PLAT., Rep., IV
Elle le devient aussi d’une autre manière. Les riches soni ambitieux : ils s'unissent et forment des intrigues contre l’ordre établi : ce qui constitue un danger permanent,
et des plus redoutables, pour la stabilité de l'État. La
misère, de son côté, n’est pas moins perverse. Le pauvre a l'âme naturellement basse et servile; il nourrit une jalousie féroce contre ceux qui possèdent. A ce double titre, il est, lui aussi, un agent de honte et de désordre : on le trouve toujours prêt à soutenir les desseins les plus mauvais, dès qu’on le paye ou qu'il y entrevoit quelque autre avantage; et, quand il devient le nombre, il trouble tout !.
La meilleure manière de prévenir ces graves inconvénients, c’est de fixer une moyenne de fortune, à égale distance de la richesse et de la pauvreté; et de faire qu’elle soit, autant que possible, La même pour tous. Car alors les citoyens ne seront entraînés au mal ni par les séductions du luxe ni par les contraintes de l'indigence; ils n'auront que peu d’envie à l'égard des autres et n'en provoqueront pas davantage autour d'eux ?. C’est la simplicité dans l'égalité qui assure la noblesse de la vie et l'accord mutuel des citoyens.
Mais les moyens d'atteindre cette fin ne sont pas toujours faciles à découvrir, encore moins à mettre en œuvre. Lorsqu'il est question d’un pays qui ἃ déjà des riches et des pauvres, où il s’agit par là même d’abolir les dettes et de transformer la propriété, on se heurte d'ordinaire à des résistances acharnées et dangereuses. Dans ce cas, l'on ne peut « faire que de légers changements, par degrés et avec des précautions infinies »; à moins « que les riches n'aient la sagesse d'innover d’'eux-
1. PLaT., Rep., IV, 421°-422% ; — Lois, V. 741°, 742e-743° ; VIII, 831c- ; IX, 8705; XI, 919", 2. 1d., Lois, II, 679b+; V, 728-729".
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mêmes pour éviter une commotion violente » *. Si le sol, au contraire, n’est pas encore partagé, ce qui se produisit pour les Héraclides, le problème devient moins complexe et plus aisé à résoudre?. Voici, en quelques mots, comment il convient de le traiter.
On donne à tous les citoyens des lots de valeur égale *; on décrète l'inviolabilité de chacune de ces portions *; et, pour la garantir indéfiniment, on oblige le détenteur soit à ne jamais l’aliéner par vente ou donation’, soit à se procurer toujours un héritier, et rien qu'un ὕ.
Le pouvoir social décide également que le commerce n’est permis que pour les produits de l’agriculture : c'est de la terre seulement qu'il faut vivre, non de la mer’. Car, outre que la marine est par elle-même un principe de corruption, elle produit fatalement la richesse et l'estime des riches : ce qui est une autre cause de décadence ὃ.
Personne ne doit avoir chez soi ni or m argent. On crée, pour les relations intérieures, une monnaie d'un métal différent, qui suffise aux échanges nécessaires et n’en permette pas d’autres. Quant aux rapports avec les étrangers, ils se font à l'aide d’une monnaie spéciale qui
reste dans les mains de l’État et dont il dispose à sa ma-
nière 19,
1. PLaT., Lois, V, 7364. 2. Id., bid., II, 684°; V, 7 3. Id. Ibid., V, 737°-738>;