‹ PlatonChapitre 244 sur 286 · Id., Ibid., V · texte numérisé non relu

Id., Ibid., V

nd,

diant, il n’y ἃ nulle pitié. « Si quelqu'un s’avise d’aller ramassant de quoi vivre à force de prières, que les agoranomes l’expulsent de la place publique, les astyonomes de la cité et les agronomes du territoire, afin que 16 pays soit entièrement purifié d'un tel animal. » Il n’y ἃ « point de mendiants dans notre république »!.

L'État est encore là, réglant tout pour le plus grand bien de chacun, enveloppant tout et finissant par tout absorber. Dans les Lois, il est vrai, Platon se comporte à l'égard de la propriété, comme à l'égard de la famille : Il rétablit la première après avoir rétabli la seconde. Mais c’est visiblement à regret. Il ἃ d’ailleurs soin de nous dire que le lot de terre qui la constitue est aussi « le bien de la cité tout entière »?; tant il ἃ peur que l’individualisme n’y trouve sa revanche!

Ces principes de bonheur ne peuvent produire tout leur effet qu'à condition de revêtir la forme d’une loi; et la loi elle-même ne donne un profit véritable que 51 elle est bien entendue.

Vu le but que doit poursuivre l'État et qui est le bonheur dela communauté, la loi ne peut être que l’expression officielle de ce qu'il y a de meilleur pour tous, le dictamen de la raison pratique, formulé et imposé par l'autorité sociale : c’est le dieu Saturne lui-même que doit imiter le législateur humain *. Il faut donc condamner et lestyrans et les factions qui n'exercent le pouvoir

1. PLarT., Lois, XI, 936b-, Saint Vincent de Paul allait un peu moins vite, mais lui aussi faisait la distinction du pauvre et du mendiant; lui aussi voulait qu'il n’y οὐΐ pas de mendiant dans « la République » (V. Em. DE BROGLIE, Saint Vincent de Paul, p. 48-82, Paris, 1897. — V. aussi sur ce point notre Aristote, p. 369).

2. Id., Lois, V, 7405 : …. δεῖ τὸν λαχόντα τὴν λῆξιν ταύτην νομίζειν μὲν χοινὴν αὐτὴν τῆς πόλεως ξυμπάσης...

3. Id., Lois, IV, 713°-714*:.. τὴν τοῦ νοῦ διανομὴν ἐπονομαζοντας νόμον... ; XII, 957°.

que dans leur propre intérêt !. Il est arrivé en certains pays « que, l’autorité y étant disputée, les vainqueurs se sont approprié la chose publique au point de n’admettre à aucune fonction ni les vaincus n1 leurs fils, et de passer leur vie dans une défiance continuelle, appréhendant toujours que, si quelqu'un du parti vaincu venait à dominer de nouveau, le ressentiment du passé ne lui dictât des actes de vengeance. Nous déclarons ici qu’il n'y a de politique et de vraies lois que celles qui tendent au bien général; que les lois dont le seul but est l’avantage de quelques-uns, appartiennent à des factions, non à des gouvernements; et que ce que l’on y appelle justice n’est qu'un souffle d'air * ».

C’est une erreur aussi de croire que la loi suffit à tout. Son domaine est large; mais 1] a des limites : ilen ἃ dans l’espace et dans le temps. La vie privée, celle du foyer familial, comprend « une infinité de choses de peu d’importance qui ne paraissent point aux yeux du public », que la loi est incapable de saisir, et qui pourtant, vu les habitudes qu'elles produisent à la longue, ne laissent pas d’avoir leur contre-coup dans la vie sociale ὃ, On serait risible, on exciterait même une certaine indignation, si l’on voulait soumettre aux contraintes de la loi le conseil de ne pas se marier richement, de prendre une femme douce quand on est soi-même violent, et plutôt violente quand on est doux 1; et cependant c’est là une chose des plus utiles à l’affermissement de la vertu dans l’État. Quel moyen d'atteindre légalement les actions infâmes que l'amour fait commettre en secret? Quel moyen même d'empêcher par ce frein que cette passion violente

1, PLAT., Rep., 111 (V. p. 273-277); — Lois, IV, 714°-715°; Cf. Ibid. 1, 6364,

Page 1