‹ Platon et Plotin: étude sur deux théories philosophiquesChapitre 13 sur 24 · Tim., 51 D · texte numérisé non relu

Tim., 51 D

Malheureusement pour celte solution si simple, si acceptable, conforme à nos idées modernes et chrétiennes, quand il s'agit de la théorie platonicienne, elle ajoute à toutes celles qu'elle prétend résoudre, des difficultés insurmontables. Pourquoi Platon ne l'expose-t-il nulle part? Nous le voyons, au commencement du Parménidey accumuler les objections les plus redoutables contre la théorie des idées; c'était le cas ou jamais de produire une explication si pleinement satisfaisante. Mais il fallait que du même coup Platon abandonnât les deux tiers au moins de sa théorie. A défaut d'un exposé méthodique, a-t-il donné du moins quelque démonstration indirecte d'où sortirait, comme une nécessité logique, la solution proposée? On ne le dit pas. Il serait bien étrange cependant que Platon n'eût pas essayé d'assurer l'appui d'une démonstration quelconque à la partie la plus importante de sa doctrine, à celle qui était l'objet des attaques les plus passionnées.

On cite des textes. Mais il ne faut pas chercher bien loin dans Platon pour rencontrer d'autres textes d'où il résulte que l'idée du bien ne jouit pas partout, ne jouit pas seule du privilège qu'on lui assigne si généreusement. Si nous consultons le Phèdre^ ce qui est divin, c'est le beau, c'est le vrai, c'est le bien. Si nous ouvrons le Timée , nous voyons que le divin Artiste, en constituant le cosmos, a les yeux fixés sur les idées et réalise autant que possible l'idée du bien. Ici, le bien paraît être l'objet de la pensée de Dieu, comme dans le cas précédent

il n'était qu'un de ses attributs. Dans le PhU lèbe , l'essence du bien nous échappe et va se perdre dans celle du beau. N'en soyons pas surpris. Dans le Banquet^ Socrate célèbre en termes magnifiques la beauté en soi, celle qui n'est pas née, celle qui ne peut périr, et il la présente comme le degré le plus élevé où puisse atteindre la dialectique. Elle est donc au moins l'égale du bien. Dans le Philèbe encore, le bien, pour être plus appréciable, peut être saisi sous trois idées, la beauté, la vérité, l'ordre. Au VIP livre de la République^ que l'on cite avec une certaine complaisance, les expressions du philosophe sont d'une précision inquiétante. Il définit le bien a l'être et ce qu'il y a de plus lumineux dans l'être », to 8v xai Tou ÔvToç TO <pavoTaTov (518, c), et un peu après (526,e) il l'appelle ce qu'il y a de plus heureux dans l'être, TO eùSat{jLové(rraTov tou ovtoç 1. Ainsi cette idée par excellence que les Alexandrins, dans leurs rêveries mystiques, élèveront au-dessus de l'être, et qui jouit encore aujourd'hui auprès de la plupart de nos critiques d'une faveur par trop exclusive, n'est, dans

1. Comment M. Cousin, qui avait traduit ces passages, pouvait-il dire, sans craindre de provoquer les objections de ses auditeurs : « Saisissez le trait caractéristique. Oui, Platon o met le bien au-dessus de Cétre; mais cela ne veut pas dire « que le bien n'a pas d'existence et n'est qu'une idée; cela « veut dire que le bien domine l'être lui-même, et que sans « lui l'être n'aurait ni sa raison d'être ni sa loi. » {Hist. de la phiL, leç. III.) Voilà qui prouve au moins, à défaut d'autre vérité, combien est grande la puissance, de l'art de bien dire.

la pensée de Platon, que la splendeur de l'être et sa félicité.

Est-ce à dire que nous contestions à Platon le droit de nommer Dieu par ceux de ses attributs qui éveillent dans l'âme humaine les sentiments les plus nobles ou les plus délicats, les plus gracieux ou les plus imposants? Au contraire, nous appelons de nos vœux les plus pressants une explication de la doctrine platonicienne assez large pour nous faire comprendre comment les idées sont dans une union si étroite entre elles et avec un principe, que l'on puisse associer, substituer Tune à l'autre ou à toutes les autres ; une explication qui nous montre comment le bien, la plus importante des idées sans aucun doute, est identique au beau, identique à l'être; comment il y a identité du juste et du beau dans le GorgiaSj identité de la justice et de la sainteté dans le Protagoras.

Mais ce qu'il nous faut surtout, c'est une solution qui ne prête point le flanc à des objections que l'on ose à peine dire par respect pour Platon et pour un critique si digne de le comprendre et de le faire aimer. Que Ton sacrifie, s'il le faut, cette uYiité de conception dont nous nous sommes fait un besoin, que Ton aimerait sans doute à rencontrer au sommet d'une grande doctrine, mais qui, à de telles hauteurs obscurcies encore par tant de nuages, était peut-être inaccessible même au génie le plus hardi et le plus clairvoyant. Faisons des parts dans la théorie des idées, si la nécessité nous y contraint.

Cela vaudra mieux que d'exposer Platon au reproche mérité d'avoir admis ou caché de grossières conséquences. Quoi! vous avez démêlé à merveille le caractère éminemment pratique de la méthode dialectique; vous nous avez convaincus de son importance, de son utilité, de sa grandeur, en nous la montrant occupée à donner un principe et des lois à la morale, à la politique, cette morale de l'Etat, aux beaux-arts. Mais vous avez reconnu du môme coup que l'application rigoureuse de sa méthode forçait Platon à chercher en tout quelque chose de permanent, d'absolu, d'intelligible ; à admettre une idée du bœuf ou de la table ou du lit aussi bien que celle de la justice et de la sainteté. Rencontrant sur votre chemin les feintes hésitations de Socrate bientôt suivies des robustes affirmations de Parménide au commencement du dialogue de ce nom, vous avez pris parti pour Socrate vieilli ou pour Platon lui-même contre Socrate jeune et inexpérimenté. Et, après toutes ces marques d'un discernement si résolu, vous nous proposez une solution en vertu de laquelle toutes les idées se rapprochent, s'unissent et se confondent dans l'unité du bien, comme les attributs dans la substance, comme les perfections en Dieu! Comment, toutes sans exception ! ridée de la boue en même temps que celle de la sainteté? l'idée de l'ordure non moins que celle du bien ? Tout cela concourant ensemble à former la perfection divine! Y pense-t-on? Tout l'art de la critique la mieux exercée ne réussira point à dis-

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simuler de telles énorrailés. — Mais il ne s'agit que d'idées, remarquez-le bien, et ce qui blesse nos yeux sous la forme sensible peut bien récréer la raison sous la forme intelligible. — Voilà ce qu'il faudrait prouver pour sortir victorieux de toutes les difficultés que Ton se met sur les bras. Or, M. Janet ne l'essaye même pas, et il a raison. Si l'idée de la boue devait être belle pour être sœur de l'idée du beau, la copie ne ressemblerait plus en rien au modèle, et le principe fondamental de la participation ne serait plus qu'un mot.

n serait aisé d'établir encore que les textes de Platon se prêtent beaucoup plus péniblement au rapprochement de toutes les idées en Dieu qu'à une ordonnance hiérarchique, moins savante peutêtre que cette sorte de régime féodal critiqué par M. Janet, mais suffisante cependant pour établir des différences dans le royaume des idées. A quoi bon entasser les roseaux sous la roue, quand une pierre l'empêche de tourner ?

Nous ne pouvons cependant fermer l'important ouvrage de M. P. Janet sans lui demander compte d'un texte qui doit être considéré comme un sûr critérium, quand il s'agit d'éprouver la justesse d'un jugement émis sur la doctrine platonicienne. Il s'agit d'un passage célèbre du VI® livre de la République dans lequel Platon compare le Bien avec le soleil. Cette brillante comparaison a ébloui Plotin, qui ne voit plus partout que soleil, que lumière et chaleur. Elle n'en est pas moins fort embarras-

santé pour ceux qui prétendent à tout prix maintenir l'unité dans la théorie des idées. De même que le soleil verse sa lumière sur les objets sensibles et permet à l'œil d'exercer sa faculté de voir, ainsi l'idée du bien éclaire les objets intelligibles de la lumière de la vérité et communique à l'âme la puissance de connaître. Tout de même encore que le soleil procure aux choses la vie et l'accroissement, le bien donne aux intelligibles leur être et leur essence, et Platon ajoute comme trait final : « bien que luimême ne soit point essence, mais quelque chose de fort supérieur à l'essence en dignité et en puissance. » Platon pouvait-il mieux s'y prendre pour signifier que le bien et les intelligibles sont distincts; qu'ils appartiennent à deux ordres d'idées tout différents? Il y a entre eux la même distinction qu'entre le soleil et les objets éclairés, vivifiés par sa lumière. Sans doute, l'analogie est toujours boiteuse par quelque endroit; on peut la redresser, si Ton veut, en disant que le soleil intelligible ne se couche jamais ; que la région qu'il éclaire est toujours inondée de lumière. La différence demeure, et une différence notable, puisque les intelligibles sont des essences et que le bien n'est pas essence ; il appartient à un degré de l'Etre où il y a plus de dignité, plus de puissance. Comment M. Janet se tiret-il de cette difficulté? Il se sépare d'abord des Alexandrins, en faisant cette remarque, fort importante et fort juste, que si, d'après Platon, le bien est supérieur à l'essence, il n'est point supérieur à

l'Etre. Puis il ajoute : « Il n'est point essence, c'est-àdire que le bien considéré en lui-même, dans sa substance, abstraction faite de l'essence, de la vérité, de la beauté qui l'expriment, n'est rien de déterminé... Platon ne fait qu'exprimer là ce que toutes les philosophies, toutes les religions ont dit de Dieu, à savoir que son essence est inabordable, ineffable. » Mais ce Dieu que l'on nous présente dépouillé de tous ses attributs, ce n'est plus le dieu de Platon, celui que l'on prétendait être le firuit légitime de la dialectique, le bien ne faisant qu'un avec les idées. C*est le dieu de Parménide, celui que l'on ne peut nommer sans le détruire, ainsi que Platon J'enseigne dans le Sophiste. Et à quel propos évoquerait-il ce fantôme, dans la République ? Non ; là moins que partout ailleurs. On propose l'exemple des religions. Hais quand les chrétiens disent de Dieu qu'il est ineffable, ce n'est point d'un être abstrait qu'ils parlent. Dieu est ineffable précisément dans ses attributs, dans son infini, qui dépasse sans mesure toutes les images de l'infini que nous pouvons concevoir; dans sa majesté auprès de laquelle toutes les majestés de ce monde sont comme si elles n'étaient pas^ dans sa justice , dans sa bonté , dans sa beauté, qui sont sans mélange et sans changement, tandis qu'ici*bas toute justice est défectueuse, toute bonté mesurée et relative, toute beauté éphémère ; en un mot, ce qui est ineffable, c'est la perfection de ses perfections, ou bien encore c est la douceur, la paix, la joie dont Dieu inonde l'âme fidèle, ses commu-

nications, son union intime avec elle» toutes expressions qui impliquent un Dieu vivant, en rapport avec ses créatures. Voilà ce que l'on trouve dans la Bible et dans tous les grands écrivains qui se sont inspirés à la source chrétienne, dans Racine aussi bien que dans Bossuet et dans Massillon.

Ainsi, M. P. Janet n'a point réussi à expliquer cet important passage en se plaçant au point de vue de l'unité générique des idées. Quoi qu'il en soit, grâce à lui, nous avons fait un grand pas. Nous connaissons au vrai la marche dialectique, son essence, le but vers lequel elle tend, le procédé fondamental qu'elle met en œuvre. L'esprit de la méthode mieux consulté nous a conduits à reconnaître que tout a son idée; qu'il s'agit d'échapper au perpétuel devenir d'Heraclite ; que le monde qui frappe nos sens n'est qu'un pâle reflet d'un monde intelligible. « La théorie des idées n'est autre chose que la description de ce monde de l'être où l'âme est née, où elle vit encore pendant cette vie, et dont elle n'est détournée que par le monde vulgaire et terrestre où elle a eu le malheur de tomber. » On ne saurait mieux dire. Mais ce grand progrès n'a guère fait que rendre plus pressante l'objection suivante : Quel est le rapport des idées entre elles? Le bien estil Dieu ? S'il est Dieu, les idées ne peuvent exister toutes en lui ; s'il n'est pas Dieu, toutes les idées et le bien lui-môme ne sont que des entités mal définies, sans existence déterminée, sans autres rapports que ceux qu'il a plu au philosophe'de leur assigner.

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Cherchons ailleurs le moyen d'échapper à ce dilemme.

S*il est possible de parvenir à une solution satisfaisante en suivant la voie frayée, assurément M. Fouillée nous y conduira. Il est le dernier-né des critiques de la doctrine platonicienne. Il apportait à la tâche un esprit merveilleusement préparé ; il a pu mettre à profit les travaux de ses devanciers; il a consacré deux gros livres à l'examen détaillé des questions qui se rattachent à une matière si complexe. Les juges les plus compétents assurent que c'est le dernier mot de la discussion ; que toutes les difficultés sont aplanies, tous les doutes éclaircis autant qu'il est possible. Ce serait un éminent service rendu à l'histoire de la philosophie ; car il y a tant de doctrines dans l'antiquité et dans les temps modernes qui relèvent de celle de Platon !

Tout d'abord, qu'on nous pardonne cette franchise, deux gros livres, c'est beaucoup; non que l'on éprouve ennui ou lassitude à lire ceux de M. Fouillée. On aime à suivre à la lueur d'un style plein de clarté et d'élégance la trace de cet esprit patient autant que clairvoyant, sincèrement résolu à trouver la vérité et à la dire. Mais la grande et large doctrine de Platon ne perd-elle pas à être ainsi dépecée? D'un autre côté, la critique philosophique se condamnera-t-elle toujours à n'écrire que pour un petit nombre d'initiés? Qu'elle réserve pour quelques élus ses trésors d'érudition, ses savantes exégèses,

ses hypothèses laborieuses au sujet de telle ou telle école disparue, d'ailleurs secondaire, on s'y résignera volontiers. Mais Platon appartient au genre humain tout entier. C'est un des esprits, un des caractères qui ont le plus fait honneur à la condition d'homme. On se plaint à bon droit que les études philosophiques soient désertées, que les livres qui traitent de ces matières ne trouvent plus de lecteurs. N'est-ce pas le cas de demander : A qui la faute? Qui ne se sentirait pris de découragement, dans un temps où l'on vit si vite, en se voyant obligé de parcourir deux fois sept cents pages pour connaître la pensée d'un auteur? Encore si l'on était assuré de trouver ce que Ton cherche î Mais le lecteur le plus assidu a toutes les peines du monde, sa lecture achevée, pour rapprocher ces membres épars. Il a appris, ce dont il ne doutait pas, que le critique est riche de son propre fonds ; qu'il peut sur chaque point réunir d'abondants matériaux, se livrer à de subtils ou profonds rapprochements. Ce qu'il connaît le moins, c'est le sujet dont on prétendait l'instruire. En fait, quelle est la mission de la critique en ce qui concerne Platon? s'agit-il d'éclaircir une pensée qui est presque partout d'une limpidité parfaite, d'embellir une langue pleine d'images, d'ingénieuses comparaisons, des pages toutes ruisselantes de poésie ? S'il en était ainsi, qui donc oserait accepter ce périlleux honneur? Tout ce que nous pouvons faire de mieux, c'est de condenser la doctrine éparse çà et là dans de charmants dialogues, de la produire dé-

gagée des riches ornements qui séduisent l'imagination et l'emportent au delà du vrai. La tâche est modeste sans doute. Mais quel mérite plus enviable peut-on rêver que celui de se mettre au service de la pensée de Platon ?

M. Fouillée a préféré lui élever un vaste monument. Chacun a sa façon d'honorer le génie. Avant d'arriver aux questions litigieuses, il a étudié les idées sous tous les aspects importants qu'elles peuvent présenter. Recherchant d'abord la preuve de leur existence, il la trouve à la fois dans l'analyse des conditions de la connaissance et dans celle des conditions de l'être. Envisagée à ce dernier point de vue, l'idée est tout ensemble principe d'essence, type de perfection, principe des genres, cause finale. Elle est aussi principe d'unité et principe de distinction. Gomme M. Janet, comme Platon d'ailleurs et comme la dialectique, M. Fouillée élargit autant que possible le domaine de l'idée. Il y a des idées de nos conceptions universelles et de nos conceptions générales, que leurs objets d'ailleurs soient réels ou artificiels; il y a idée de l'être et idée du non-être, idée du mal non moins qu'idée du bien, idées des êtres individuels, corps et âmes, idées de relation. Elles soutiennent elles-mêmes les rapports les plus marqués avec les diverses facultés de l'âme, intelligence, sensibilité, activité. Elles ont aussi des rapports entre elles. M. Fouillée n'a nullement peur de cette hiérarchie proscrite par M. Janet. Tout au contraire, il en a savamment

réglé les degrés. On trouverait sans doute çà et là dans Platon les divers éléments de cette combinaison; mais leur arrangement en un tout définitif est bien certainement l'œuvre du critique. Au plus bas degré, les choses ignobles,^ les choses impures, qui ne sont elles-mêmes que les dernières des choses sensibles. Au-dessus de Tidée du corporel, celle du spirituel, toutes les deux dominées par le mouvement et le repos. Mouvement et repos supposent nombre, espace et temps; ils supposent aussi la différence et l'identité, que Platon, avec les Pythagoriciens, appelle des noms de Même et Autre. Au-dessus des quatre idées de mouvement, de repos, de même et d autre, est l'être qui communique avec elles sans être aucune d'elles, ainsi que Platon l'a démontré dans le Sophiste. A l'idée d'être se joint par relation l'idée de non-être. Considéré comme objet de connaissance, l'être s'appelle science dans le sujet, vérité dans l'objet. « Toutes les choses dont nous avons parlé jusqu'à présent (ici nous citons textuellement, de peur de nous exposer à quelque méprise), n'existent qu'à la condition de réunir en elles une forme et une matière, l'unité et la multiplicité dans un certain rapport. Les rapports les plus voisins de l'unité, ceux qui en participent le plus et l'expriment le mieux par leur simplicité même, constituent la proportion, l'harmonie, un ordre. C'est ainsi que les trois sons musicaux qui forment l'accord parfait, sont ceux qui offrent les rapports les plus simples et les plus voisins de

Tunilé. » A leur tour, l'être, la vérité et Tordre se nomment beauté, si on les considère comme objet de l'amour. La proportion et la beauté, quand elles règlent la volonté et les actions humaines, prennent le nom de justice. Enfin, le vrai, le beau, l'harmonie, la justice augmentent à mesure que l'on approche de r Unité. Nous voici enfin parvenus au principe suprême, à l'idée première entre les premières. Nous ne demandons pas mieux, bien qu'il y ait lieu de douter que Platon eût consenti à admettre pour ses idées une genèse aussi laborieuse. Mais, avant d'examiner ce qui en résulte pour la théorie des idées, il y a bien quelques éclaircissements à demander sur la savante ordonnance qui nous est proposée. Où M. Fouillée a-t-il vu que l'idée d'autre vient du mouvement et l'idée de même de l'immobilité? C'est plutôt l'inverse qui est le vrai. Il suffit d'ouvrir le Timée pour trouver en quelque sorte l'acte de naissance du mouvement. Il est le fils légitime de la variété, fille elle-même de l'inégalité ^ Platon ne peut admettre qu'il y ait mouvement dans l'uniformité, sans se mettre en contradiction avec un de ses principes : que le semblable ne peut être modifié par son semblable. Dans le Sophisme, dont la discussion ne saurait être développée ici, l'être et l'autre sont indiqués expressément comme pénétrant dans tous les genres et se pénétrant eux-mêmes réciproquement. L'autre est donc

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