‹ Platon [microform]Chapitre 114 sur 287 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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lui-même ». On ne trouve rien de pareil dans l'idée du Bien : non seulement Platon la conçoit comme éternelle: mais il veut qu’elle soit essentiellement fixe, entièrement inaccessible à tout changement. C'est un point fondamental, où sa pensée ne souffre aucune espèce de compromis. Il y a même une contradiction dans l’interprétation que l’on fait des textes précités. Si Dieu est le Bien, il s'ensuit qu'il est « au-dessus de la science », qu’il n'enveloppe pas la pensée : il devient une simple forme, une forme brute. Or, à coup sûr, rien n’est moins platonicien qu'une semblable conception.

On allègue aussi quelques phrases du Timée en faveur du même sentiment. Voici comment Platon s'exprime, dans ce dialogue, à l'endroit où il aborde le problème de la matière : « Deux espèces nous ont suffi dans ce qui précède : l’une intelligible et toujours la même, qui est le modèle: l’autre engendrée et visible, qui est la copie de la première... Mais la suite du discours semble nous contraindre à introduire un nouveau terme, difficile et obscur. Et quelle puissance naturelle lui attribueronsnous? Celle surtout d’être le réceptacle et comme la nourrice de la génération !. » Puis, il ajoute un peu plus loin : « Maintenant done, il faut reconnaitre trois genres : ce qui est produit, ce en quoi il est produit et ce d’où il provient par ressemblance (τὸ δ᾽ ὅθεν ἀφομοιούμενον φύεται τὸ γιγνόμενον). Nous pouvons comparer à la mère ce qui reçoit, au père ce qui fait et au fils la nature intermédiaire ?. » On veut que le mot ὅθεν indique ici la cause efficiente, le mot ἀφομοιούμενον la cause exemplaire ; et qu’en conséquence les deux ne fassent qu'un : ce que l’on donne d’ailleurs comme confirmé par la

ὦ: ἐν Ô οὖν τῷ παάροντι χρὴ YEVN διανοηθῆναι τριττὰ, TO μὲν γιγνόμενον

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comparaison qui suit. Mais on n'observe pas, sans doute, que le premier de ces passages vise uniquement la cause exemplaire ; et que, par suite, il doit en aller de même pour le second, qui ne fait que le résumer. La phrase en litige pourrait se traduire avec exactitude : « ... et ce d’où dérive l’être produit, en tant qu'image ». On ne remarque pas non plus que la comparaison don se sert l'auteur est trop imprécise pour éclaircir sa pensée c’est une de ces images où se complaït sa fantaisie et qu'il ne faut jamais prendre au pied de la lettre. Je crois même que l’on se trompe un peu sur l’économie du Timée, en affirmant que les paroles indiquées supposent une certaine identification de l’idée du Bien avec Dieu. Voici, me semble-t-il, comment Platon procède au cours de ce dialogue. Il observe d’abord que le monde postule l’existence d’un Démiurge. Ensuite, il se demande comment le Démiurge l’a fait. Cette seconde question une fois posée, il croit découvrir que l'univers ἃ dû se former à la ressemblance de l’intelligible ; et de là deux espèces d'êtres : le Modèle et la Copie. Puis, comme la nature est un devenir, il admet qu’elle contient de « l'infini »; de là un troisième principe, qui est la Matière. Dans une énumération de ce genre, la cause efficiente n’a pas à paraître. Il n’est pas question d'elle; 1] ne s’agit plus que de son idéal et de son œuvre : 1] ne s’agit plus que de son objet. Platon n’en parle donc pas, et parce que ce n’est pas le lieu d'en parler.

Tout n’est pas là cependant. On se fonde aussi, pour établir l'identité de Dieu et du Bien, sur un certain nombre de témoignages extérieurs aux œuvres de Platon, mais que recommandent à la fois leur provenance et leur ancienneté : Aristote, Speusippe, Théophraste, Aristoxène auraient admis à l’unisson que, au gré du fondateur de

l'Académie, Dieu et le Bien sont une seule et même chose.

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ι. ilest visible qu'en recourant faut de précision. Ils

les uns identifient

Mais ici, comme plus hau à ces témoignages, On pèche par dé peuvent se diviser en deux catégories :

me et le Bien, mais non le Bien et Dieu ! ;

l'unité supr trop vague pour fonder une inter-

les autres ont un Sens

prétation quelconque “.

D'où vient donc que l’on a si Lo s laquelle Platon unifierait le Bien et Dieu? de l'énigme. « Si le

igtemps défendu l’opi-

nion d’aprè

M. A. Fouillée nous donne le mot

Bien n’est pas Dieu, dit-il, il est donc pl au-dessus du Bien, et le Bien

ἃ tout le reste, même à la à l'essence et à l’'intelli-

us que Dieu! Car,

pour Platon, il n’y a rien lui-même semble supérieur vérité, même à la beauté, mème

1. Tel est le sens des textes suivants : τῶν ὃξ τὰς ἀχινήτους οὐσίας τὸ ἕν αὐτοῦ

λεγόντων οἱ μέν φᾶσιν αὐτὸ τὸ ἕν τὸ ἀγαθὸν αὐτὸ εἶναι οὐσίαν μέντοι ὥοντο εἶναι μάλιστα (ARIST., Met. N, 4, 1091”, 13-15); — Τούτων οἱ LE; ὥσπερ ὁ Πλάτων gai Βροντῖνος ὁ Πυθαγόρειος, φασὶν ἐστι... (PS. ALEXAND.;, Sch., 8282, 24-25 : CES paroles sont le commentaire du

texte précédent) ; — Πιθανώτερον δ᾽ ἐοίκασιν a Πυθαγόρειοι λέγειν περὶ αὐτοῦ | TOU

HT τ S.à à ἡ Sc = T L,+ οἷς δὴ HA Σπευσιππὸος ἐπα-

χολουθῆσαι δοχεῖ (ARIST., Eth. πῖς., A, 4, 1096", 5-7 : Aristote reproche à Platon d’avoir identifié l'un et le Bien et lui préfère la théorie pythagori-

cienne sur ce point); — Καθάπερ ‘A οἱ τἀγαθοῦ ἀχρόασιν παϑεῖν᾽ προσιέναι μὲν γάρ,

γῳ + à ï x ΠΕΡ - LOTOTEANCS GEL OLY\YELTO, TOUS πλειστοὺς τῶν

ἀχουσόντων παρὰ Πλάτωνος τὴν HEC ἕχαστον ὑπολαμόάνοντα χήψεσθαί τι τῶν νομιζομένων ἀνθρωπίνων ἀγαθῶν ὅτε ὁ »ανείησαν οἱ λόγοι περὶ μαθημάτων χαὶ ἀριθμῶν χαὶ γεωμετριᾶς χαὶ ἀστρολογίας.

χαὶ τὸ πέρας, ὅτι ἀγαῦον ἔστιν ἕν; παντελῶς, ouai, παράϑοςον τί ἐφαίνετο αντοῖς

(Αβιβτοχ., Harm., 11, p. 80, 10-27).

3. C'est le cas des textes qui suivent : φανερὸν δ᾽ ἐχ τῶν ται [Πλάτων], τῇ τε τοῦ τί ἐστι καὶ τῇ κατὰ τὴν ὕλην (ARIST.;, mais le malheur veut

° ' 7 εἰοηενὼν οτι OUOLY

αἰτίαιν μόνον KEYON Mel. À, 6, 988", 8. Ces paroles paraissent claires ; qu’Aristote ait d’autres paroles où l'âme, le τὸ ἑαυτὸ KIVOUV, est explicitement donnée comme une troisième Cause à laquelle Platon avait recours : telles sont celles qu'on lit à la page 10710 de la Mét., 37 et 544. : Πλάτωνί γε οἷόν

ποοσαγορεύξει TA £/E£, TO ὁ ὡς αἴτιον χαι

Je υῷὦ»ν .

ποιεῖν. τὰ μὲν ÙTOXE! προσ χινοῦν, ὃ περιάπτει τῇ τοῦ θεοῦ χαὶ τῇ τἀγαθοῦ δυνάμει (THÉOPHRAST. apud SimPL., Frag. 48); — Σπεύσιππος [θεὸν ἀπεφήνατο) τὸν νοῦν; οὔτε τῷ ἕνι οὔτε

δέ (Sros., Εοΐ.,1, 29 [58], éd. Gaisford, Oxonii, cises, il n'est pas prouvé, que Speusippe cher-

τῷ ἀγαθῷ τὸν αὐτὸν, ἰδιοφυῆ 1850 ; outre que ces paroles sont loin d’être pré comme le veut KRISCHE dans ses Forschung. (I, 256), chait par ce point de sa doctrine à se distinguer de Platon).

gence. Qu on cherche donc un nom plus auguste encor que celui de Dieu pour le donner au Bien! s Voilà lé ee On est parti de cette idée traditionnelle, ῥαοίες: un Dieu ne peut être que le souverain Bien; et l’on a pes pour conclusion ce qu'il fallait démontrer. | Dieu n’est ni en dehors de l’Être, ni sa st 5 prême, ne faut-il pas le chercher dans celle de ses don Re D qui est la plus dominante et la plus ss 4 της l’idée du Bien, à savoir la Pensée ? L'être "ἰῷ ss >rut : au sel s 1 igibles ps ps Ferre ἜΜΕΝ 56 patin À jé une per- | I pénètre tous et se pénètre elle-même Cette sorte de vision éternelle. essentiellement fixe et à qui rien n'échappe, ne serait-ce pas Dieu ? | | On le dirait, d’après un passage du Phèdre. « 1] est juste, observe Platon dans ce dialogue, que la pensée dk philosophe ait seule des ailes; car par sa mémoire il κὸ pr a autant que possible, avec les choses dont ᾿ présence à Dieu fait qu'il est Dieu?. » L'indéfectible possession de l’intelligible : voilà, d’après ces no ce qui constituerait l’essence du vrai Jupiter = M tant, cetie interprétation ne parait pas encore tout ἡ fait Juste. La Pensée est sans doute un aspect de Dieu; mais ce n en est qu’un aspect. Il suffit, pour l'établir, de rappeler l’une des considérations que nous avons faites à propos du Bien. La Pensée, c’est l'Idée de [ἃ mn elle est donc intégralement immuable. Or Dieu, dans Len œuvres de Platon, nous apparaît comme le Re ee

teur; et, à ce titre, 1] 1 et, à ce titre, ilfaut « qu'il se meuve lui-même »

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