fenils de manière qu'il reste le moins d'espace vide possible au-dessous de la toiture.

Lorsque le foin a subi par l'eflel de la fermentation un degré de chaleur qui en a fait passer la couleur au brun, il n'a pas pour cela perdu ses propriétés nutritives et sa qualité, pourvu que cette fermentation ait eu lieu à l'abri du contact de l'air, en sorte que le foin n'ait pas moisi. (M. de Dombasle.)

Salage des toins. — En Anj^leterre, en Ecosse, et dans beaucoup de pays du nord, on a l'habitude de saler le foin au moment où on le met en meules. On y répand environ 1 k. 250 de sel par 100 kilos de foin. Ce sel se dissout peu à peu dans l'eau qu'exhale le foin pendant que sa masse séchaufTe par la fermentation, et il se trouve de cette manière réparti très également dans la masse du fourrage. C'est là, sans contredit, une excellente manière d'administrer le sel au bétail. Cette méthode a en outre l'avantage d'empêcher la moisissure, de modérer la fermentation, et d'assui'er Iv bonne consei'vation du foin. La petite dépense de sel est plus que compensée par ce que le fourrage ga^rne en valeur.

Schattenmann a suivi cette pratique pendant plus do

trente-cinq ans, et n'a jamais rencontré dans son foin la moindre trace d'altération.

A forciori doit-on recourir au même moyen, lorsque les foins sont sablés, vases, moisis, par suit« de ces pluies abondantes qui n'arrivent que trop souvent dans les régions du nord à l'époque de la fenaison,

Bottelage. — Dans une exploitation bien organisée, tout le fourrage doit èlre botfelé avant de sortir du fenil. C'est le seul

Fig. SI. — Botteleuse GuJtton

moyen d'en assurer la distribution facile et régulière entre les bestiaux, et d'empêcher tout gaspillage. Pour les ventes, le bottelage est aussi nécessaire. Le poids des bottes varie d'un pays à l'autre, suivant les usages, de 9 à 10 kilos. On les fait jt deux ou à trois liens. Les bottes à trois liens sont préférables pour la vente, car elles sont beaucoup plus solides et plus faciles à a

Pour la consommation, le botlelage se fait au fur et à mesure des besoins. On profite des mauvais temps pour cette opi'-ration. Un botteleur habile peut faire par jour 200 botles de 5 kilos.

Aujourd'hui il existe des machinesàbotteler qui permetlent à n'imporle quel manœuvre de faire des bottes de foin aussi parfaites qu'un botteleur habile, et avec plus de rapidité.

La botteleuse Guitton (lig. 81), par exemple, se compose dun berceau demi-cylindrique équilibré par un poids quo l'on déplace sur un levier, afin de régler le poids de la botte à faire. L'ouvrier pose en travers du berceau les liens au nombre de 1 & 3, puis it remplit de foin ; lorsque l'équilibre du berceau est obtenu, l'ouviier i-ecourhe les ressorts, les accroche à une pédale et seri-e la botte à l'aide du pied, puis confectionne le lien correspondant. La ligure représente une botte leuse-peseuse à deux ressorts, celui de droite étant accroché à la pédale ; certaines de ces botteleuses sont simples, sans appareil de pesage. Avec ces machines, presque toutes portatives, on peut employer des liens de paille, fourrage, rotin, corde, alfa ou fil de fer; le volume de la botte est réduit au tiei-s environ du bottelageà la main.^Ringelmann.)

Compression des tourrages. — Le foin en vrac aussi fortement tassé que cela est possible dans le fenil, n'a qu'un poids relativement faible par mètre cube. Il suit de là que les magasins doivent avoir de grandes dimensions. D'autre part, quand il s'agit d'expédier du foin par les chemins de fer ou les canaux, il n'est pas possible de donner au wagon ou au bateau toute la charge qu'il pourrait porter ; le maximum du volume dont on peut le charger étant déteiwiné. Ce faible poids du mètre cube de foin en fait une matière encombrante, et d'un transport très onéreux.

Depuis longtemps on employait en Anglcteire, pour conseT'ver et transporter le foin, la méthode de compi-ession. On se servait à l'origine de foi'tes presses hydrauliques. Aujourd'hui des presses spéciales sont olfei-tes à l'agriculture poui' appliquer cette méthode, qui présente les avantages suivants :

1 ° Le foin conserve son arôme, et ne s'appauvrit pas ; 2° il ne se charge pas de poussières el conserve ses graines; 3" exposé

à la pluie, il ne se mouille qu'à l'extérieui- et par conséquent sèche très facilement ; 4" la grande densité qu'il acquiert le rend presque incombustible ; 5° la réduction de son volume au septième de celui qu'il occupe dans les magasins, avant la compression, fait qu'il faut beaucoup moins de place pour le loger ; 6° l'augmenlation de densité du foin apporte une gi-ande

Pig. 82. — Presse-fourrage d bras de Guidon.

économie dans les transports, en permettant de charger au maximum les wagons ou les bateaux ; T" le foin se consene sans altération pendant des années entières.

Nous donnons ci-contre les ligures de la presse k bras de Guitton (lig. 82) et de la presse à moteur ou à manège de Pilter (fig. 83). M. Ringelmann a rendu compte des essais qu'il a faits en 1891, dans les termes suivants, à la Société nationale d'Agriculture :

« Des constatations que j'ai pu faii-e loi's des essais spéciau.t

du Concours régional de Valence (10 mai i897), il résulte qua^ec une presse à fourrage à bras, desservie par deux hommea, on peut manipuler en pratique 340 kilos de foÎD à rheure

i< bi 1 on clieiclie le prix de rH\tent de la compression, on peut se baser sur les données suivantes :

Prix d'acliat de la machine SOO francs.

DurËe du travail annuel 100 jours.

Foin manipulé par jour 2 iOû kilogr.

— par an 2iO toones.

Machine : Amortissement en 10 ans à

1 p. 100 40 francs.

Service et entretien à 10 p. 100 50 —

Mwn-d'œuvre;ÏOO journées d'ouvriers

a. 3 francs 600 —

Total 690 francs,

" Soit 2 fr. 87 par tonne de foin.

n Or cette dépense est équivalente à celle du botlelage qui, ramenée à la tonne de foin, est payé de r

Pour les bottes à

" La compression des fourrages {qui revient au même prix que le bottelage) facilite leur conservation, évite les Incendies, et permet de diminuer le capital consacré aux constructions destinées k les loger. Nous n'avons pas de données suffisamment précises pour l'instant permettant dévaluer l'économie que la compression permet ainsi de réaliser. Néanmoins, la comparaison des chiffres qui précédent montre que la presse à fourrage à bias peut être employée dans beaucoup de circonstances pour la manipulation des foins destinés & l'exploitation. Il ne faut donc pas examiner ces machines qu'au seul point de vue de l'économie qu'elles permettent de réaliser dans le transport des foins, attendu que ceux-ci doivent être bottelés.

" Voyons ce qui concerne les transports. Le mèti-e cube de

foin bottelé pèse 80 kilos et le même volume de foin comprimé (d'après les expériences de Valence] peut peser 130 kilos (l'administration de la guerre iixe le chiffre de 1~0 kilos). L'n wagon de 5 tonnes peut recevoir 3U mètres cubes de foin dont le prix de transport est, pour la Compagnie P,-L.-M. par exemple (tarif spécial PV, n" 23, barème E) :

Jusqu'il as kilomËlres »,08 0,40

De 51à 100 — 0.03 0.15

DelSOàOOO — 0.0Ï5 0.125

DeSOlàllOO — 0,02 0.10

« Le wagon peut contenir 2 tonnes, t de foin en bottes ou 3 tonnes de foin pressé qui supporteront les mêmes fi-ais de transpoi't comptés par wagon complet payant pour 5 tonnes.

n Nous n'avons pas à faire intervenir ici le prix du travail, car le transport ne peut s'opérer qu'avec des foins boltelés dont la dépense est la même que pour les foins comprimés (3 fr. par tonne en cliiffres ronds).

« Si nous supposons une expédition à une distance de 600 kilomètres, le prix de transport est de 7S francs et le prix par tonne s'établit ainsi :

u Or les cours présentent, suivant les localités et les époques, des différences de 30 francs par tonne qui permettent, dans ces conditions, le transport avantageux des foins comprimés.

a Ainsi, en résumé, le prix de revient de la compression des fourrages avec une presse à bras h deux hommes est équivalent au prix de revient du bottelage. L'agriculture ne peut donc que retirer les bénéfices de l'emploi de la presse au point de vue de la conservation, de l'emmagasinage, des risques d'incendie et des transports. »

ENSILAGE DBS FOURRAGES VEBTS.

La conservation des fouirages verts par l'ensilage est une méthode aujourd'hui passée dans la pratique courante et qui rend dans certains cas de grands sei'vices pour assui-er l'alimentation d'hiver des ruminants. Elle est générale, c'est-à-dire qu'elle s'applique à tous les fourrages verts; mais, pour quelques-uns, comme le maïs, elle est nécessaire, tandis que pour d'autres, elle ne doit être employée que d'une manière exceptionnelle.

Le maïs vert, le seigle fouri-age, les têtes de cannes à sucre, sont les fourrages sur lesquels nous avons expérimenté nousméme avec succès.

On creuse dans un endroit satn une fosse ayant de un mètre h un mètre et demi de profondeur, et deux mèti-es et demi à trois mètres de largeur, sur une longueur indéterminée variant avec la masse de fourrage à conserver. Lorsqu'on se livre d'une manière constante k l'ensilage, il y a avantage à i-evètir les parois de la fosse de murs en maçonnerie.

D'autre part, on passe le fourrage au hache-paille (maïs), quand comme le maïs ou les têtes de cannes il ne se prête pas par sa nature à un tassement convenable. On doit additionner les fourrages très aqueux de matières sèches (1/5 de balles d'avoine). On peut saler très légèrement, mais cela n'est pas nécessaire. Le fourrage est alors disposé dans la fosse par couches de 20 à 30 centimètres d'épaisseur, que l'on tasseaussi fortement que possible par le piétinement, surtout le long des parois. On continue avec une sage lenleur à élever le silo par strates jusqu'au niveau du sol et on termine en élevant la masse on dos d'ftnejusqu'à une hauteur de l^.ao k l'',50 environ pour les laideurs indiquées. Il convient d'attendre pour établir de nouvelles couches de fourrage que la tempéture des strates inférieures ait atteint 40° à 50° centigrades. Il se développe ainsi dans la suite moins d'acide dans la masse et le founage ensilé est plus favorable à l'alimentation.

Quand le silo est terminé, on procède à sa couverture. A cet effet on le recouvre avec la terre tirée de l'excavation, mais

celle-ci n'est pas sulïisanle, et pour se procurer le nécessaire, on creuse, à droite et h gauche, des fossés, La couche de terre qui sert h comprimer la masse doit avoir au moins une épaisseur de 70 k 80 centimètres à la partie supérieure.

On ne doit jamais interposer du paille ni de balles entre la terre et la masse de l'ensilage. Ces matières sèches retiennent entre leurs particules beaucoup d'air, et celui-ci favorise la pourriture et la moisissure. Comme par suite du tassement il se produit un écoulement de liquide, si le sol n'est pas assez perméable on ménagera au fond du silo une pente d'un bout à l'autre, et on creusera un boil-tout à l'extrémité la plus basse.

Quand on ne peut pas disposer de sols suflîsamment sains, pour faire l'ensilage en fosse, on établit le silo h la surface du sol. Lecouteux, h Cerçay, en Sologne, dressait le tas de maïs suivant le profil d'un trapèze de 3 mëti'es et demi de grande base, 2 mètres de hauteur, et un demi-mètre de largeur au sommet. Pour la couverture, la terre était prise à droite et à gauche en formant des fossés, qui assainissaient la base du silo.

Mais de tous les systèmes essayés, le plus économique est le silo en maçonnerie du type préconisé par M. Cormouls- Houlës (rig. 84 et 83). La longueur du silo est de 10 mètres, sa laideur de 3 mètres à la base et de 3",20 au sommet. Les murs sont donc légèrement obliques dans le but de favoriser le tassement. Le fond du silo est un plan incliné à 0", 20 par mètre qui part du niveau du sol à l'une des extrémités, pour s'enfoncer à 2 mètres à l'autre. Les murs latéi-aux s'élèvent à 2 mètres au-dessus du sol. La terre de déblai est employée pour établir un plan incliné en arrière du mur qui ferme le silo de manière h former un chemin d'accès pour les voitures.

Le chargement du silo commence par l'ouverture située au niveau du sol; on établit les strates successives en commençant par le fond, et l'on continue à élever le tas jusqu'à la partie supérieure du mur, soit à 2 mètres au-dessus du sol. Pour terminer on fait monter les attelages sur le plan incliné extérieur puis on établit avec le fourrage un dos d'âne de BO à 70 centimètres de hauteur au-dessus des murs. Les voitures passant dans le silo contribuent au bon tassement de la maUère. Les strates successives ont de 30 à 40 centimètres

d'épaisseur, et on laisse écouler entre leur établissement le tertjps nécessaire pour que la température de la masse inférieure atteigne de 40° à 50".

On apportera grand soin au tassement du fourrage le long des parois.

La fermentation, plus active au milieu que sur les

Fig. 84. — Silo Corniouls-Koulés.

bords, fait disparaître i-apidement le dos d'àne supérieur sous la chaire de terre, de briques, ou de piei'res dont on couvre le silo de manière k assurer une pi'ession de '00 à 800 kilogrammes, par mètre carré.

Les conditions essentielles pour que l'ensilage réussisse, sont l'absence du contact de l'air et une trts fot'te pi'ession.

23t ENSILAGE DES FOURRAGES VERTS.

L'élévation de tempéialure des couches successives a pour résultat d'empêcher la fermentation acide de prendre le dessus.

Onchercheraà remplir le silo le plus rapidement possible, pour éviter la fermentation active ; on obtenait avec le maïs de l'ensilage acide fort bien accepté par les animaux a et se conservant bien,

^ une fois eiitrait de la

S fosse. On a recommandé

I p ensuite l'ensilage doux,

SS| obteilu en laissant la

^J" masse s'échanlTer suc-

§ % cessivement jusqu'à 70"

g F pour tuer les ferments

i- S" lactiques et butyriques ;

g! lefourragea une odeur de

S. miel très agréable, mais

" il ne se conserve pas dès

qu'il est extrait du silo et doit être consommé aussitôt. Se tenir entre ces deux extrêmes, car une ! acidité moyenne est très

agréable aux i-uminants On a proposé de conserver les fourrages verts par l'ensilage à l'air libre eten faisant, avec lesprécautions préindiquées, de grosses meules carl'ées ou recta ngul ai i-es

EnSlLAGE DES FOURRAGES VEBTS. 23S

que l'on charge d'abord de madriers, puis de terre ou de pierres. Celte pratique produit des pertes énormes sur les parois.; Ce procédé nous parait trop délicat pour enti-er dans la pratique courante.

L'ensilage est un procédé qui exposeà des pertes assezconsidérables de matières nutritives, même quand la conserve est réussie. Les fermentations qui se produisent en effet ont pour l'ésultat une destruction de matièi-e qui porte principalement sur les substances sucrées ou amylacées et une modiricalîon des matières azotées albuminoïdes désavantageuse. Weiske a étudié ces modifications sur des ensilages dherbe de prairie, de luzerne et de maïs.

100 kilogrammes de matière sèche introduits dans le silo renfermaient les quantités de principes immédiats portées dans la colonne I, et api'ès l'ensilage, ils s'étaient réduits aux chiffres de la colonne 11; la colonne 111 fait ressortir les différences.

Ensilage d'herbe de prairie (Weisko).

MaliÉres aiotées brutes.... 18,5fi 15.53 — 3,03

Graisse brûle 2.89 i,57 + i,68

HydraUa de carbone 38,90 23,47 — iS,43

Cellulose 33.63 26, 7i — 6.8!l

Cendres li,02 5M — 0,&g

Totaux lOO.OO T3,8i ' -34.1u'

Knsilage de luzei-ne (Weiske).

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