‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 119 sur 168 · LES VERTUS PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

LES VERTUS PARTICULIÈRES

« C'est cette idée juste et légitime de ce qui est à craindre et de ce qui ne Test pas, que rien ne peut etîacer que j'appelle force, distincte du courage brutal et féroce. L'homme mérite le nom de fort lorsque son courage, incapable d'être ébranlé par le plaisir et par la peine, craint ou méprise les dangers que la raison lui ordonne de craindre ou de mépriser. » {Lois, I, 37.)

Le courage, avant tout, consiste à savoir se vaincre soimême. Par rapport à chaque individu, la première et la plus excellente des victoires est celle qu'on remporte sur soimême ^; comme aussi de toutes les défaites la plus honteuse et la plus funeste, est d'être vaincu par soi-même ; ce qui suppose clairement que chacun de nous éprouve une guerre intestine {Lois, VI}.

Sur le courage comme sur chaque vertu particulière, il y aurait à relever bien d'autres maximes dans le même sens comme celle-ci [Protagoras, Lâchés, etc.) : La lâcheté et le courage se montrent surtout dans la lutte contre le plaisir et la douleur. Celui qui succombe à la douleur ou qui se laisse vaincre par le plaisir est inférieur à lui-même.

S** La tempérance , a-or^poo-uvri, est la vertu relative à la troisième partie de l'àme, celle qui renferme les passions et les désirs sensibles. Ceux-ci, impatients du frein, déréglés, opposés à la règle, ont besoin d'être contenus, tempérés, modérés. Platon la définit ainsi {Rép., IV, 430) : « La tempérance n'est autre chose qu'un certain ordre, un frein qu'on met à ses désirs. De là vient cette expression : maître de soi-même^ et quelques autres semblables qui sont, pour ainsi dire, autant de traces de cette vertu. »

C'est aussi TsyxpàTS'.a qui joue un grand rôle dans Socrate {P/iil. anc, 146). Ce qui a été dit du courage peut également lui être appliqué.

« L'homme alors qui contient ses passions est maître de lui, autrement il est esclave, et c'est la pire des servitudes. »

Si on laisse de côté ce qui est du libre arbitre {supm), ou ne peut s'empêcher de reconnaître la profondeur de vérité que

i. To v'.xàv a-jTov a-jTov Ttâdcov vtxû)V TrpwTr, -£ xal àpto-Tr,. (F, 626.")

recèle la doctrine de Platon sur chacun de ces points de la nature morale de l'homme.

(( Cette expression, maître de soi-même, prise à la lettre, n'est-elle pas ridicule? Car le même homme ne serait-il pas alors maître et esclave de lui-même, puisque ces sortes d'expressions se rapportent à la même personne? Sans doute. Yoici donc en quel sens on doit la prendre. Il y a dans l'âme de l'homme deux parties, l'une supérieure, l'autre inférieure. Quand la partie supérieure commande à l'autre^ on dit d'tin homme qu'il est maître de lui-même, et c'est un éloge. Mais quand par le défaut d'éducation, ou par quelque mauvaise habitude, la partie inférieure prend l'empire sur la supérieure, on dit de cet homme qu'il est déréglé dans ses désirs, et esclave de lui-même. Ce qui est un terme de blâme et de mépris. Cette explication me paraît juste. » {Rép., YI.)

4° Et la justice, oixaioTuvr,, cette quatrième vertu, qu'on s'étonne d'abord de trouver dans la morale individuelle, qu est-elle? et que fait-elle? Pour lacomprendre, il faut savoir (ce qui est le caractère essentiel de toute l'éthique platonicienne) que l'individu et la société civile sont en tout et partout assimilés, toio-jto-j; avopac; xal Tro).^',; {Rép., IV, 443), on peut dire identifiés. Aussi, Platon n'a qu'un mot pour désigner l'homme juste et la cité juste : o'.xa-lov àvpoa xa-, ttôaiv {Rép., 444). L'individu pris en lui-même est déjà une société, l'image et le type de la grande société. Les éléments essentiels dont sa nature se compose sont les mêmes que ceux qui en sont les membres. La justice, dès lors, qui est la vertu sociale, a pour but et pour fonction d'établir dans l'homme ce qui est la fin de toute société, l'ordre, l'harmonie, cpaîa xal o-upicpwv'la [Rép., IV, 443.)

Elle met aussi la paix dans l'âme. C'est la vertu de l'unité qui fait que chacune des forces, accomplissant sa fonction, n'empiète pas sur les autres. Ce qui les rend ennemies, c'est qu'elles sortent de leurs limites naturelles. Elle met l'unité dans la diversité, empêche que ces parties ne s'opposent et se combattent, et que le désordre ne s'y établisse, que l'homme ne soit en guerre avec lui-même. L'homme juste sera donc avant tout celui qui est en paix avec lui-même, dont l'âme

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