LES DEVOIRS DE LA VIE
qu'on l'honore véritablement, qu'on obtient la faveur de son amitié, d'après ce principe que le semblable plaît au semblable. Or quel est l'attribut essentiel de la divinité? C'est la sagesse et la modération. L'attribut divin par excellence, c'est la mesure, la règle, la proportion, l'ordre reflet du bien ou de l'idée suprême. Ceci est tout à fait platonicien.
« Tout homme sage pensera (ju'il faut marcher à la suite de la divinité. L'homme modeste dans ses désirs est Tami de dieu, 6 [xàv crcocppojv Gso) ^.^'ùsj:,. L'homme déréglé est l'opposé {ibkl.). La pureté du cœur est aussi exigée comme première condition de l'hommage que l'homme doit rendre à la divinité. A la suite de ces maximes morales, ce qui est relatif aux pratiques du culte, auxquelles Platon se conforme selon les usages, a moins d'importance.
Comme une sorte d'appendice de la piété envers les dieux vient immédiatement dans cette catégorie Va piété filiale : les devoirs envers les parents, auxquels Platon attribue un caractère presque religieux.
« Les parents, ce sont comme des statues vivantes de la divinité, des images des dieux au foyer domestique. » Aussi les prières des parents pour leurs enfants, leurs bénédictions et leurs malédictions ont une efficacité particulière. Ces devoirs sont motivés par les dettes des enfants envers leurs parents, par la naissance, Péducation, les soins et les peines (Cf. Xénoph., Mém.), les travaux que leur enfance a coûtés. Suivent les préceptes de redoubler d'attention à mesure que l'âge et les intlrmités rendent ces soins plus nécessaires, le respect dû aux parents pendant leur vie, etc. Des punitions sévères sont portées contre ceux qui y manquent. Un tribunal est constitué pour juger les fautes ou infractions.
En lisant ce passage, on se demande comment Platon a fait si bon marché de la famille dans sa République. Ceci est tiré, il est vrai, des Lois^ l'œuvre de sa vieillesse où ses idées se sont modifiées. Les autres devoirs de la famille, laissés à régler par les législateurs, ne sont pas moins à remarquer : le mariage déclaré saint, le célibat flétri quand il n'est pas nécessaire, le devoir imposé à tout homme de se marier non seulement comme citoyen, mais comme homme, d'avoir des
enfants et cela afin de concourir à réaliser, autant que possible, l'immortalité terrestre. Rien de plus sage que les conseils sur le choix des époux devant être assortis d'après les humeurs et les caractères, le devoir de ne pas rechercher la fortune, mais plutôt l'égalité. Les humeurs doivent se mêler. La vertu est dans les unions où entrent la proportion et l'égalité, etc. {ibid.).
2° En seconde ligne viennent les devoirs de Ihomme envers lui-même : envers Vdme d'abord, le corps ensuite. L'âme a la première place dans notre estime après les dieux. De tous les biens après les dieux elle est le plus divin; elle mérite qu'on l'honore. La manière de Thonorer c'est de la rendre meilleure. On lui nuit et on la déshonore par la lâcheté, quand on croit que la vie est le plus grand des biens, par la préférence accordée au corps sur la vertu, l'amour des richesses, etc. Car c'est vendre pour un peu d'or ce que l'âme a de plus estimable et de plus précieux. Tout l'or qui est sur la terre ne mérite pas d'être mis en balance avec la vertu. Le vrai honneur de l'homme est donc de suivre ce qu'il y a de meilleur en nous et de donner toute la perfection possible à ce qui est moins bon, mais susceptible d'amendement.
3° L'ordre naturel assigne la troisième place au corps. On doit discerner les honneurs qui lui sont propres. « Ce n'est ni la beauté, ni la force, ni la vitesse, ni la taille avantageuse; ce n'est pas même la santé qui font le mérite du corps, mais un juste tempérament, to jjlstoov Tàq».;, de ces choses (Cf. liép., IX). Pourquoi? Gela est plus sur et plus propre à nous inspirer la modération. Ailleurs [Rép., XI) la subordination du corps à l'âme et le juste équilibre qui doit exister entre eux sera pris pour base de la vraie éducation [Rép. VI; voyez infrd).
Ce qui est dit des biens temporels^ de l'utilité de ces biens, de leur usage, etc., quoique rien de neuf et qui ne soit d'une sagesse ordinaire ne s'y trouve, mérite aussi l'attention. C'est toujours la même idée de modération qui inspire le moraliste, moins sévère que dans la République. Pour Platon la possession de l'or et de l'argent, les richesses excessives sont les sources des inimitiés entre les hommes. « Que personne n'amasse des trésors pour soi et pour ses enfants en vue d'un