‹ PlatonChapitre 7 sur 286 · VS OR · texte numérisé non relu

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bout de champ. Mais ce sont là des marques qu'il convient d'utiliser d’une manière relative; elles valent surtout, lorsqu'il s’agit de comparer les dialogues où l’auteur formule et défend ses thèses fondamentales.

χατὰ avec l’accusatif l'emporte sur toutes Les autres prépositions, à l'exception d’t, dans le Cratyle, le Politique, les Lois, le Critias; et sur ἐν dans le Sophiste et le Timée. 11 forme le 12-15 % du total des prépositions que renferment ces dialogues, tandis qu’il est beaucoup plus rare dans les autres écrits : dans le Théétète, par exemple, il arrive à 9 Z 1. À partir du Banquet, les περὶ avec l'accusatif deviennent plus fréquents que les περὶ avec le gémitif : leur rapport est de 40/39 dans ce dernier dialogue, de 76/71 dans le Soplhuste, de 92/53 dans le Politique, de 116/88 dans le Timée, de 29/21 dans le Critias, de 182/147 dans les Lois (II, V, VI, VIII). Pour les autres dialogues, au contraire, ce sont les περὶ accompagnés du gémitif qui dominent; et leur proportion s'élève jusqu'à 1552/804 dans les dialogues non spécifiés par Lina ?.

On possède donc un ensemble de procédés à l’aide desquels on peut essayer d'établir la chronologie des dialogues Platoniciens. Il est vrai que, à l’exception des quelques allusions historiques dont j'ai parlé, ces procédés divers ne laissent pas d’être d’un emploi délicat, qu'ils sont loin d'aboutir toujours à la certitude et qu'ils révèlent plutôt des antériorités que des dates précises ; ils n’en constituent pas moins un progrès véritable.

Le Ménon est encore plein du souvenir de Socrate. On

1. V. LurosLawski, loc. cit., p. 130 ; LiNA, De præposilionum usu platonico, Marbourg, 1889.

2. V. LuTosLAwsKki, loc. cit., ibid. — On peut voir, à la fin de ce volume, le tableau d’un certain nombre de particularités stylistiques que j'ai constitué moi-même, afin de mettre en lumière la façon dont je comprends leur emploi.

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peut même dire qu'il est surtout une défense de son œuvre, une sorte de nouvelle Apologie : l'impression qui sen dégage, c'est que l'intention dominante de Platon consiste à présenter son maitre comme le seul citoyen qui ait rendu la vertu enseignable, le seul par là même qui ait découvert son vrai principe d'efficacité pratique !. De plus, ce dialogue s’en tient encore au concept socratique de la vertu : l’irréductibilité de l'élément passionnel de notre nature à la raison ne s’y révèle pas; la sagesse n'y est pas autre chose que du savoir. Il se situe donc assez avant dans la série des ouvrages de Platon. Mais 1] serait exagéré de croire, avec God. Stallbaum, que sa composition soit antérieure à la mort de Socrate ?; 1] présente des indices de maturité qui ne permettent pas de le faire remonter si haut. On n'y trouve plus de vaines subtilités; l'argumentation en est ferme, souple et pénétrante. La méthode, telle qu'elle y est exposée, dépasse le point de vue moral pour s'étendre à des phénomènes d'ordre physique, comme la figure et la couleur? : elle tend à devenir universelle, c’est-à-dire purement scientifique. De plus, l’on y constate déjà l'indication du procédé ex hypothesi*, auquel Platon reviendra plus tard à diverses reprises. Il y a là un sens de la réalité, une mesure dans l'affirmation, une vigueur de pensée et une ampleur de vues que l’on chercherait en vain dans les premiers dialogues du disciple de Socrate.

Le Ménon est postérieur au Protagoras. Dans l’un et l’autre dialogues, c'est la même question qui se pose et de la même manière : 1] s’agit de savoir si la vertu est enseignable; et, pour le savoir, il faut chercher d’abord ce

. PLAT., Men., 100*.

. Platonis oper. omn., vol. VI, sect. 11, p. 20. . PLAT., Men., 74b-77".

Id., ibid., 86°.

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qu'elle est. Or, dans le premier de ces deux écrits, l’auteur ne fait que préparer sa réponse, en déblayant le terrain des scories sophistiques qui le recouvrent; c’est dans le second seulement qu’il la donne : ce qui démontre assez bien que ce dernier dialogue n’a paru qu'après l’autre, vu que Platon ἃ l'habitude d'établir ses doctrines par voie : d’éliminations successives. On peut dire, il est vrai, que le Ménon lui-mème conclut négativement ἡ. Maïs 1] n'y ἃ là qu’une apparence, qui tient à la manière énigmatique de Platon. Si l’on considère le but et l’agencement de ce dialogue, on voit que la solution du problème est fournie de la page 87° à la page 89°.

Il est probable aussi que le Ménon a suivi le Gorgias. On sait l'étrange sévérité avec laquelle sont traités dans ce dernier dialogue les politiques les plus célèbres d’Athènes : Périclès, Cimon, Miltiade et Thémistocle euxmêmes y sont présentés comme n'étant pas « des hommes de bien », vu qu'ils n’ont travaillé qu’à « satisfaire leurs désirs et ceux des autres », au lieu de diriger leur cité vers la science et la pratique de la vertu 3. Le Ménon le prend sur un ton plus modéré. La vertu de Thémistocle, celle d’Aristide, de Périclès et de Thucydide, voire même celle d’Anytus sont mises hors de cause; il reste vrai seulement que ces personnages, si recommandables par ailleurs, n'ont pas eu l’art d'enseigner la vertu ὃ. Cette différence d’allure ne peut guère s'expliquer que par un accroissement de sérénité dans l’art de la composition et peut-être aussi par l’apaisement progressif des passions politiques °. La doctrine du Ménon est aussi plus avancée que celle du Gorgras. C’est dans le premier de ces deux

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