‹ PlatonChapitre 42 sur 286 · Id., Men · texte numérisé non relu

Id., Men

démêlons en nous-mèmes et un à un les caractères d’ordre intelligible qui constituent le résultat de l'induction!. Mais là se borne son concours; le reste est l’œuvre de la pensée pure.

S'il faut entendre de cette sorte la part de l'expérience dans la chasse aux idées, on peut dire qu'elle est large, à peu près aussi large que dans la philosophie d’Aristote. Car l'observation s'impose également et au même degré, qu'il s'agisse de dégager l'intelligible de la sensation ellemême ou de le tirer peu à peu de notre propre fonds sur les indications qu’elle nous fournit. Mais Platon ne paraît pas avoir le sentiment de cette nécessité. Sans doute, 1] ne se borne plus, comme Socrate, à raisonner sur des questions d'éthique; plus ample est sa manière : 1l s’occupe de l'unité et du nombre, de l'étendue et de la figure, de la force, du mouvement, de la musique, de l’origine du langage et finit par constituer une physique qui trouve dans le 7mée sa formule complète. Mais les observations sur lesquelles 1] se fonde sont tout à la fois sommaires et imprécises ; et l'on ne voit pas qu'il ait le souci de les parfaire. Ivre d’absolu, il ἃ le dédain du devenir, comme Protagoras avait celui de l'être.

Notre expérience, si loin que nous la poussions, n’atteint toujours qu'une partie infime de ce qui naït et périt. Par delà les portions de l’espace et du temps qui nous sont observables, 1] se passe une infinité de choses que l’homme n’a jamais vues, qu'il ne verra jamais, et même qu'il est incapable de voir du fond de sa prison de chair. Cependant, toutes ces choses ne nous sont pas entièrement inconnues ; il en est dont nous pouvons conjecturer

1. Cette manière de voir est en germe dans les dialogues socratiques ; elle recoit dans le Phédon sa formule expresse; et les dialogues postérieurs ne la rétractent ni directement ni indirectement.

LA MÉTHODE. δῷ

l'existence, d’autres que nous déduisons avec plus ou moins de bonheur, sans réussir toutefois à nous les figurer telles qu’elles sont dans leur inaccessible réalité. Nous ne nous faisons point une idée précise de cet acte spontané qui se produit dans l’homogénéité de l’éternel et d'où procède le branle de la nature entière; et pourtant la raison nous dit avec un irrésistible empire : il faut qu'il y ait une cause de ce genre; 1] faut que l’immuable enveloppe un principe qui se meut par lui-mèmef. Nous ne possédons aucun moyen de nous représenter avec exactitude ce qu'est la vie des âmes avant la naissance, ἢ] ce qu'elle est après la mort: et cependant nous avons des motifs de croire que, étant éternelles de leur nature, elles ont eu un certain mode d'activité antérieurement à leur incarnation? et qu'elles en auront un autre une fois délivrées de leur corps * : cette croyance est « un beau risque » qu’il faut savoir courir, afin d’en devenir meilleur“. La tradition nous rapporte avec persistance que l’homme, au commencement, était plus près des dieux, qu'il vivait avec eux dans un commerce perpétuel et que par suite la raison régnait alors en vraie souveraine sur les diverses contrées du globe : on trouve au berceau de tous les peuples des traces d'un âge d’or où le ciel communiait à la terre et répandait parmi les mortels le bonheur avec la justice. ILest donc légitime de penser qu'il y a là plus qu'une simple fiction et que tant de récits de toute provenance ne sont que les formes diverses d’un beau souvenir. Mais comment faire revivre sous nos yeux un

1. PLAT., Tèm., 28° : Τὸν μὲν οὖν ποιητὴν χαὶ πατέρα τοῦδε τοῦ παντὸς εὑρεῖν τε ἔργον καὶ εὑρόντα εἰς πάντας ἀδύνατον λέγειν ; --- Ibid., 28": πᾶν δὲ αὖ τὸ γιγνόμενον ὑπ᾽ αἰτίου τινὸς ἐξ ἀνάγχης γίγνεσθαι.

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