V. plus haut, p
2, PLarT., Rep., VI, 505°-506v; VII, 517°; — Phileb., 6%° et sqq. Le μέτρον, d'après ce passage, est "ἀγαθόν : νῦν δὴ χαταπέφευγεν ἡμῖν à τἀγαθοῦ δύναμιῖς εἰς τὴν τοῦ χαλοῦ φύσιν. Or cet ἀγαθὸν ἃ un sens moral, puisqu'il s'agit, en ce dialogue, de la fin de la vie humaine.
3. Id., Rep., VII, 5265 : τείνει δέ, φαμέν, πάντα αὐτόσε. ὅσα ἀναγχάζει Ψυχὴν ἰς ἐχεῖνον τὸν τόπον μεταστρέφεσθαι, ἐν ᾧ ἔστι τὸ εὐδαιμονέστατον τοῦ ὄντος,
ne vient qu’au second rang : elle découle du « bien » au même titre que la bonté, la beauté, l'inégalité et toutes Les autres essences dont elle n’est d'ailleurs qu'un aspect. Et peut-être le moralisme de Platon a-t-il, en cette question fondamentale, quelque chose de plus satisfaisant que l’intellectualisme d’Aristote.
Comme on le peut voir par ce qui précède, les idées sont perceptibles ; elles constituent même à elles seules tout l’objet de la science. Et la question se pose de savoir quel rapport elles soutiennent avec la pensée.
Pour procéder avec méthode dans cette difficile question, il faut remarquer en premier lieu que les idées sont inaccessibles aux sens. Les sens nous fournissent l’occasion de les percevoir; ils ne sauraient les atteindre : elles ne se manifestent qu'à l’entendement. Et plus l’âme se retire de son corps pour rentrer en elle-même, plus elle acquiert d'aptitude à les découvrir; car plus elle pratique cette sorte de recueillement, plus elle retourne à son essence qui est d'être une pensée pure !. Sur ce point, Platon n'a jamais varié un seul instant. Du Ménon au Timée, c'est toujours le même sentiment qui reparait sous des formules diverses : nous vivons dans un commerce perpétuel avec l’intelligible et par la pensée, uniquement par la pensée.
Mais là ne réside pas le nœud du problème. La ques-
1. PLrar., Men., 98 ; — Bang., 2125 (V. Srazzs., loc. cit., vol. I, sect. ur, p. 210); —Phæd., 65°, 72° et sqq., 79° ; — Phædr., 247c-e, 249b; — Rep., VI, 507° : χαὶ τὰ μὲν δὴ ὁρᾶσθαί φαμεν, νοεῖσθαι δ᾽ οὔ, τὰς δ᾽ αὖ ἰδέας νοεῖσθαι μέν, ὁρᾶσθαι δ᾽ où; — VI,510°-511°; VII, ὅ82 et 544. ; — Theæl., 185-187; — Soph., 253b-254; — Polit., 8099 - — Tim., 274-28", 29a-b, 37°, 48.495, 525,
tion fondamentale est de savoir si Platon ἃ toujours maintenu la subsistance des idées ou s’il ἃ fini par en faire des modes de la pensée elle-même, c’est-à-dire des concepts.
Ce que l’on peut affirmer d'abord, c'est que Platon n'a jamais entendu la pensée comme séparée des idées.
D'après les dialogues de « la période moyenne », il existe une science éternelle, immuable et absolue : 1] existe une pensée qui est elle-même une « idée ». Et de là deux conclusions. Premièrement, cette pensée est, comme les autres idées, une détermination essentielle de l'être et se ramène avec elles au même principe d’inhérence; ce n’est pas une chose à part. En second lieu, cette pensée pénètre les autres idées, elle en enveloppe à la fois les profondeurs et les contours : autrement, il manquerait quelque chose à sa compréhension; elle ne serait point la science absolue ‘. Et par suite, on ne peut d'aucune manière la concevoir comme séparée : elle est essentiellement intérieure à tout ce qui se comprend.
1. PLar., Cratyl., 440? : εἰ δὲ ἀεὶ μεταπίπτει [τὸ εἶδος τῆς γνώσεως]. ἀεὶ οὐχ ἂν εἴη γνῶσις. Καὶ ἐχ τούτου τοῦ λόγον οὔτε τὸ γνωσόμενον οὔτε τὸ γνωσθησόμενον ἂν εἴη εἰ δὲ ἔστι μὲν ἀεὶ τὸ γιγνῶσχον. ἔστι δὲ τὸ γιγνωσχόμενον. ἔστι δὲ τὸ χαλόν. ἔστι δὲ τὸ ἀγαθόν, ἔστι δὲ ἕν ἕχαστον τῶν ὄντων. οὔ μοι φαίνεται ταῦτα ὅμοια ὄντα, ἃ νῦν ἡμεῖς λέγομεν, ῥοῦ οὐδὲν οὐδὲ φορᾷ. D'après ce texte, l’éternelle fixité de la pensée est requise pour la science, au même titre que l'éternelle fixité de l'être ; — Phædr., 247 : ἡ γὰρ ἀχρώματός τε καὶ ἀσχημά-
riotos χαὶ ἀναφὴς οὐσία ὄντως οὖσα Ψυχῆς χυδενήτῃ μόνῳ θεατὴ νῷ" περὶ ἣν τὸ.
τῆς ἀληθοῦς ἐπιστήμης γένος τοῦτον ἔχε: τὸν τόπον ἅτε οὖν θεοῦ διάνοια νῷ τε χαὶ ἐπιστήμη, ἀχηράτῳ τρεφομένη, χαὶ ἁπάσης ψυχῆς, ὅση ἂν μέλλῃ τὸ προσῆκον δέξασθαι, ἰδοῦσα διὰ χρόνου τὸ ὃν ἀγαπᾷ τε χαὶ θεωροῦσα τἀληθῆ τρέφετα: χαι εὐπαθεῖ... Ἔν δὲ τῇ περιόδῳ χαθορᾷ μὲν αὐτὴν διχαιοσύνην, καθορᾷ δὲ σωφροσύνην, χαθορᾷ de ἐπιστήμην, οὐχ ᾧ γένεσις πρόσεστιν, οὐδ᾽ ἥ ἐστί που ἑτέρα ἐν ἑτέρῳ οὖσα ὧν ἡμεῖς νῦν ὄντων χαλοῦμεν, ἀλλὰ τὴν ἐν τῷ ὅ ἐστιν ὃν ὄντως ἐπιστήμην οὖσαν: --- [bid., 249b<; — Rep., 508°; — Tim., 285.
ἢ résulte clairement de tous ces textes qu'il y a une pensée éternelle et parfaite. Il en ressort aussi, sous différentes formes, que cette pensée est immanente aux idées, comme la notion logique l'est à son objet immédiat interne. Cette dernière conclusion s’éclaire d’ailleurs à la lumière des textes qui vont suivre au sujet de la connaissance humaine.
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D’après les mêmes dialogues, 1] existe une autre pensée, qui n’est pas tout entière en acte, qui renferme un fond de devenir et peut se développer par le culte de la dialectique : c'est celle qui s'exerce en chacun de nous. Or cette autre pensée est également immanente aux idées. Elle les perçoit, non du dehors, mais du dedans. C’est « chez 501 qu'elle les découvre »; et, en les découvrant, elle ne fait que réaliser sa propre nature : elle est de la famille des intelligibles et forme avec eux une seule chose à deux aspects divers!. La même conséquence se rattache d’ailleurs au principe fondamental de la méthode platonicienne : la pensée s’identifie avec la notion logique ; 1] faut donc aussi qu'elle s’identifie avec l’idée, qui n'est autre chose que la notion logique adéquatement conçue.
Dans les dialogues postérieurs, l’unité fondamentale de la pensée et des idées s’accuse sous un jour nouveau : l’activité du sujet y prend une importance croissante. Mais on ne voit nulle part que Platon en soit venu à regarder les idées comme des concepts de l’âme humaine ou de la pensée divine. C’est mème le contraire qui s'affirme, et parfois de la manière la plus catégorique. On le peut démontrer en examinant la série de ces ouvrages.
IL est vrai que, dans les dialogues dialectiques, la théorie des idées tient assez peu de place. Mais la chose
1. PLarT., Men., 81* et 544. : ... ἅτε γὰρ τῆς φύσεως ἁπάσης συγγενοῦς οὔσης καὶ μεμαθηχνίας τῆς ψυχῆς ἅπαντα...; — Phæd., 65°, 66*, 72° et sqq., 75°: … ἄρ᾽ οὐχ᾽ ὃ καλοῦμεν μανθάνειν οἰκείαν ἐπιστήμην ἀναλαμιδάνειν ἂν οὐχ εἴη; — Ibid.,
705-778, Ce passage est à lire en entier. L'âme nous est donnée comme trouvant les essences en elle-même : elles font partie de son être : ὑπάρχουσαν πρότερον ἀνευρίσχοντες ἡμετέραν οὖσαν [οὐσίαν]. Puis vient la conclusion du raisonnement qui est encore plus précise : ... δοχεῖ μοι ἡ αὐτὴ ἀνάγχη εἶναι, χαὶ εἰς χαλόν γε καταφεύγει ὁ λόγος εἰς τὸ ὁμοίως εἶναι τήν τε ψυχὴν ἡμῶν πρὶν γενέσθαι ἡμᾶς, καὶ τὴν οὐσίαν, ἣν σὺ νῦν λέγεις. --- 1ὑϊ14., 795:-6, 83d-e, 9295. .-- Phædr., 247c-e, 249b-c, 4508: — Rep., X, 611; — Tim., 37°.
s'explique d’une façon toute naturelle. L'auteur ne s’y propose pas de chercher quel peut être le fondement métaphysique des notions qui forment le contenu de notre pensée; son but est de déterminer comment elles s'unissent et se séparent de manière à produire la science et l'erreur : les problèmes qui défraient ces écrits sont d'ordre logique et par là même d'ordre psychologique. |
Cette remarque ἃ d'autant plus d'importance que Platon est un artiste, qui n’aime pas à se redire et qui ne revient aux questions déjà traitées que lorsqu'il s’y voit contraint par la nature du sujet ou le besoin de se défendre contre la contradiction. Encore a-t-il soin, dans ces cas, de donner à sa pensée quelque aspect nouveau.
D'autre part, ce serait une exagération de croire que la théorie des idées est totalement absente des dialogues dont 1] s’agit; on l’y suit un peu partout, et parfois elle s'y affirme en termes assez formels.
Dans le Théétète, à la page 172°, le mot étre est synonyme de vérité 1. Un peu plus loin, le bien et le mal, le beau et le laid, l’un, le même et l’autre, le semblable et le dissemblable, et l'être qui « se trouve en toutes choses » nous sont donnés comme inaccessibles aux sens et ne pouvant être saisis que par la pensée, ὧν αὐτὴ ἡ ψυχὴ χαθ᾽ αὑτὴν ἐπορέγεται : Ce Qui nous ramène assez clairement à la théorie du Banquet”, du Phédon* et de la République5. On en pourrait dire autant du passage où Platon parle, à propos du philosophe, de la manière dont il s'élève de la multiplicité sensible à l’unité du concept; car cette unité est une des raisons sur lesquelles 1l fonde ail-