‹ Platon [microform]Chapitre 222 sur 287 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

V. plus haut, p

4, PuarT., Lois, III, 693", 697ce; cf. Ibid., V, 729°.

L'hypothèse de l’homme solitaire et bon n'est que l'utopie creuse d’un philosophe de chambre.

Il n’est pas vrai non plus que le but de la société soit la guerre, comme l’ont eru les législateurs de Cnosse, ceux de Sparte surtout. Cette opinion ne peut venir que de la nécessité plusieurs fois séculaire où l'on s'est trouvé de combattre sans cesse des ennemis toujours disposés à l'attaque !; c’est une longue habitude que la réflexion détruit. La guerre fait partie du « nécessaire », comme l'esclavage et la satisfaction des besoins corporels : c'est un moyen. On se bat pour avoir la paix et l'indépendance; et ces deux biens, si précieux qu’ils puissent être, ne sont eux-mêmes que des conditions qui permettent à la cité de poursuivre l’œuvre de sa propre organisation, d'acquérir une vie plus pleine et plus harmonieuse et par là même de réaliser une plus grande somme de bonheur 2.

Cependant, ce bonheur ne saurait être complet. Sans doute, il dépasse infiniment les jouissances brutales et précaires que pourrait se procurer un individu placé en dehors de tout ordre social; il demeure toujours perfectible : c'est le maximum pratique de joie auquel l’homme peut s'élever. Mais ce maximum n’atteint jamais l'absolu. En échange des avantages que la société nous accorde, elle nous impose toute une série d'obligations qui sont autant de restrictions plus ou moins graves de notre liberté personnelle. Les guerriers, pour être utiles, doivent se soumettre au joug d’une discipline austère ; et le sage est contraint de redescendre de temps à autre dans « la caverne », afin d'exercer les charges que requiert la marche de l'État. On n’a de bonheur qu’autant que l'on

1. Quand on lit dans les Lois (Ier livre, 625° et 544.) la description de la constitution crétoise, on a l'impression vive qu'elle a été dictée tout entière par le besoin de lutter contre des peuplades féroces et toujours en armes : le milieu

dont elle est sortie, explique à la fois son but et son caractère. 2. Pcar., Lois, 1, 625°-632%; TI, 682° et sqq.; VI, 770°-771°; VI, 803%, 817».

donne de soi-même à la cité; et ce don est de son côté une soustraction de bonheur.

Il ya donc dans l’état social, et d'après Platon lui-même, une sorte de conflit de fond entre le tout et ses parties; l'harmonie n’y peut être complète. Du moins ne l’est-elle que si le citoyen trouve dans le sacrifice qu'il fait de luimême à l’ordre général une joie de l'intelligence assez pleine pour lui suffire. Encore cette joie ne supprime-t-elle pas toute la difficulté. Supposé en effet qu’elle existe, la diminution de l'individu devient rationnelle; mais elle n’en demeure pas moins , et la finalité ne s'achève pas sur la terre. « Le mal ne cessera pas, ὃ Théodore..., cette nature mortelle et cette région de l’univers, il les enveloppera toujours *. »

Le but de la société est de procurer aux citoyens le plus de bonheur possible; et ce but se réalise par la justice ὅ. C'est prouvé par les analyses que l'on ἃ faites plus haut, à propos du bien moral : la justice, c’est l'ordre dans l'individu et par là même dans le corps social tout entier; or de l’ordre la joie jaillit comme d’un lis sa fleur. Cette vérité de fond s'établit d’ailleurs à la lumière du passé.

La ligue dorienne, fondée sur des clauses sages et pré-

cises, soutenue d’une armée supérieure à celle qui avait vaincu les Troyens, présidée par trois frères et encouragée par les oracles, semblait réunir toutes les conditions voulues pour être durable; on la vit cependant se

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