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bout 1, C'est encore de cet adage socralique qu'il part, au neuvième livre des Lois, pour savoir comment il convient de graduer les peines. D’après ce passage, le vulgaire se trompe en distinguant des fautes volontaires et des fautes involontaires. Tous nos manquements, graves ou légers, sont de la seconde espèce. Il n'y a que des fautes délibérées et indélibérées; et c’est sur leur degré de délibération qu'il faut mesurer le châtiment “.
Pourquoi cette constance d’attitude? Platon a toujours pensé que la science est en morale d’une efficacité souveraine. Il lui a toujours paru qu’elle nous révèle dans le bien notre propre bien ; que personne, à moins d être fou, ne fuit son intérêt; et que, par suite, « l'intelligence suffit à défendre l’homme contre toute espèce d'attaque ». Il n’a jamais cessé de croire à ces paroles du Protagoras : « La science est faite pour commander à l’homme; quiconque ἃ la connaissance du bien et du mal, ne peut être vaincu par quoi que ce soit ὃ...» Non point que cette connaissance triomphe toujours d’un coup, quand elle pénètre dans une âme; car elle s’y heurte le plus souvent à des habitudes qu'il faut dissoudre; maïs elle a par elle-même de quoi triompher avec le temps. Si donc l’homme tombe dans l’intempérance et l'injustice, s’il devient mauvais, c'est qu'il ignore. Or l'ignorance est contraignante par nature #; vu que l’on ne saurait vouloir ce que l’on ne sait pas. L'homme fait le mal malgré lui.
1. Lach., 194%; — Apol., 255-265, — Protag., 345° : ἐγὼ γὰρ σχεδόν τι οἶμαι τοῦτο, ὅτι οὐδεὶς τῶν σοφῶν ἀνδρῶν ἡγεῖται οὐδένα ἀνθρώπων ἑχόντα ἐξαμαρτάνειν, οὐδὲ αἰσχρά τε χαὶ χαχὰ ἑχόντα ἐργάζεσθαι, ἀλλ᾽ εὖ ἴσασιν, ὅτι πάντες οἱ τὰ αἰσχρὰ καὶ καχὰ ποιοῦντες ἄχοντες ποιοῦσι; --- Rep., III, 4185; — δορῆ,, 2289. — Lois, V, 7315: τὰ δὲ αὖ τῶν ὅσοι ἀδιχοῦσι μέν, ἰατὰ δέ, γιγνώσχειν χρὴ πρῶτον μέν, ὅτι πᾶς ὁ ἄδιχος οὐχ᾽ ἑχὼν ἄδιχος; --- Tim., 86° : χαχὸς μὲν γὰρ ἑχὼν οὐδεῖς...
4. PLAT., Rep., II, 41392, — ARISTOTE, Sur 66 point, est très supérieur à son maître (V. notre Arisé., p. 281).
Il existe une autre raison du même fait, dont Platon semble avoir toujours eu quelque sentiment et qu'il précise de plus en plus à mesure que l’âge aiguise son esprit : c’est une sorte de méchanceté que nous inspire la passion du plaisir et qui peut aller jusqu'à la haine du bien, voire même jusqu’à la démence. Ce vice subtil autant que vivace est signalé dans le Sophiste 1; le troisième livre des Lois en précise la notion ?; et le Timée, tout en montrant à quel point de prédominance 1] peut s'élever, indique deux de ses causes. « La plupart des reproches que l’on fait aux hommes sur leur intempérance dans les plaisirs, dit Platon vers la fin de ce dialogue, manquent de fondement réel; on les suppose volontairement vicieux, et personne n’est tel de son gré. On le devient par suite d’une mauvaise disposition du corps ou d'une mauvaise éducation 5. » Mais ce n’est pas à dire que « la méchanceté » influe directement sur le vouloir. Elle n'influe sur ce pouvoir de délibération qu’en obnubilant la pensée; car iln’y a, dans le fond, qu'une maladie de l’âme, qui est « l'ignorance ». Platon garde jusqu’à la fin sa croyance en l’hégémonie du savoir ὁ.
Y a-t-il dans cette théorie une sorte de déterminisme ? Plusieurs historiens, et non des moindres, l’ont prétendu.
4. PLar., Lois, V, 731°: — Tim., 86v : νόσον μὲν δὴ ψυχῆς ἄνοιαν ξυγχωpntéov, δύο δ᾽ ἀνοίας γένη, τὸ μὲν μανίαν, τὸ δὲ ἀμαθίαν. Πᾶν οὖν ὅ τι πάσχων τις πάθος ὁπότερον αὐτῶν ἴσχει, νόσον προσρητέον. Dans le Sophiste (228°-229°), Platon s'exprime d’une manière un peu différente : la πονηρία y prend le
nom de νόσος ; et l'éyvoux ou ἀμαθία, le nom de αἶσχος; c'est une variante qui ne change rien à la pensée en question.
5. V. Gowrerz, Loc. cit., p. 496, p. 522; Topias WiLpAUER, Psychologie des Willens bei Socrates Plato und Aristoteles, 11, 213-243, Insbruck, 1877; Marin, loc. cit., 11,361 et 544. — Ed. ΖΕ ΕΝ nous semble avoir vu plus juste en maintenant que Platon admettait le libre arbitre (Loc. cûl., p. 851-855). — M. A. Fouiée (loc. cit., I, p. 380-424) défend l'opinion intermédiaire : à son sens, Platon aurait admis, au moins à partir de la pé-
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Mais peut-être n’ont-ils pas envisagé tous les aspects d'un problème d’ailleurs très complexe. En définitive, Platon n’affirme que deux choses qui sont les suivantes : premièrement, nous ne sommes pas libres à l'égard de ce que nous ignorons; secondement, la science pleine, une fois donnée. exerce une influence efficace, qui nous met à l'abri de toute défaillance. La première de ces deux propositions n’est combattue par personne. Quant à la seconde, elle revêt une forme beaucoup trop implicite, pour que l'on y puisse fonder une conclusion soit en faveur du déterminisme soit en faveur de la doctrine opposée. Tout dépend de la manière dont la volonté se comporte à l'égard de ses motifs : il s’agit de savoir si, le bien une fois connu, elle se trouve nécessitée ou simplement sollicitée, suivant les heureuses formules de Leibniz. Or on accordera, je l'espère, que Platon, n’a rien dit de décisif sur ce problème de psychologie aiguë. Il se sert perpétuellement d'expressions telles que celles-e1 : « volontaire », « involontairement » !. Et ces termes ne tranchent rien; la question reste de définir si le volontaire est ou n’est pas libre. La même imprécision se manifeste de nouveau, lorsqu'on envisage le sujet sous l'angle opposé. Au-dessous de la science parfaite qui est celle du sage, il y ἃ la demi-science, qui se gradue elle-même à l'infini; celui qui ne possède que cette connaissance relative, n'est-il pas libre dans une certaine mesure à l'égard des objets qui la constituent? C’est encore un point sur lequel le langage de Platon laisse l'esprit du lecteur en suspens.
La conclusion qui résulte des textes, c'est que ce grand maitre en idéologie n’a vu qu'imparfaitement le problème
riode dite socratique, que, « si la science du bien est invincible, l'opinion du bien ne l'est pas ».
1. "Exwv, ἄκων, ἑκουσίως, ἀχουσίως, etc. V. sur ce point les passages cités, p. 216, notes 1 et 2.
du franc arbitre et ne lui a pas donné de solution proprement psychologique !.
Si maintenant l’on regarde à ses tendances, on trouvera peut-être qu’il est plutôt favorable au système indéterministe. Il dit à différentes reprises que les âmes choisissent elles-mêmes leur genre de vie ?; il ajoute « qu'elles portent en elles le principe de leurs changements » ὃ, que « la vertu n’a pas de maître » ὁ et que celui-là manque de noblesse « qui, au lieu de s’imputer ses propres fautes, en rejette la responsabilité sur autrui » 5. Il affirme, dans le Timée, que les âmes dégénérées ont un certain pouvoir de reconquérir leur première splendeur 6. Or j'avoue bien qu'il faut se garder de prendre ces paroles au pied de la lettre. Mais on ne peut pas non plus les tenir pour de simples fictions; car elles ont leur raison d'être dans Ja théologie même du fondateur de l’Académie : elles tendent toutes vers un but unique, qui est de sauvegarder la bonté et la sainteté de Dieu. Le langage de Platon à cet égard ne laisse aucun doute ?.
« Le cœur » est du parti de la pensée et du vouloir à. Il milite en nous pour la tempérance, et parce qu'elle ἃ le charme de l’ordre; ardent et implacable dans la vengeance, il nous rend capables, au contraire, de « souffrir la faim, la soif ou tout autre tourment du même genre »,