‹ Platon [microform]Chapitre 247 sur 287 · Id., Rep., V · texte numérisé non relu

Id., Rep., V

vu les mœurs guerrières des anciens !. Mais on regrette, en la parcourant, que Platon ne s’y souvienne point de la notion de la justice, formulée dans le Criton et le premier livre de la République. N'avait-il pas dit, en ces deux endroits, que la justice, étant essentiellement bonne, ne fait jamais aucun mal, pas plus aux ennemis qu'aux amis? Mais ce n’est que par degrés et très lentement que l'esprit humain se délivre de l'erreur. On devait attendre jusqu’à l'apparition du stoïcisme pour voir éclore l’idée « de la charité du genre humain »; on devait attendre jusqu’au christianisme pour la voir pénétrer peu à peu dans les mœurs.

Telle est la discipline par où la société doit conduire l'homme au bonheur. On sent vite à la réflexion quelle somme d’austérité, d'abnégation et de dévouement elle demande aux citoyens. Et Platon s'en est rendu compte : il s'est exprimé lui-même à ce sujet et de la manière la plus forte. « Ce qu'il y a de plus important, dit-il, dans les Lots, est que personne, soit homme, soit femme, ne secoue en aucune rencontre le joug de la dépendance, ni ne s'accoutume dans les combats véritables, ou même dans les jeux, à agir seul et de son chef, mais qu’en paix comme en guerre tous aient sans cesse les yeux sur celui qui les commande, ne faisant rien que sous sa direction, et s’abandonnant à sa conduite dans les petites choses ; de sorte qu'au premier signal 115 s'arrêtent, 115 marchent, ilss’exercent, ils prennent le bain ou leur repas, 115 se lèvent la nuit pour monter la garde, pour porter ou recevoir des ordres; que dans la mêlée 115 ne poursuivent personne ni ne reculent devant qui que ce soit, à moins d’un ordre de leur chef; en un mot qu'ils s'accoutument à ne savoir

1. V. FUSTEL DE CoULANGES, La cité antique, p. 241-248, Paris, 1880.

PARCS ete ET

jamais ce que c est que d'agir seul et sans concert; mais plutôt que tous ensemble n’aienttoujours et en tout qu'une vie commune. On ne peut, on n’a jamais pu rien trouver de plus beau, de plus avantageux, de plus propre à assurer à L'État son salut à la guerre et la victoire : c'est à quoi nos citoyens doivent s'exercer dès l'enfance au sein de la paix, apprenant à commander aux uns et à obéir aux autres. Quant à l'indépendance, il faut la bannir du commerce de la vie. non seulement entre les hommes, mais même entre les animaux soumis aux hommes!. »

Quelle chasse à toute initiative individuelle ! Quel étouffement de la personnalité ! Quel couvent, et moins l'amour de Dieu qui seul rend le couvent possible ! L'État est fait pour le bonheur; et le bonheur, à force de se rationaliser, y disparait : la république de la fin détruit celle

du commencement.

Toute société suppose un pouvoir, et qui peut revêtir plusieurs formes.

Quelles sont ces formes? à quels types dominants convient-il de 165 ramener?

C'est un point sur lequel la réponse de Platon ne parait pas très consistante; el peut-être n’a-t-il jamais eu beaucoup de souci de la rendre telle. Quand il s’agit de divisions logiques, il s'occupe plus en général du sujet qu’il traite que de ceux dont il a parlé. Il faut tenir compte aussi de sa longue carrière : sa pensée y va de l'avant et sans relâche, si bien que les découvertes du présent ne peuvent point ne pas modifier dans une certaine mesure les réflexions du passé.

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