‹ Platon et Plotin: étude sur deux théories philosophiquesChapitre 2 sur 24 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

tout temps du nom de Platon et de son autorité. Toute philosophie qui se proposait d'élever Tâme du spectacle des choses sensibles à la contemplation du monde intelligible, quelle qu'en fût d'ailleurs la provenance, a toujours prétendu descendre en ligne directe de l'Académie. Ni la rouille ni la poussière accumulée par les âges, ne sont aussi dommageables que ces plantes qui poussent sur les ruines et qui recouvrent de leurs capricieuses arabesques les lignes régulières et les sobres compositions de Tart antique.

Nous connaîtrions peut-être mieux Platon, si Proclus ne l'avait pas commenté. Depuis lors, on n'a guère considéré qu'un Platon alexandrin, quand on ne lui préférait pas un Platon chrétien, merveilleusement instruit de la nature de Dieu et de ses attributs, embrassant tous les problèmes les plus ardus de la métaphysique dans l'unité dogmatique d'un système de tout point satisfaisant.

Que la philosophie chrétienne ait eu peu de difficultés à vaincre pour s'assimiler ce qu'il y a de plus élevé dans l'enseignement platonicien, il est aisé de le reconnaître, et c'est le plus bel éloge que l'on puisse faire du philosophe grec. Mais Platon agrandi, complété, perfectionné, ce n'est plus le disciple de Socrate. Cette doctrine achevée ne nous dit rien des doutes, des perplexités qui ont tourmenté l'homme de génie né

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quartre siècles avant Tère chrétienne, rien des diflBcultés insurmontables qui se dressaient devant lui, rien des imperfections, des lacunes, des incohérences même auxquelles il a dû se résigner. C'est l'honneur de la critique contemporaine de nous avoir ramenés à Platon lui-même. Une traduction élégante autant que fidèle a rendu facile la lecture des dialogues et par suite le rapprochement des idées fondamentales répandues çà et là, non pas au hasard, car le hasard ne produit pas de chefs-d'œuvre^ mais avec l'ingénieuse liberté d'une pensée sûre d'elle-même. Les plus autorisés parmi les interprètes de la philosophie ancienne se sont mis à l'œuvre, afin de rattacher à leur centre ces rayons dispersés. Il faut croire que la tâche n'est point aisée. Il ne s'est produit jusqu'à l'heure présente aucune explication capable non de mettre fin aux dissentiments et de raUier tous les sufirages, ce qui est un point difficile à toucher en tout ordre d'idées, mais seulement de satisfaire la curiosité bien légitime que fait naître une doctrine de cette importance. Ce sera l'excuse de ceux qui cherchent encore, qui demandent un peu plus de lumière et qui viennent répéter à de savants critiques ce que Platon disait aux philosophes de son temps : « Prenez un peu pitié de nous autres qui sommes la foule. »

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