‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 123 sur 168 · COMPLÉMENT DE LA MOHALE PLATONICIENNE · texte numérisé non relu

COMPLÉMENT DE LA MOHALE PLATONICIENNE

et les vices, etc. Elle traite de nouveau toutes ces questions queSocrate et auparavant les Sophistes avaient déjà soulevées et débattues.

A côté de cette morale, continuation de la morale socratique, apparaît l'autre (surtout dans les grands dialogues), incidemment traitée, il est vrai, ou à de rares intervalles, mais toutefois bien caractérisée. Plus métaphysique, elle rappelle à l'homme qu'il est avant tout une àme, bien qu'elle soit unie à un corps; que le but suprême de sa vie est phu'é ailleurs que dans le monde visible , que son existence actuelle est en rapport avec une autre et passée et future. Placée aux confins de la spéculation, cette tendance ou manière de philosopher, plus ou moins mystique, est donnée comme un mouvement naturel de Pâme, son aspiration finale, le besoin d'un retour au principe d'où elle est sortie. La forme symbolique et mystique est employée pour exprimer ce que la raison ici a peine à concevoir. On la retrouve partout dans les principaux dialogues, le Pfiédon, le Phèdre, le Banquet^ la République el les Lois. Métaphysiquement ou théoriquement, que les deux côtés puissent s'accorder, on le prouve sans doute assez facilement. Platon ne paraît pas en contradiction avec lui-même et Pexplication est assez plausible.

S'il est vrai en effet que Vidée est la vraie réalité, que la matière est le non-étre^ le simple reff et, qui la voile et empêche sa pure manifestation, si, d'autre part, l'àme, dans sa véritable essence, est esprit pur, servant à manifester l'idée et à la déterminer, la morale, à ce point de vue, sera plutôt quelque chose de négatif, inspirant à l'homme le dégoût de l'action et l'invitant à s'y soustraire. Le but le plus élevé sera le retrait de la vie sensible, y wpf.a-jjioç 'i^'^yr,; aTio o-wj^aTo;, le détachement des choses d'ici-bas, le retour à la pure contemplation de l'idée. C'est en apparence le sens des passages du Banquet, du Phèdre^ du Pliédon et de la République, etc., qui mainte fois ont été signalés.

Le langage de Platon y est celui de tous les mystiques, ol 'j',loa-o'iiO'jvT£; aTzoBvr.o-xs'.v |jL£A£To)Tav. Les Alexandrins (Plotin) s'en sont prévalus. Les auteurs chrétiens plus d'une fois Pont reproduit (saint Augustin).

Mais, d'autre part, si l'on considère que l'idée est le principe de toute manifestation sensible, qu'elle est la cause de tout bien dans le monde réel, cet aspect positif apparaissant à son tour produit une tendance non moins légitime, celle où l'idée entre dans la vie humaine qui en devient la représentation.

A côté de la connaissance pure, de l'idée pure, s'adjoint celle de l'activité harmonique qui la développe et la réalise. Cette idée de l'harmonie a été partout conçue, appliquée, réalisée. La satisfaction qui en résulte sera le vrai bonheur.

L'amour du bien et du beau, le désir d'union et de possession ne peuvent manquer de s'y trouver. Cette satisfaction intime sera comptée comme un des éléments du souverain bien {ibid. Cf. Teichmiiller, Zeller, Fouillée.)

L'explication est-elle suffisante? Il ne suffit pas de dire que dans Platon les deux directions se trouvent, qu'elles ne sont pas assez fortement accusées pour s'exclure. L'une des deux tendances est dans les passages où la solution aux plus hauts problèmes de la vie est cherchée dans la fuite du monde sensible; l'autre là où le bien et le beau sensibles sont donnés comme des objets dignes d'amour, là où l'activité déployée est conforme à l'ordre et à l'harmonie; il y a plus, là où la jouissance sensible quoique pure elle-même est comptée parmi les parties intégrantes du souverain bien (voir Pfiilèbe).

Reste toujours à savoir pourquoi Platon a su garder cette mesure, ce qui n'est pas chez ses successeurs ou disciples. D'ailleurs est-il vrai qui l'ait lui-même toujours observée? C'est un problème qui ne peut être ici approfondi.

On aura beau dire qu'il faut faire la part du génie grec ennemi des extrêmes et aussi celle de l'influence socratique. Platon n'en est pas moins lui-même. Sa tendance au suprasensible est évidente; un esprit sévère comme Aristote saura bien le dire, y trouvera matière à ses critiques.

Des passag(is comme ceux-ci (Platon, Enn.) ont ici leur intérêt : « C'est pounjuoi nous devons fuir au plus vite de ce séjour d'ici-bas dans l'autre : yor, svOàos èxsits '^js-jyELv ot». Tày iTTa. » Le correctif, il est vrai, est à côté où l'activité repa-

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