LE DROIT CRIMINEL
Nous savons que Platon a pour principe de réglementer toutes les actions humaines et d’absorber l'individu dans l'Etat en supprimant toute liberté : « Il nous faut prescrire à tous les citoyens pour tout le temps de leur vie un ordre d'actions depuis le lever du soleil jusqu'au lendemain matin. Nous devons bannir l'indépendance du commerce de la vie. » (XII 48r). Aussi son œuvre fourmille-t-elle d'ordres et de prohibitions variés sur tous les sujets, Mais avant d'en examiner le détail, il nous faut étudier les idées directrices de notre philosophe en la matière. |
Avant lui, on ne considérait que le fait brutal et c'est avec peine qu'on avait fini par distinguer entre les dommages volontaires et involontaires. D'autre part l'idée de vengeance dominait tout le droit primitif.
Platon abandonne cette conception. Sa législation
pénale procède du plus pur déterminisme (1). Il fait (1) Dans le Gorgias, il avait exposé les mêmes principes avec pau de netteté encore. e
remarquer d'abord que tous les pays ne sont pas également propres à rendre les hommes vertueux. Les lois doivent varier avec les climats. Dans telle région, les habitants sont d’un caractère emporté par suite des vents et de la chaleur. Dans telle autre, les influences sont toutes différentes. La nature des aliments que fournit le sol n’est pas non plus sans effets sur le caractère. Le législateur doit avoir égard à tout cela. » (V 348).
Aucun homme n'est injuste volontairement. Aussi le méchant est-il digne de pitié. Mais il faut surtout réserver sa bonté pour celui qui laisse quelque espoir de guérison/: il convient à son égard de réprimer sa colère. D'autre part, à beaucoup de douceur il faut unir une grande fermeté. Elle s'exercera envers ceux qui sont incapables d’amendement. Si des citoyens commettent quelque méfait, on devra se montrer impitoyable, car ils ont reçu une éducation supérieure à celle du reste de la population ; ils ont pu comprendre les raisons qui précèdent et expliquent chaque loi, et s'ils ont failli malgré cela; c'est qu'ils sont incurables. Il faut en débarrasser la société pour donner un exemple aux autres ; la mort est dans ce cas le seul remède (V-336 ; IX 25, 420).
Aucune peine infligée par la loi n'a pour but le mal de célui qui la subit; son effet doit être de rendre meilleur. Les méchants sont punis non en représailles du délit, (ce qui est fait est fait), mais pour leur inspirer ainsi qu'aux témoins de leur châtiment l'horreur de l'injustice (IX 420 : XI 477). I est nécessaire que les lois aug-
mentent ou diminuent la peine proportionnellement à la