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force, c’est la loi, et la loi, c'est la société qui la fait et lui confère son efficacité. L'homme n'arrive à se défendre de « la férocité de l'homme » que par l'institution d'un régime social !. Mais la cruauté n’est pas le tout de notre nature; on ne peut pas même dire qu’elle soit primitive : elle vient en nous du besoin, ou de la cupidité, ou des rixes que fait naître l'indétermination des droits. « Le semblable cherche son semblable » : c’est la loi qui gouverne le ciel et la terre, les dieux et les éléments, les rapports de la pensée à son objet *; c’est aussi la loi fondamentale de notre cœur. D’elle-même et spontanément, la sympathie de l’homme va vers l’homme; elle y va d'autant plus qu'étant doué d'intelligence, il voit toutes choses sous la forme universelle et possède le don de la parole pour communiquer à autrui ses idées ei ses sentiments *. Cette tendance si essentiellement humaine, c’est encore la société qui la développe en lui créant son vrai milieu; elle y trouve la stabilité qui lui est nécessaire, elle s’y fortifie par la culture et la participation au même genre de vie, elle y produit l'amitié proprement dite, qui est comme l'épanouissement et la fleur exquise du bonheur .
Platon se füt donc moqué de J.-J. Rousseau comme d’un sophiste, s’il eùt connu ses théories sur l’origine de la civilisation. « L'état de nature » est juste le contraire de ce qu’il a dit; l'état de nature, c’est la forme sociale elle-même. 11 n’y en a pas d’autre où l'homme puisse 5᾽80complir; il n’y en a pas même d'autre où il puisse vivre; et, par suite, ilnen a jamais existé d’autre où 1] ait vécu.
1. PLar.. Lois, ΙΧ, 874°-875° : 7% ῥητέον δή τι περὶ πάντων τῶν τοιούτων ἄρα νόμους ἀνθρώποις ἀναγχαῖον τίθεσθαι χαὶ ζῆν χατὰ νόμους, ἢ ριωτάτων θηρίων... — Aristote exprime la même
τοιόν ὃε, ὡς μηδὲν διαφέρειν τῶν πάντῃ ἀγ pensée à peu près dans les mêmes termes(Polit., À, 2, 1258", 3-9, 27-3 ).