ARIST., Met., ΔΑ
4. On a cru voir dans cette théorie une sorte d'ébauche des « processions divines », telles que le catholicisme les entend; et d’aucuns en ont conclu que Platon avait du visiter la Judée et prendre connaissance du livre de la Sagesse. Mais le malheur veut que cet ouvrage soit postérieur de deux siècles et demi à la République : de telle sorte que, s'il y ἃ eu influence, elle s’est produite de Platon à la sainte Ecriture, non de la sainte Écriture à
un être « inférieur et dérivé », suivant l’expression de M. V. Brochard !; il tient d'un principe supérieur et son existence et ses attributs et la règle éternelle de ses actions. Mais il ne faudrait exagérer ni cette infériorité n1 cette dépendance. Le « bien » est la forme des «idées » ; à leur tour, les « idées » et la Pensée ne font qu’un; et l’âme divine elle-même n’est que l’activité de la Pensée. Toutes ces choses ne sont que les aspects divers de la souveraine perfection : de telle sorte qu'il ἃ suffi aux théologiens catholiques de faire une coupure radicale entre l'être et le devenir proprement dit, pour christianiser le Dieu du philosophe grec : supposez la création; et « le Démiurge » devient la cause des causes, la substance éternelle et parfaite.
La seconde question est plus complexe : elle comprend les rapports de Dieu avec les âmes particulières, avec les corps et l'ensemble des choses.
D’après le Philèbe, il existe une âme cosmique dont les âmes particulières procèdent par voie d’émanation; et cette doctrine n’a été rapportée ni dans le dixième livre des Lois où Platon n’en parle pas, ni dans le Tmée qui ne peut s'entendre au sens didactique en pareil sujet. Il y aurait donc une sorte d'identité fondamentale entre Dieu et les âmes particulières : Dieu serait le principe psychologique pris à son plus haut point de développe-
Platon. Un fait, c’est que les Pères de l'Église ont utilisé les ouvrages du Philosophe grec en vue d'en tirer une explication de la Trinité; mais les analogies qu’ils ont découvertes sont beaucoup moins profondes qu’on ne le pense, comme l’a montré un vieil auteur du xvne siècle, qui n'a point donné son nom (V. Le Platonisme dévoilé ou Essai touchant le verbe platonicien, Cologne, Pierre Marteau, 1700). — Consulter aussi sur ce sujet A. FOUILLÉE, loc. cil., 1, Ὁ. 342-362; En. ZELLER, Loc cil., p. 935, note 1; MARTIN, 100. cût., 11, 50-63; Branpis, Loc. cil., 11, 330 ; UEBERWEG, Grundr. der Geschichte der Philosophie, p. 156, Berlin, 1886 (l’auteur fournit les documents 1elatifs à la question des rapports du Platonisme avec la pensée chrétienne).
1. Revue de mét. et de mor., 1900, p. 614; Les mythes dans la philosophie de Platon, Année philosophique, 1900.
ment, devenu pensée pure et par là même amour indéfectible du bien; les âmes particulières formeraient une série de dégradations du même principe, dégradations produites directement par les résistances de « l'infini », indirectement par l'idée du meilleur qui veut le plus de ke. multiplicité possible dans l'unité. Et, s'il en est ainsi,
Ν l’on comprend la possibilité de l'inspiration, ἃ laquelle * Platon croit comme presque tous les anciens !; 1] peut se ὩΣ produire, à travers les profondeurs de l’âme mondiale, τ certaines communications des âmes individuelles avec ΖΦ Dieu, qui possède la science de l'avenir comme celle du δ΄ présent ?.
Immanent de quelque manière aux âmes individuelles, Dieu l’est-il aussi à la matière cosmique? En d'autres termes, lui est-il continu, ou simplement contigu? Sur ce point, Platon n'a pas de textes directs et formels?. Dans le Phrlèbe, ii se borne à signaler le rapport que soutient « l'âme royale » soit avec l'intelligence soit avec les autres âmes; au dixième livre des Lors, il pose