partie se compose elle-même d’ « infini » et de « fini
Entre ces deux termes, intervient une sorte d'âme cosmique où se manifeste l'idéal éternel des choses, qui s’éprend pour lui d'un amour indéfectible et qui, sous l'influence de cet attrait supérieur, produit le branle harmonieux de l'univers.
Ainsi se résument les deux chapitres précédents; et ils semblent constituer par eux-mêmes toute une « philosophie première » : 115 semblent suffire à l'explication rationnelle du monde.
Platon, cependant, ne paraît pas s’en tenir là : 1] parle d'un autre principe auquel il donne le nom de « Dieu » ; et ce principe occupe dans sa pensée une place prépondérante : il aime à le rappeler, 1ls’y complait. Il en fait tour à tour l’auteur et le père du monde, l’exemplaire vivant de la sainteté, le fondement de l’éducation et comme la clef de voûte de l'édifice social.
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C'est là, pour ainsi dire, l’âme de sa philosophie, partout présente et partout active, même lorsqu'il n’en parle pas; et plus son génie se développe avec les années, plus il y met d'importance, plus il en entretient ses lecteurs. Θεός, tel est le mot par lequel commencent les Los; et ce mot revient sans cesse au cours de ce long et poétique dialogue : il en est comme le motif dominant. Qu'est-ce donc que Dieu, d’après Platon ?
S'il fallait prendre le Timée à la lettre, Dieu serait un être extérieur au monde, et peut-être aux intelligibles eux-mêmes : il nous apparait dans cet ouvrage comme un artiste qui se tourne vers les «idées », les choisit pour modèle et faconne à leur ressemblance et la na-
1. Voici les principaux passages où Platon parle, non de tel dieu particulier, mais de Dieu (θεός ou ὃ θεός) : Apolog., 42": — Cril., 54e; — Gorg., 5075, 5122; — Banq., 2025, 208"; — Phæd., 62°, 62%, 675, 95v, 1064; — Rep., Il, 379°-383° (dans ce passage, les expressions θεός et ὁ θεός reviennent à plusieurs reprises et avec le même sens : ce qui éclaire singulièrement la terminologie de Platon en matière de théologie); — Ibid., VI, 507°; VII, 5805; X, 5972-4 (en cetendroit,les expressions θεός et ὁ 8e6çsontemployées quatre fois et encore dans le même sens, comme plus haut); — Phædr., 246%, 247%, 2489, 274, 278“: — Theæt., 1765 et sqq.; — Soph., 265 (le mot θεός revient ici à trois reprises sans article); — Zbid., 2660. — Politic., 2692-275* (θεός est derechef l'équivalent de ὁ θεός) : — Phileb., 30° (le mot Διός est évidemment l'équivalent de θεοῦ): --- Tim., 29°-30*, 30°, 30%, 82», 34, 34°, 381, 46°, 46°, 47», 47°, 68%, 719,794, 73», 744, 75°, 78b, 90%, 922; — Lois, I,624* ; IV, 713%; IV, 715°; IV, 716°; IV, 7164; IV, 7172; VII, 803°: VII, 818»; VIIL 835°; X, 897»; X, 901"; X, 902€; X, 908": X, 905°; XI, 919%; XII, 968“. — Criti., 121» : θεὸς δὲ ὁ θεῶν Ζεὺς... — Nousne parlerons pasdes cas où le mot θεός entre dans une locution telle que celle-ci : ἐὰν θεὸς ἐτέλῃ (Phæd., 69).
M. P. Bovet a fait (loc. cit., p. 49 et 147) un travail analogue, en se placant à un autre point de vue : il constate les différents cas auxquels le mot θεὸς est employé au singulier, au duel et au pluriel dans les dialogues moyens, puis dans ceux de la dernière période. Ensuite, il essaie, par voie éliminative, de discerner les passages où il est question, non des dieux or de tel dieu, mais de Dieu. Ce travail est à consulter.
ture et son âme!. Mais le 7mée est un dialogue qu'il faut savoir entendre. Si son langage est scientifique lorsqu'il s'agit des « idées », il devient mythique quand 1] est question du devenir?; et, par suite, il serait illégitime de lui prêter un sens rigoureux dans les passages qui traitent de l’action créatrice du Démiurge, de la façon dont il compose l’âme et les différentes parties de l'univers. Platon, d’ailleurs, nous en prévient d’une manière assez formelle; c'est ce qu'il veut faire comprendre lorsqu'il nous dit « qu'il est difficile de trouver l’auteur et le Père du Monde? ». Le Père du Monde, considéré comme tel, est une cause efficiente : 1] agit; 1] pénètre par là dans la zone du devenir. Et le devenir ne se réduit pas en formules dialectiques; c’est le domaine de la vraisemblance‘.
La justesse d'une telle interprétation s'impose encore avec plus de force, lorsqu'on regarde au mode d’exposition du 7imée. Le Démiurge s'empare d’une sorte de marmite; il y jette les éléments qui doivent servir à la composition de l’âme universelle. C'est 1à qu'il les mélange et les sépare pour les mélanger à nouveau : si bien qu'en suivant les phases de cette singulière liturgle, on pense malgré soi aux sorcières de Shakespeare. Plus loin, le Démiurge, après avoir formé les astres, les réunit autour de sa personne auguste, comme le fait le Jupiter de l’Iliade à l’égard des autres dieux de l'Olympe. Puis, il leur adresse un discours et leur remet une partie de « l’essence éternelle », en leur recommandant d'y joindre une partie de « l'essence périssable » afin de for-
. V. plus baut, p. 52-55.
. Tim... 28°.
. V. plus haut, p. 50-51.