‹ PlatonChapitre 53 sur 286 · ue · texte numérisé non relu

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trouvent d’avoir une part de vérité : 1l y avait un enseignement ésotérique. Mais il fautse garder d’en exagérer la nature et de croire qu'il portait sur une doctrine substantiellement différente de celle des dialogues.

Il était plus technique et moins mélangé de mythes que l’enseignement écrit ; l'élément rationnel s’y accusait d'une manière à la fois plus continue et plus nue. Peut-être aussi n’avait-il pas sur certains points la réserve dont quelques dialogues nous donnent des indices. Socrate, dans le Cratyle, prend soin de prévenir Hermogène qu'il ne faut pas s’aventurer à parler des dieux en eux-mêmes, que le meilleur moyen de n’encourir aucun reproche, c’est de se borner sur leur compte à l'opinion commune. On trouve une pensée analogue au commencement du P/ulèbe : « J'ai toujours, dit Socrate, au sujet des noms des dieux, une crainte au-dessus de toutes les craintes humaines ; et, dans le cas présent, je donne à Vénus le nom qui lui plaira davantage ?. » Vers Les premières pages du Phèdre, la question se pose de savoir ce qu’il faut penser de l’enlèvement d'Orithye ; et Socrate hasarde une interprétation naturaliste de cette légende. Mais bientôt il s'arrête en disant que ce genre de problèmes est étrangement difficile et qu'il y ἃ quelque prudence à n’y pas insister. Mieux vaut suivre l’oracle de Delphes, mieux vaut chercher à se connaître soi-même; d'autant que c’est là une tâche déjà bien assez complexe ?. On voit aussi, dans le Tmée, que Platon est à la gêne, lorsqu'il parle de ces demi-dieux dont les chefs des grandes familles de l’Attique se disaient les descendants. «... Il est au-dessus de notre pouvoir, écrit-il avec une certaine ironie, de connaitre et d'expliquer leur origine... Mais le

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moyen de ne pas ajouter foi aux enfants des dieux, bien que leurs récits n'aient n1 certitude ni vraisemblance ? Puisqu'ils prétendent raconter l'histoire de leur propre famille, nous devons suivre la coutume et les en croire '. » Et de telles réticences se comprennent. Athènes était susceptible à l'endroit de ses traditions religieuses ; elle y tenait comme à sa propre vie et les avait défendues avec une impitoyable sévérité.

Mais ces différences d'’allure n'’entraînaient aucune divergence de fond. Platon exposait dans ses lecons la doctrine que renferment ses dialogues. Le but de l’enseignement oral n’était pas de donner une philosophie nouvelle; il consistait à présenter d’une manière plus didactique, plus intime et plus indépendante la philosophie même de l’enseignement écrit ?.

Voilà ce que nous apprend l'examen des œuvres de Platon; et celles d’Aristote témoignent dans le même sens. Aristote, qui connaissait à fond la doctrine de son maitre et qui l’a critiquée avec tant de rigueur et de persistance, ne laisse jamais entrevoir qu'il ait affaire à deux philosophies : il cherche indifféremment dans les lecons inédites et dans les dialogues ce qu'il croit être la pensée de Platon 8. Quelle meilleure preuve en faveur de l'unité fondamentale des deux enseignements! Si elle n’eût pas existé, si même elle eût été tant soit peu contestable, le Stagirique ne se serait-1l pas fait une fête de la signaler comme une objection nouvelle ?

On voit mieux maintenant quelle fut l’œuvre à laquelle Platon dévoua sa longue vie. Disciple et admira-

2. C'est même dans ce sens surtout que témoignerait le passage de la septième lettre cité un peu plus haut.

3. M. P. Bovet l'observe avec justesse dans sa thèse sur Le Dieu de Platon, p.24, F. Alcan, Paris, 1903.

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teur de Socrate, il résolut, comme lui, de travailler à la restauration politique et sociale d'Athènes !, sans se mêler personnellement des affaires publiques ? : son œuvre fut éminemment patriotique par son but, en même temps qu'humaine par sa portée. Etle moyen principal auquel il eut recours pour mener à bien cette tâche difficile, ce ne fut pas de remuer l'opinion publique par des écrits : il sentit très vite que les livres ne pouvaient avoir qu'une action superficielle; et l'expérience ne fit que le confirmer dans sa manière de voir. Il ne se contenta pas non plus, comme son maitre, d'aller dialoguer un peu partout, sur les places de la ville, dans les ateliers des artistes et les boutiques des marchands; ce mode d'influence lui parut avoir le grave inconvénient de s'exercer au hasard et de manquer de suite. Platon fonda

1. C'est ce qu’atteste assez nettement la composition de la République et des Lois, les deux ouvrages les plus considérables de Platon et qui forment comme le centre de tous ses autres écrits. Le même fait résulte avec une plus grande précision de la fin du livre V de la République (473° et sqq.) et des livres VI et VII du même dialogue. D’après ces passages, c’est par la dialectique que le sage se forme; et cette formation n'a pas un but simplement théorique ; elle est une préparation au gouvernement : son aboutissant naturel est la politique (V. partic. V, 473 ce; VI, 486%-487*, 5021; VII, 519°- 520*; Cf. Rep., 1, 347 24).

Que telle ait été l'idée directrice de Platon, on le voit aussi par d’autres

dialogues : c'est ce qui explique la sévérité qu’il montre à l'égard des grands politiques d'Athènes, et dans 16 Gorgias (V.p. 7) et dans le Aénon (V. Ibid.) et dans le Théélèle (176°).

2. V. surtout Rep. (VI, 496c-) le fameux passage où Platon dit que, vu les injustices et les violences de la politique, il n’y a qu’à faire comme le voyageur, qui, surpris par la tempête, se cache derrière un petit mur : ... Ταῦτα πάντα λογισμῷ λαδὼν ἡἣσυχίαν ἔχων χαὶ τὰ αὑτοῦ πράττων, οἷον ἐν χειμῶνι χονιορτοῦ χαὶ ζάλης ὑπὸ πνεύματος φερομένου ὑπὸ τειχίον ἀποστάς, ὡρῶν τοὺς ἄλλους χαταπιμπλαμένους ἀνομοίας, ἀγαπᾷ, εἴ πῃ αὐτὸς καθαρὸς ἀδικίας τε χαὶ ἀνοσίων ἔργων τόν τε ἐνθάδε βίον βιώσεται ai τὴν ἀπαλλαγὴν αὐτοῦ μετὰ καλῆς

᾿ ἐλπίδος ἵλεώς τε nai εὐμενὴς ἀπαλλάξεται. --- V. aussi Theæt., 178.-ὁ --- Cf. Rep., VI, 4885 et sqq.; VIL, 516°-517°.

Il est vrai que Piaton ne s’est pas toujours conformé à la règle de vie que renferment ces passages. Il céda aux instances de Dion et fit à Syracuse un essai de sa politique, quid’ailleurs ne fut pas heureux. Mais cette dérogation ne détruit pas le caractère dominant des affirmations ci-dessus énoncées.

une RE à leçons régulières et S'y A ΣΝ jeunes δὲν. gens choisis auxquels 1] s'agissait de donner une forma- Ἢ tion méthodique et puissante, afin de les jeter ensuite, comme des ferments de rédemption, dans la mêlée de la re vie politique !.

Quelle fut la fortune de cette tentative? La suite de ce. travail le fera voir*.

1. Ce dessein général de Platon est très bien mis en lumière par ce

M. Ex. FaçcuEer dans son ouvrage intitulé Pour qu'on lise Platon, pp. 83-94, Paris, 1905.

2, V. d’ailleurs, sur ce point, En. ZELLER, loc. cit., p. 420, note 1.

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