‹ PlatonChapitre 52 sur 286 · Ψ VE · texte numérisé non relu

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De plus, comme ils vont rouler partout, ils tombententre les mains d’une foule de lecteurs incompétents et multiplient la fausse science au profit de l’orgueil. « Ὁ Theutbh, tu | vas te faire un grand nombre de disciples inexpérimentés; et ceux-là se croiront remplis de science, tandis qu’en réalité ce ne seront que des ignorants très difficiles à vivre : ta découverte produira des sophistes, non des sages !. » Supposé d’ailleurs que les écrits puissent donner des idées précises, 11 leur manque encore quelque chose d’essentiel. Ce qui sert véritablement à l'homme, ce sont les convictions qui pénètrent jusqu’au fond de son être, qui le façconnent tout entier à leur ressemblance et se traduisent au dehors par l’amour dominant du bien. Or de telles convictions ne viennent pas des livres : on n'écrit pas dans les âmes avec une plume “. Il en va très différemment de l’enseignement oral. Le maître ne livre pas ses pensées à l’inexpérience du public; il choisit ses auditeurs et Les initie par degrés aux mystères de lascience : il expose, distingue, explique et réplique jusqu'à ce qu'ils aient acquis l'intelligence adéquate de la vérité. Toujours lumineuses, ses idées passent aussi toutes vivantes de son âme à l’âme de ses disciples et s’y développentcomme des germes que l’on jette en un sol fécond et bien préparé *. Α quoi servent donc les livres ? ils sont pour le jeune homme « un moyen de se souvenir de ce qu'il sait déjà »#, et pour le vieillard un noble amusement 5. La conclusion est sévère; et pourtant 1] est difficile d'y voir un simple jeu d'esprit, comme l'ont prétendu certains auteurs. Elle représente une idée de fond; la preuve, c'est que Platon l’exprime à nouveau vers la fin des Lois, ἜΡΙΑ ἘΠ ΡΟ, 2740-275".

. Id., Ibid, 2765, . Id., Ibid., 276°-277.

. Id., Ibid., 275e

. Id., Ibid, 276%.

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bien que d'une manière plus concise. « Il est inutile, écrit-il à propos de la science du gouvernement, il est inutile de dire ces choses dans des livres »; ils n’en peuvent donner qu’une expression inexacte et inintelligible à ceux dont l’âme n'y est pas préparée.

La conséquence qui découle de là, c'est que, à partir du Phèdre, les dialogues de Platon n'ont guère été pour ses disciples que des sortes de manuels qui pouvaient leur servir à méditer les leçons du maître. Quant au publie, il s'agissait moins, dans les mêmes ouvrages, de l’éclairer que de l’inviter à fréquenter l’école. La fin des Lois est manifestement protreptique. Platon y semble dire aux lecteurs : mes livres ne vous instruiront pas par eux-mêmes. Mais venez vous asseoir sur mes bancs de pierre, venez m'entendre et vous entretenir avec moi; peu à peu la lumière se fera dans vos âmes. Il en va de même pour le Phèdre, comme l’aremarqué Lutoslawski. Si Platon se donne dans cet ouvrage comme un modèle d’éloquence#, s’il y met tant de soin à fonder la rhétorique sur la dialectique elle-même “, s’il y montre beau-* coup plus de bienveillance qu'ailleurs envers les orateurs et les poètes ὅ, s’il insinue vers la fin qu'Isocrate a besoin de s'élever plus haut et de faire de la philosophie pour acquérir la plénitude de son taient, c’est sans doute qu'il ἃ le dessein d'attirer à l’Académie un nombre de plus en plus grand d’auditeurs,.

Ainsi, la tradition alexandrine n’est pas entièrement fausse ; et les lettres IIS et VII 7, bien qu’apocryphes, se

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