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uivo). Voilà, si je ne me trompe, une sorte de redite du sixième et du septième livres de la République. Vers la fin du même dialogue, Platon pose comme principe de l'éducation la connaissance du juste, du bien et du beau. Cette connaissance est réelle et bien fondée (ὄντως οὖσαν
ἀλνηθὴ δόξαν μετὰ βεβαιώσεως) ; elle est divine et relève de
la partie divine de l’âme, c'est-à-dire de la pensée (θείαν,
φημί, ἐν δαιμονίῳ γίγνεσθαι yéva)!, comme 18 science telle que Platon l’entendait aux plus beaux jours de sa période idéologique. Les praticiens du platonisme ont également dans la mémoire ce passage du Pohtique où 1] est question, à propos du grand et du petit, d’une sorte de métrique universelle. Qu'est-ce donc que ce principe, ce μέτρον, qui réduit toutes choses à la proportion? sinon le πέρας du Philèbe? Et qu'est-ce que le πέρας du Philèbe? sinon 1 ἀγαθὸν de la République ?? Tout se tient et tout s'enchaine jusqu'ici dans la philosophie des idées: tout y va se complétant de plus en plus, au lieu de se contredire : 1] s'y fait une évolution constante, et pas de révolution. Avec le Philèbe, d’ailleurs, eile réapparaît dans toute sa force, et parce que le sujet y conduit naturellement. Dans ce dialogue, Platon pose la question de savoir s’il y a des idées indivisibles, éternelles, immuables et subsistantes, séparées par là même de la nature; et sa réponse est affirmative*. « Je soutiens, dit-il, que l’un et le plusieurs se trouvent partout et toujours, de tout temps comme aujourd'hui, dans chacune des choses dont on parle. Jamais 115 ne cesseront d’être: οἵ 115. ne sont point
1. 309°. Il ne faut pas s’offusquer ici du mot δόξα ; la terminologie platonicienne est mobile comme celle de la conversation; et le sens de ce mot est suffisamment fixé par le contexte.
2. VI, 507*-509°...— V. sur cette question un article de M.J. LACHELIER, intitulé Note sur Le Philèbe (Revue de Métaphysique et de morale, p. 218 et sqq., Mars 1902).
nés d'hier. À mon sens, ils sont dans nos discours des éléments immortels et incapables de vieillir (τῶν λόγων αὐτῶν ἀθάνατόν τι nat ἀγήρων πάθος ἐν ἡμῖν). » La même assertion revient à la page suivante, 16°; et l’on trouve, vers la fin de l'ouvrage, d’autres passages qui présentent un sens analogue. La dialectique ἃ pour objet le τὸ ὃν χαὶ τὸ ὄντως χαὶ τὸ χατὰ ταὐτὸν ἀεὶ πεφυχός “. Il n'y ἃ qu’une vraie science, celle qui porte sur l’être éternel (ὃν ἀεί), fixe (Bééauov), pur (siarxouvéc), et par Ιὰ même achevé (ἀληθέστατον)ϑδ:; quant aux choses en devenir, elles ne peuvent produire que des opinions (36£aç)*. On ne cite d’ailleurs que les traits notables; car 115 suffisent.
Le Timée, qui traite de l’origine et de la nature du monde sensible, est plus catégorique encore. Platon y trouve l’occasion toute naturelle d'affirmer à nouveau sa croyance aux idées subsistantes; et 1] ne la manque pas. Il distingue, dès l’abord du problème, l'être qui est toujours et n’a pas de naissance (τὸ ὃν ἀεί, γένεσιν δὲ οὐχ ἔχον) de celui qui devient sans cesse et n’est jamais (τὸ χιγνόμενον μὲν ἀεί, ὃν δὲ οὐδέποτε) ὅ. C’est d'après cet être éternel, immuable et par là même souverainement beau et bon, que l’univers ἃ été fait : il n’en est que la copie, l’1mage mobile et nécessairement inachevée. Quelques pages plus loin, l’auteur parle du temps, et il y revient à la même pensée. « Nous disons de l'être éternel qu'il était, qu'il est et qu'il sera. Il est : voilà l’unique expression qui lui convienne en vérité... L'ètre éternel, toujours le mème et immuable, ne peut devenir avec [6 temps ni plus
jeune ni plus vieux... Il n’est sujet à aucun des accidents
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Re
que produit la génération dans les choses sensibles! » : Tout changement lui demeure étranger. Or qu'est-ce que cet être? l'i ἀεὶ dont 1] était question tout à l'heure, ce que Platon appelle ailleurs τὸ ἔντως, τὸ ὃν ὄντως ou τὸ ὃν tout court, c'est-à-dire le monde des intelligibles ou des idées subsistantes: d'après le contexte, il n y a pas de doute à cet égard. Au cours de sa discussion sur ce qu'il appelle l'indéterminé ou la matrice du monde, Platon se pose derechef la question des idées subsistantes, qu'il dit d’ailleurs avoir toujours maintenues (περὶ ὧν ἀεὶ μεν): 1] se demande s’il y ἃ un feu en soi (πῦρ αὐτὸ ἐφ᾽ ξαυτοῦ) et d'une manière générale si toutes choses ont une existence en 801". Or sa réponse est nette, on ne peut plus explicite. « Il faut reconnaître, dit-1l, l'existence de l'idée (εἶδος) toujours la même, qui n’a pas commencé et ne finira pas, qui ne recoit en elle rien d'étranger et pe sort pas d'elle-même, qui est invisible, insaisissable à tous les sens, que la pensée seule peut contempler *. » N'est-ce donc pas là l'idéologie « moyenne » de Platon et dans tout son éclat?
Reste le traité des Lois, où certains auteurs ont voulu voir une éclipse totale de la théorie des idées.
Mais cette éclipse existerait-elle, qu'elle n'aurait pas la signification qu'on lui prête. Si Platon ne parle pas formellement de la théorie des idées dans son ouvrage sur les Lois, c'est qu'il a des raisons de la passer sous silence : ainsi le veut la nature de la question qu'il y développe. Il ne s’agit point, dans ce dialogue, d’une forme politique
1. 37°-38°. — Il ne faut pas se laisser troubler par le mot οὐσία : ce terme a, chez Platon, des sens très divers. Dans le Théétèle, par ex., il signifie en un endroit l'être au sens le plus large du mot, tout ce qui existe à quelque degré (1863).
. V. sur ce point, LUTosLAwsKi, Loc. cil., p. 491-494.
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tout idéale, d’une vie sociale faite « pour des dieux et des fils de dieux », comme celle de la République; Platon y décrit un système de gouvernement qu’il croit réalisable, bien qu'encore très supérieur à la réalité. On comprend que, dans un travail de ce genre, il ait évité les spéculations trop abstruses pour s’en tenir à ce que peuvent saisir des hommes cultivés, mais étrangers aux discussions métaphysiques.
Platon se choisit d'ailleurs des interlocuteurs conformes à son dessein. Clinias et Mégille sont des politiques avisés dont l'intelligence est restée novice en matière d’arts et de philosophie. Ils « ont de la peine à suivre » l'Étranger, lorsqu'il leur parle du plaisir, de la douleur, et du rapport que soutiennent ces deux états de conscience avec l'espoir et la crainte!. Ils n'entendent rien à la peinture?, presque rien à la musique et ne connaissent la gymnastique que d'une manière défectueuse *. L'un d’eux, le crétois Clinias, avoue qu'il n’est point familier avec Homère et qu'il n en ἃ lu que fort peu de chose #. Quand Platon arrive à son programme d'éducation civique, 1] exprime la crainte que « leur inexpérience » ne les rende incapables d'entendre sa pensée ὅ. Ils laissent percer euxmêmes l’appréhension de ne pas comprendre, au moment où l’on essaie de leur faire voir que c’est une impiété de vivre dans l'ignorance ou l'erreur à l’égard des astres.
Au dixième livre, l'Étranger aborde le problème de l'existence des dieux et se trouve contraint d'entrer dans une discussion à la fois plus abstraite et plus complexe que les précédentes. Il emploie alors une série de procé-
2, VI, 7692-b.