V, l'Iliade
bout de champ. Mais ce sont là des marques qu'il convient d'utiliser d’une manière relative; elles valent surtout, lorsqu'il s’agit de comparer les dialogues où l’auteur formule et défend ses thèses fondamentales.
χατὰ avec l’accusatf l'emporte sur toutes les autres prépositions, à l'exception α᾽ ἐν, dans le Cratyle, le Politique, les Lois, le Critias; et sur ἐν dans le Sophiste et le Timée. Il forme le 12-15 % du total des prépositions que renferment ces dialogues, tandis qu’il est beaucoup plus rare dans les autres écrits : dans le Théétète, par exemple, il arrive à 9 % 1. À partir du Banquet, les l'accusatif deviennent plus fréquents que les περὶ avec le génitif : leur rapport est de 40/39 dans ce dernier dialogue, de 76/71 dans le Sophiste, de 92/53 dans le Polihique, de 116/88 dans le Timée, de 29/21 dans le Critras, de 182/147 dans les Lois (II, V, VI, VIII). Pour les autres dialogues, au contraire, ce sont les περὶ accompagnés du génitif qui dominent; et leur proportion s'élève jusqu’à 1552/804 dans les dialogues non spécifiés par Lina ?.
On possède donc un ‘ensemble de procédés à l’aide desquels on peut essayer d'établir la chronologie des dialogues Platoniciens. Il est vrai que, à l’exception des quelques allusions historiques dont j'ai parlé, ces procédés divers ne laissent pas d’être d’un emploi délicat, qu'ils sont loin d'aboutir toujours à la certitude et qu’ils révèlent plutôt des antériorités que des dates précises ; ils n’en constituent pas moins un progrès véritable.
Le Ménon est encore plein du souvenir de Socrate. On
1. V. LurosLawski, loc. cit., p. 130 : LINA, De præpositionum usu platonico, Marbourg, 1889.
2. V. LurosLawski, loc. cil., ibid. — On peut voir, à la fin de ce volume, le tableau d’un certain nombre de particularités stylistiques que j'ai consti-
tué moi-même, afin de mettre en lumière la façon dont je comprends leur emploi.
peut même dire qu'il est surtout une défense de son œuvre, une sorte de nouvelle Apologie : l'impression qui s'en dégage, c’est que l'intention dominante de Platon consiste à présenter son maitre comme le seul citoyen qui ait rendu la vertu enseignable, le seul par là même qui ait découvert son vrai principe d'efficacité pratique !. De plus, ce dialogue s’en tient encore au concept socratique de la vertu : l’irréductibilité de l'élément passionnel de notre nature à la raison ne s’y révèle pas; la sagesse n'y est pas autre chose que du savoir. Il se situe donc assez avant dans la série des ouvrages de Platon. Mais 1] serait exagéré de croire, avec God. Stallbaum, que sa composition soit antérieure à la mort de Socrate ?; 1] présente des indices de maturité qui ne permettent pas de le faire remonter si haut. On n’y trouve plus de vaines subtilités; l'argumentation en est ferme, souple et pénétrante. La méthode, telle qu’elle y est exposée, dépasse le point de vue moral pour s'étendre à des phénomènes d'ordre physique, comme la figure et la couleur? : elle tend à devenir universelle, c’est-à-dire purement scientilique. De plus, l'on y constate déjà l'indication du procédé ex hypothesi*, auquel Platon reviendra plus tard à diverses reprises. IL y a là un sens de la réalité, une mesure dans l'affirmation, une vigueur de pensée et une ampleur de vues que l’on chercherait en vain dans les premiers dialogues du disciple de Socrate.
Le Ménon est postérieur au Protagoras. Dans l’un et
l'autre dialogues, c’est la même question qui se pose et
de la même manière : il s'agit de savoir si la vertu est en-
seignable; et, pour le savoir, il faut chercher d’abord ce