LES VERTUS PARTICULIÈRES
est bien réglée et ordonnée; dont chaque faculté, restant à sa place, accomplit sa fonction à son rang, selon sa nature en rapport avec les autres facultés- Le mot dont Platon se sert a un sens général et propre.
Il l'emploie tantôt dans le sens de la vertu en général. L'homme juste, c'est l'homme vertueux et bon, àyàrjo; àv7,p, à la fois sage, courageux, tempérant et juste. Au sens propre, il désigne une vertu spéciale. Celle-ci ne répond à aucune partie de l'âme; mais elle s'applique à l'ensemble. Elle est la vertu de Tordre qui règle et mesure, de v£ato, vo|jlo;. Elle étabht la juste proportion, l'harmonie en tout, dans l'àme comme dans l'Etat, où alors elle est appelée à maintenir Tordre entre les individus, les classes, etc.
Ici, en ce qui est de l'individu, Platon s'explique très nettement. « Souvenons-nous donc que chacun de nous sera juste, qu'il sera dans Tordre, lorsqu'il fera au dedans de lui-même ce qui convient à sa nature. N'appartient-il pas à la raison de commander puisque c'est en elle que réside la prudence et qu'elle a l'inspection sur toute l'âme? Et n'est-ce pas au courage d'obéir et de la seconder? » {Rép., IV, 443.)
Quant à la justice sociale, elle joue le même rôle dans TÉtat que dans l'individu. Platon qui ne les sépare pas lui assigne la même fonction (infra). IJinjiistice dans l'un et l'autre cas produit les mêmes effets. Ici il suffit de le constater; la justice comme vertu individuelle c'est la vertu de Voi'dre qui entretient entre les parties de l'âme l'harmonie, les empêche d'empiéter les unes sur les autres, maintient leur subordination respective. L'injustice est son contraire.
« Peut-elle être autre chose qu'une sédition entre les trois parties de Tâme, qui se portent à ce qui n'est point leur destination, en usurpant l'emploi d'autrui, qu'un soulèvement d'une partie contre le tout? Par la même raison produire la justice c'est établir entre les parties de Tâme la subordination que la nature a voulu y mettre. » [Rép.^ IV, V.)
Tout ce que Platon dira de la justice sociale sera dans le même sens. \J injustice conçue d'après la même idée porte partout le trouble dans Tâme, comme Taccord rend l'homme heureux; elle détruit la santé dans Tâme et dans le corps.
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C'est ainsi qu'il faut concevoir l'injustice à l'égard des autres. Ne se trouve-t-elle que dans un seul individu, elle produira les mêmes effets. Elle le mettra d'abord dans l'impossibilité d'agir par les séditions qu'elle excitera dans son âme et par l'opposition continuelle où il sera avec lui-même. Ensuite il sera son propre ennemi et celui de tous les justes. Il sera l'ennemi des dieux, car les dieux eux-mêmes sont justes [ibicL).
La justice rend à chacun ce qui lui est dû. Ce n'est pas assez de ne pas nuire à autrui. Elle empêche de nuire à qui que ce soit, môme à ses ennemis [Rép., Y). Sa maxime est : « jamais le mal ni comme but ni comme moyen, ne pas rendre le mal pour le mal. » {Rép.^ I; cf. Criton.) La maxime contraire : qu'il faut faire le plus de mal possible à ses ennemis, est fausse. — Par ces belles maximes Platon se trouve ici d'accord avec Socrate, de même que pour dénoncer tous les maux qu'entraîne l'injustice à sa suite.
IL Des devoirs de la vie. — Platon n'est pas seulement grand moraliste pour avoir, avec sa supériorité, posé les bases de la moralité humaine; ses écrits abondent en règles, en préceptes et en maximes applicables à toutes les situations de la vie soit privée, soit sociale. Cette partie de sa doctrine qui échappe à l'analyse, ne peut être ici qu'indiquée en quelques points encore généraux qui offrent le plus d'intérêt. Le principal est relatif aux devoirs de la vie. Le préambule des Lois (IV et Y) en offre un abrégé qui peut être considéré comme un antécédent de cette partie de la morale ancienne.
Les devoirs y sont exposés dans l'ordre suivant : 1" devoirs envers les dieux ^ et envers les pare7its\ 2** devoirs envers Yâme et envers le corps \ 3° devoirs relatifs aux biens temporels^ ce qui répond à l'utile dans son rapport avec l'honnête.
1" Platon distingue d'abord deux ordres de biens qu'il appelle les biens humains et les biens divins : oi-)và oà àvaOx ètti-v Ta [jLÈv àvOpcÔTiiva zk oï Osïa. Au premier rang sont les devoirs religieux. Le plus général, qui comprend tous les autres, est celui de s'efforcer de se rendre semblable à la divinité. (Théctète, 176, B; y^y;., YI, 500; rimée, di)\Rcp., VI, 50.)G'est ainsi