V. ci-dessus, p
3. PLAT., Phæd., 100v-107; — Phædr., 245°-246*; — Philèbe, 29°-30°. Il faut comparer ces trois passages pour voir toute la pensée de Platon. Dans le Phédon. il affirme bien, et avec beaucoup de force, que la vie est de l'essence de l'âme: mais il ne le démontre pas. et son argument demeure incomplet. Dans le Phèdre, à l'endroit indiqué, l'âme devient un τὸ ἑαυτὸ χινοῦν: et la notion de la vie se précise. Mais on se demande encore 5} faut réellement appliquer cette définition aux âmes particulières, bien que
s'il ἃ quelque chose d’immortel et d’impérissable, ce doit être l'âme; et nous existerons réellement dans l’'Hadès !. »
Nous existerons dans l'Hadès : c'est également ce que nous révèle, non plus l'analyse des principes constitutifs de l’âme, mais le but naturel où elle tend tout entière. L'âme est faite pour le bonheur; et par suite elle est faite pour la science où le bonheur a sa source : elle ne
croit et ne s’eurythmise, elle ne s'achève elle-même que
dans la mesure où elle la possède. Or cette possession ne peut être complète en cette vie. Si bien que le sage s’y prenne et quelque effort qu'il fasse, il en sera toujours empêché, sinon par les séductions sensibles auxquelles 1] peut mettre un terme, du moins par ce mélange intime du physique et du mental qui s’est produit en nous. On ne sait qu'autant que l'âme, se recueillant au dedans d'elle-même, entre par la pensée pure en contact avec l'intelligible pur; et cette condition n'est jamais entièrement réalisée, aussi longtemps que nous habitons la « caverne ». Il faut que « Dieu lui-même nous délivre ». C'est alors seulement que l'âme peut devenir adulte; c’est alors que commence la vraie vie. Ou l’Hadès existe, ou les
jours que nous passons 1c1-bas n ont plus aucun sens ?.
l'on ait déjà quelque raison de le faire. Le Philèbe jette sur ce point une clarté décisive. Là, il ne reste plus de doute : au fond, l'âme du monde et les âmes individuelles sont une même chose; et l'on peut étendre aux secondes ce qui fait l'essence de la première.
1. PLAT., Phæd., 107%. — Au X° livre de la Rep. (608°-611*), Platon donne une autre preuve de l’immortalité de l’âme humaine, qui se fonde également sur sa nature. ἃ son sens, rien ne meurt que de la maladie qui lui est propre. Or l'injustice est une maladie propre à notre âme; et chacun sail trop qu'elle n’en meurt pas. C’est donc qu'elle ne peut mourir. Nous omettons cet argument dans notre exposé ; car il semble ne tenir que de loin aux idées fondamentales de la philosophie platonicienne. Platon « convertit tout en armes », quand il s’agit de la vie future, tant il a peur que cette base de sa cité ne vienne à s'ébranler.