VIII INTRODUCTION
Cette prière ne s'adresse évidemment qu'à ceux qui traitent la question avec confiance et respect: car c'est un moyen trop commode de simplifier les problèmes et de mettre fin à d'apparentes contradictions, que celui qui tend à s'acclimater en France depuis quelques années; faut-il ajouter : depuis qu'on n'en veut plus ailleurs? Il consiste à prendre pour accordé tel ou tel système de Platon qui ne résisterait pas devant une critique sérieuse, puis à éliminer ceux des dialogues qui ne remplissent pas les conditions du programme adopté. Tantôt c'est le Timéey tantôt le Parmenide ou le Sophiste dont l'authenticité est contestée dans des ouvrages où l'on rencontre d'ailleurs une érudition et une bonne foi dignes l'une et l'autre d'être au service d'une cause plus juste *. Franchement, cette manie, d'origine germanique, ne méritait guère de franchir le Rhin.
Espérons du moins que l'on n'en viendra jamais chez nous à goûter les procédés critiques d'un M. Teichmiiller, suivant lequel Platon aurait sciemment et avec préméditation professé deux doctrines incompatibles, Tune philosophique, à l'usage des initiés , l'autre poétique, destinée au profane vulgaire. Dans la première, qui exprime-
1. Les seuls dialogues vraiment suspects sont sans importance. Quant aux Lettres, dont quelques-unes sont très anciennes, elles ont été faites, selon toute vraisemblance, par des platoniciens avec une intention d'apologie.