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qui caractérise le citoyen; la marque qu'il porte est indélébile. Et l’on comprend qu'il en soit ainsi : non seulement l’esclave est un être inférieur !, ou qui, du moins, a trop obéi pour savoir se conduire par lui-même; mais encore son entier affranchissement serait un danger social.
Il ne suffit pas de classer les habitants de la cité; puisque le terme de la vie est la mort, il faut obtenir qu ils se perpétuent : à tout législateur se pose la question du mariage. Platon l’a résolue de deux manières très différentes par certains points, et cependant partout animées du même esprit.
La nature veut le mariage; elle le veut d’un désir fondamental et dominateur. Car le but qui l’intéresse avant tout, c’est d'atteindre l’immortalité dans la beauté ; et, pour y réussir, elle n’a pas d'autre moyen que l’union des sexes. Par suite, « c’est un crime à tout homme » que « de refuser de prendre une femme et d’avoir des enfants ». Mais l'union des sexes, abandonnée ἃ ellemême, ne peut que conduire aux plus graves abus, l’expérience l’a déjà trop fait voir. Le besoin qui la provoque est « violent » : « l’homme, à son approche, est saisi d'une fièvre intense qui le transporte hors de lui-même et le brûle d’une ardeur effrénée. » Il lui faut donc une règle qui dépasse l'individu et ne peut être imposée
que par l'autorité sociale : c’est à l’État de légiférer sur
le mariage?. Bien plus, l’État est lui-même d'institution naturelle; vu qu'il n’y ἃ d'ordre et de bonheur qu’en lui et par lui. Or il ne se peut maintenir qu’à condition de remplir les vides que la mort y fait sans relâche, et avec des recrues qui lui soient utiles. Et, s’il est ainsi, le mariage n'accomplit véritablement le vœu de la nature
1. PLAT., Politic., 509" : τοὺς δ᾽ ἐν ἀμαθία τ᾽ αὖ nai ταπεινότητι πολλῇ χυλιν-
δουμένους εἰς τὸ δουλιχὸν ὑποζεύγνυσι γένος [ἡ βασιλιχὴ ἐπιστήμη]. 2. Id., Lois, IV, 721#-4; VI, 783.
qu'autant qu’il concourt à l'intérêt social. L'État qui est sa règle, est aussi sa πη΄.
Tels sont les principes qui dominent la question. Reste à savoir comment 1l convient de les appliquer.
Civilement, le mariage est obligatoire : c’est la loi. Et quiconque y sera rebelle, paiera chaque année telle ou telle somme, « atin qu’il ne s’imagine pas que le célibat soit un état commode et avantageux ». De plus, « il n'aura aucune part aux honneurs que la jeunesse rend chez nous à ceux d’un âge plus avancé » : « personne ne lui témoignera le moindre respect ni la moindre déférence » *.
Le mariage doit se faire, pour les hommes, de trente à trente-cinq ans et, pour les filles, de seize à vingt ans.
Il y aura des divertissements et des danses où les garçons et les jeunes filles pourront « se voir et laisser voir dans toute la nudité que permet une sage pudeur », « et sous la surveillance des chorèges# » : c’est ainsi qu'ils trouveront l’occasion de se connaître les uns les autres. Mais ces précautions ne suffisent pas, puisque le mariage se fait principalement « en vue de l'utilité publique ». [l faut associer les modérés aux violents, afin d'obtenir cet heureux tempérament de douceur et de hardiesse qui est la disposition la plus favorable à la vertu. IL faut surtout écarter les faibles et les maladifs, et n’accepter que les forts; car la faiblesse et la maladie se transmettent avec le sang et vont se multipliant à l’indéfini, tandis que le but de l’État est de se créer une race dejplus
1. PLAT., Rep., V, 459%e; — Lois, VI, 7730 : χαὶ χατὰ παντὸς εἷς ἔστω μῦθος γάμον ᾿ τὸν γὰρ τῇ πόλει δεῖ συμφέροντα μνηστεύειν γάμον ἕχαστον, οὐ τὸν ἥδιστον αὑτῷ... ; — Ibid., 783%,