‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 122 sur 168 · LES DEVOIRS DE LA VIE · texte numérisé non relu

LES DEVOIRS DE LA VIE

riche héritage; mais c'est un grand fonds de pudeur qu'il faut laisser à ses enfants. »

Mais l'âme, le soin de son âme, le gouvernement intérieur de cet être composé, quoique simple, que chacun de nous porte en lui-môme et qui est lui-même, telle est la pensée constante à laquelle revient sans cesse le moraliste. Que de préceptes, de sages conseils, dans ses écrits, ont pour objet ce point fondamental de la morale platonicienne, ultra-spiritualiste, si l'on veut, mais non moins admirable! Qu'il suffise de rappeler ici le passage de la République (liv. IX), où Platon résume en ces mots ce que l'homme sensé doit faire pour se bien conduire :

« D'abord il estimera par-dessus tout et cultivera les sciences propres à perfectionner son âme. Il méprisera toutes celles qui ne produiraient pas le même effet. — Ensuite, il prendra un soin modéré de son corps, non pas dans le dessein de lui procurer la jouissance des plaisirs, ni de passer sa vie dans l'intempérance. Il ne recherchera pas même la santé du corps pour elle-même. Il se mettra peu en peine de la force, de la beauté, si tous ces avantages ne doivent pas être suivis de la tempérance ; en un mot, il n'entretiendra une parfaite harmonie entre les parties de son corps, qu'autant qu'elle pourra servir à maintenir l'accord qui doit régner dans son âme.

« Il n'admettra pas cette conspiration, ce concert de la multitude insensée à accumuler trésors sur trésors; il ne se laissera point éblouir par l'idée de félicité qu'elle y attache et n'augmentera pas ses richesses à l'infini pour accroître ses maux dans la même proportion. — Mais jetant les yeux sans cesse sur le gouvernement de son âme, attentif à empêcher que l'opulence d'une part, de l'autre l'indigence n'en dérangent les ressorts, il s'étudiera à conserver toujours le même plan de conduite dans les acquisitions et les dépenses qu'il pourra faire. — Suivant toujours les mêmes principes, dans la poursuite des honneurs, il ambitionnera, goûtera même avec plaisir ceux qu'il croira pouvoir le rendre meilleur et fuira en public comme en particulier ceux qui pourraient altérer l'ordre qui règne dans son âme. » (Rép.^ IX.)

Si Ton voulait donner une idée plus complète de cette partie de la morale de Platon que contiennent ses écrits, il faudrait passer en revue ses opinions sur un grand nombre de sujets qui sont, il est vrai, mêlés à la politique, à la législation, à lVV/2/cation, mais qui ne sont pas moins avant tout du ressort de la morale et intéressent le moraliste. 11 y aurait à le comparer à son maître Socrate, surtout à son grand disciple Aristote, si riche en tout ce qui est de faits d'expérience morale.

On ne peut ici qu'indiquer quelques endroits de cette comparaison :

De Tamour-propre ou de l'amour de soi {Lois^ VIII);

De l'amitié {Lysis);

La justice envers les ennemis (Rép., I);

De la véracité et du mensonge (Hippias minor) ;

De la femme {Rép., Lois^ VIII);

Des étrangers [Lois\ Rép.^ Y);

Des esclaves (voy. infra)\

Le travail manuel et les arts mécaniques (infra).

III. Le complément de la morale platonicienne. — Deux côtés ont été, dès le début, signalés dans la morale platonicienne : l** l'un tourné vers l'action, le véritable; 2*^ l'autre où se révèle la tendance plus ou moins contemplative ou mystique, laquelle, pour être moins fortement accusée, n*est pas moins réelle et en conformité avec le système.

En terminant cet exposé, on doit essayer de les mettre d'accord, s'il est possible. Cela peut être, selon nous, pourvu qu'on s'abstienne de trop préciser, et dans une certaine mesure. Réunis, ces deux côtés formeront ainsi la doctrine entière.

Le premier en effet suppose que l'homme est né, on l'a dit, pour agir, que l'activité même est l'essence de l'être humain, de l'âme qu'elle sert à définir. A cette activité, on l'a vu encore, un buta été donné vers lequel elle doit tendre sans cesse, qu'elle doit s*eiïorcer d'atteindre. La science morale le lui montre.

Elle lui enseigne comment il doit se comporter dans les situations principales où sa vie s'écoule; lui apprend à distinguer les vrais et les faux biens, lui trace ses devoirs, etc. Elle abonde en préceptes de sagesse pratique, décrit les vertus

Page 1