‹ Platon [microform]Chapitre 43 sur 287 · Id., Phæd · texte numérisé non relu

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miers pères? elles ont disparu pour toujours dans le

gouffre de l'inévitable oubli 1.

| Même à l'heure actuelle, et dans la partie du devenir qui tombe sous notre observation, 1] se produit une foule de phénomènes que nous percevons seulement du dehors, dont le fond nous échappe et qui ne peuveni être que l’objet d'une connaissance analogique*. La musique, par exemple, exerce sur les âmes « amies des muses » une sorte d’action élévatrice qui les purifie de leurs passions, eurythmise leurs diverses puissances et en fait à la longue comme des êtres spirituels et divins; qui saura jamais, de science précise, comment s'opère cette conversion tout intérieure, cette descente du « fini » dans « l'infini », cette domination progressive du principe « terrestre » par le céleste?

Le mythe, voilà le mode qu’il convient de donner aux faits de ce genre. Puisque nous ne les connaissons assez ni pour les peindre ni pour en déduire les caractères réels, il ne reste qu'à les incarner dans une légende qui soit le plus v aisemblable possible”. Le mythe n’est donc pas un discours entièrement vide“. Bien que nécessairement symbolique et inexact5, il renferme ane âme de vérité6; et, à ce titre, il est digne de foi’

1. Pcar., Protag., 320° et sqq. ; — Politic.. 2689 et sqq.;. — Lois, IV, 715

et 544. ; — Tim., 20° el sqq.; — Criti., 109° et sqq. 2. Id., Phædr., 259%; — Bangq., 208" et sqq.; — Rep., VIE, 514 et sqq.

3. Id, Phæd., 114% : ὅτι μέντοι ἢ ταῦτ᾽ ἐστὶν À τοιαῦτ᾽ ἄττα περὶ τᾶς ψυχὰς ἡμῶν καὶ τὰς οἰχήσεις, ἐπείπερ ἀθάνατόν γε à ψυχὴ φαίνεται οὖσα, τοῦτο

. δοχεῖ χαὶ ἄξιον χινδυνεῦσαι οἰομένῳ οὕτως ἔχειν; — Rep., I,

4. Id., Phædr., 265" : ... χεράσαντες où παντάπασιν ἀπίθανον λόγον... 5, Id., Ibid. :... τάχα δ᾽ ἂν καὶ ἄλλοσε παραφερόμενοι... . Id., Ibid. : ... ἴσως μὲν ἀληθοῦς τινος ἐφαπτόμενοι ; --- Lois, III, 680%. 7. Id. Phæd., 114% : τοῦτο καὶ πρέπειν μοι δοχεῖ χαὶ ἄξιον κινδυνεῦσαι οἰομένῳ οὕτως ἔχειν,

c’est la traduction humaine de l'irréprésentable 1.

Sitelle est la fonction du mythe, on discerne quelle place il occupe, au point de vue de la rigueur, dans l’ordre des procédés qui composent la méthode. Il vient après la dialectique et l'analyse qui ne portent que sur des idées, après l'induction qui nous élève du sensible à l’intelligible, après l'expérience elle-même qui est comme le marche-pied de la raison. Maïs avec l'expérience, il soutient un rapport de parenté intime ; et de l’une à l’autre le passage est le plus souvent insensible, vu que la sensation renferme toujours un fond d'impénétrabilité qui ne se laisse pas réduire en formules distinctes et précises. C'est ce que Platon lui-même nous fait entendre dans le Timée, au cours de sa description des phénomènes physiques : « IL ne serait pas difficile, dit-il, de décrire encore d’autres faits de cette nature, en continuant à créer des mythes vraisemblables*. »

Ainsi s’étagent les degrés de la méthode platonicienne. Bien que déjà puissante, surtout en métaphysique, elle présente des lacunes visibles et sur lesquelles 1] est inutile d'insister. Platon ne l'en croyait pas moins complète et

1. PLar., Phædr., 246* : περὶ δὲ τῆς ἰδέας αὐτῆς (ἀθανασίας) ὥδε λεχτέον᾽ " οἷον μέν ἐστι, πάντῃ πάντως θείας εἶναι χαὶ μαχρᾶς διηγήσεως, ᾧ δὲ ἔοιχεν, ἀνθρωπίνης τε χαὶ ἐλάττονος. Ταύτῃ οὖν λέγωμεν. — V. aussi, sur ce point et les précédents, Tim., 294: … ἀλλ᾽ ἐὰν ἄρα μηδενὸς ἧττον παρεχώμεθα εἰχότας [λόγους], ἀγαπᾶν χρή, μεμνημένον, ὡς ὁ λέγων ἐγὼ ὑμεῖς τε οἱ χριταὶ φύσιν ἂνϑρωπίνην ἔχομεν, ὥστε περὶ τούτων τὸν εἰχότα μῦθον ἀποδεχομένους πρέπει τούτου υηδὲν ἔτι πέρα ζητεῖν; — Ibid., 59.-ἃ, 724, 90e, — Voir sur le sens des mythes : Deuscace, Plat. Sprachphil., pp. 31-32, 38-44, Marburg, 1852; SUSEMIHL, Die Genetische entwikel. d. Plat. Phil., 1, 283-285, Leipzig, 1855-1860 ; Steinhart, Plat. Sämmiliche werke, VI, 73, Leipzig, 1850-1866 ; ZELLER, loc. cit., 582, note 1; COUTURAT, De platonicis mythis, Paris, Alcan, 1896; Id., Revue de Mét. et de mor., vol. IV, suppl., p. 11, 1896; V. BROCHARD, Les Mythes dans la phil. de Plai. (Année philos. 1900, p. 1 et sqq.).

souveraine : elle lui inspirait une confiance qui allait jusqu’à l'enthousiasme et qui s’est maintenue durant sa vie tout entière. Il déclare, dans 16 Phèdre, que c’est là l'objet de son amour et que, lorsqu'il rencontre quelqu’un qui soit à même d'exercer un tel art, il s'attache

à ses pas, comme si C'était un dieu!. Elle lui apparaît, dans le Sophiste, comme « la science des hommes libres »2; et il affirme, en un autre endroit du même dialogue, que personne « ne Se glorifiera jamais d’avoir échappé aux investigations de celui qui sait découvrir en chaque chose le particulier et l'universel 3 ». «Il n'y ἃ pas, il ne peut pas y avoir de voie plus belle, nous dit-1l vers le commencement du Philèbe…; c'est un présent que les dieux ont fait aux hommes ἡ. » Et la même pensée se retrouve au XII: livre des Lois. Là aussi, la méthode nous est représentée, et sur un ton de certitude plus ferme que jamais, comme le plus lumineux et le plus rigoureux des moyens de recherche : elle est encore le procédé par excellence, l’art divin’. Ce n'est pas qu'il en méconnaisse les dangers®; il va même jusqu'à dire qu'il s’y est pipé lui-même à différentes reprises?. Mais ni ces risques ni ces accidents ne diminuent la force de sa conviction : 1 garde jusqu’au dernier soupir la virginité de sa croyance; bien plus, il ne fait que Sy affermir avec les années.

>. V. aussi 57°-58*.

6. Ῥιάτ., Phileb., 160.6 : ἣν δηλῶσαι μὲν où πάνυ γαλεπόν, χρῆσθαι δὲ παγχάλεπον.

η. Id., Ibid. : πολλάκις δέ με ἤδη διαφυγοῦσα ἔρημον καὶ ἄπορον χατέστησε. —F. Horn (Zur Philebosfrage, in Archiv für Geschichte der Philosophie, vol. IX, p. 292, Berlin, 1896) pense qu'il y ἃ dans le Philèbe des indices de mépris pour la dialectique; voir de la sorte, c’est prendre l'accidentel pour le principal : ce qui domine, dans ce dialogue, c'est à coup sûr l'apologie de la dialectique.

« Sans doute, répondit Adimante, personne, à Socrate, ne saurait opposer une réplique à tes discours. Mais voici à peu près ce que l’on éprouve en entendant raisonner de la sorte. On s’imagine que, faute d'être versé dans l’art d'interroger et de répondre, on se fourvoye un peu dans chaque question : de telle sorte que la somme de ces petites déviations fait à la longue éclater une grosse erreur, toute contraire à ce que l’on croyait d’abord. Au trictrac, les bons joueurs finissent par bloquer les joueurs inhabiles et les réduisent à ne savoir quel dé amener. Il en est de mème de cet autre jeu où tu manies, non les dés, mais le discours : le dénouement, c’est que l’on s'y voit emprisonné et condamné au silence. Mais la vérité n’y gagne rien!. » Le péril de la méthode tant vantée, c’est de tourner à l’éristique, de faire des vainqueurs et des vaincus sans que la question débattue en avance d’une ligne. Mais ce péril, Platon ne paraît pas l’avoir prévu dès les premières années de sa carrière philosophique.

Il défend d’abord la pensée de Socrate. ἃ son dire, la science nous fait connaitre notre véritable intérêt. Par suite, elle exerce toujours un charme dominateur : son empire est irrésistible. Si le sage se laisse parfois séduire à ses passions, c’est qu'il s’ignore encore de quelque manière, c’est que la lumière ne l’a pas pénétré jusqu'au fond. Et quel moyen de faire entrer la science dans les esprits? L'enseignement raisonné, l'induction et l'analyse. Moraliser l’homme, c’est développer sa raison et la rendre adulte; or l’on développe sa raison, dans la mesure

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