‹ PlatonChapitre 6 sur 286 · V. loc. cit · texte numérisé non relu

V. loc. cit

tiques ; qu'il grandit avec les années en austérité morale; qu'il le prend sur un ton de maîtrise et de certitude croissant, surtout lorsqu'il s’agit de ses thèses favorites, c’està-dire de la priorité de l’âme, de la croyance en une providence divine, de l'identité du bonheur et de la justice, et même, quoi qu'on ait dit, de la théorie des idées.

On peut également recourir avec avantage aux marques stylométriques, pourvu toutefois que l’on sache les choisir, au lieu de les entasser. Il faut écarter celles qui sont trop rares pour fonder une probabilité quelconque, et celles aussi qui sont trop intimement liées au sujet ou à la forme de tel ou tel dialogue!. L'art est de les prendre nombreuses et le plus indépendantes possible soit de la pensée qu'elles servent à traduire, soit du mode d’exposition que suit l’auteur. On arrive, en tenant compte de ces conditions, à dresser entre le Ménon et les Lois une échelle de particularités stylistiques qui est très significative.

Les hiatus, par exemple, vont en diminuant d’un extrème à l’autre ?. Platon fait aussi des phrases de plus en plus longues, et par là même les anacoluthes tendent à s’accroitre.

Les ὥσπερ l’emportent d’abord sur les χαθάπερ : il y en a 21/1 dans le Ménon, 77/2 dans le Cratyle, 53/1 dans le Banquet, 80/0 dans le Phédon, 20/0 dans le premier livre de la République, 9[0 dans le second, 17/0 dans le cinquième, 28/0 dans le sixième, 1#/2 dans le neuvième, 24/2 dans le dixième, 24/4 dans le Phèdre, 47/2 dans le Théétète.

1. Voir sur ce point les remarques de M. G. Lyon, dans son article intitulé Platon et la Stylométrie (Revue de synthèse historique, février 1902, p. 14 et sqq.).

2. Il va sans dire qu'ici nous ne prenons la stylistique que dans son rapport à la question de l’ordre chronologique des dialogues Platoniciens. Elle devient plus complexe, quand on l'applique en même temps au problème de leur authenticité.

3. V. P. Brass, Die altische Beredsamkeit, IT, 140, 458, Leipzig, 1892.

Puis, les χαθάπερ montent à leur tour et finissent par occuper presque toute la place : on en trouve 14/9 dans le Soplhiste, 34/19 dans le Politique, 26/10 dans le Philèbe, 26/11 dans les 100 premières pages des Lors, 33/3 dans les 100 secondes pages, 27/1 dans les 100 troisièmes pages, 41/6 dans les 100 quatrièmes pages, 14/3 dans les 92 dernières pages!, 18/10 dans le Timée, 5/2 dans le Critias.

Si l’on relit d'après le même ordre les dialogues que je viens de citer, on voit que, pendant un certain temps, Platon affecte de plus en plus les ὡς ἀληθῶς; puis, vient assez brusquement le règne des τῷ ὄντι, qui faiblissent à leur tour en face des ἀληθῶς, lesquels sont eux-mêmes supplantés par les ἔντως. Les τε et τε... τε vont se multipliant d’un bout à l’autre et d’une manière sensible. Il est vrai que leur progression n'est pas très régulière ; comme ils conviennent particulièrement au mythe et à la narration ?, le nombre s’en accentue tout d'un coup dans certains dialogues. Le dixième livre de la République, par exemple, n'en a que 6, le Théétète 16, tandis que l’on en compte 32 dans le Phèdre. Mais 1] reste clair que, si Platon préfère de plus en plus ce genre de conjonctions additives, c'est aussi parce quil fait partie de la langue des poètes, d'Homère surtout : ce philosophe chante de mieux en mieux, comme un cygne, au fur et à mesure quil approche de la fin de sa glorieuse carrière.

Platon dit d'abord : ἀληθῇ λέγεις, ὀρθῶς ou χαλῶς ; par la suite, il substitue le superlatif à l'absolu. Il n’y a que des ἀληθὴ dans Le Ménon et qu'un ἀληθέστατα dans le Cratyle. Au dixième livre des Lois, les ἀληθέστατα, ainsi que les ὀρθότατα,

les χάζλλιστα et affirmations similaires reviennent à tout

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