PLarT., Phileb
est «le contraire »!; et l’on comprend cette manière de dire dans sa théorie. Entre le plaisir et la douleur, il place un intermédiaire qui est un état neutre ou d’indifférence*. Ces deux émotions sont donc deux espèces du même genre qui présentent la plus grande opposition possible : ce qui est la marque de la contrariété. Socrate, dans le Phédon, détermine assez bien ce rapport, quoiqu'en un langage de forme mythique : « Dieu, dit-il, voulut un jour réconcilier ces deux ennemis: et, comme il ne le pouvait, il les attacha par la tête 3. »
Infini de sa nature, le plaisir est du même chef infiniment mobile et varié“; il ressemble par là au désir sensible avec lequel il soutient d’ailleurs un rapport d'union particulièrementintime. Aussi n’est-il pas aisé de discerner toutes les formes qu'il peut revêtir : c'est une sorte de Protée. Il faut cependant, pour en parler avec une certaine exactitude, s'y choisir quelques points de repère : et voici comment il convient de prendre la question.
Si l'on se place au point de vue de la cause, on distingue trois sortes de plaisirs : ceux qui sont produits par un ébranlement corporel; ceux qui viennent à la fois de
l’âme et du corps; et ceux qui viennent de l’âme seulement?. Si l’on se met sous l’aspect des besoins de l’exis-
1. PLAT., Phæd., 60v : on pourrait croire que Platon ne fait ici qu'exprimer l'opinion populaire. Πέφυχε [τὸ ἡδύ], dit-il, πρὸς τὸ δοχοῦν ἐναντίον εἶναι; maïs. outre que le reste du passage tend à préciser sa pensée, il l’exprime à nouveau, et d’une façon dialectique, dans la Rep. (IX, 583°) et dans le Philèbe (553).
2. Id., Phileb., 32°-33°, 429-431; — Tim., 64 : τὸ δὲ ἠρέμα καὶ χατὰ σμικρὸν ἀναίσθητον.