‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 125 sur 168 · LES BASES DE LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

LES BASES DE LA POLITIQUE

I. Caractère général de cette partie de la philosophie de Platon. — Son importance et sa place dans le système. — Méthode et division. — H. Les bases de la politique platonicienne : 1° le but moral assigné à la politique; 2° rÉtat assimilé à l'individu; les corollaires de ces deux principes; 3" l'idée de la justice sociale. Sa définition prise dans l'individu transportée à rÉtat. — III. L'idée de la politique. — La politique comme science. — Les philosophes seuls la possèdent. — La politique comme art : son objet, ses rapports avec la dialectique et la morale, avec la physique. — IV. Les idées fondamentales : idée de la société civile et du gouvernement, de la souveraineté, du rapport des gouvernants et des gouvernés. — Le bonheur dans l'État, la liberté, etc.

I. Bien que Platon se soit, toute sa vie, tenu à Técart des affaires publiques, le problème social ne fut pas moins une préoccupation constante de son esprit, un sujet habituel de ses méditations. L'idée d'une réforme à opérer, sinon à Athènes et à Sparte qu'il ne croyait pas capables de se relever de leur chute, dans d'autres cités du monde grec où il avait des relations, fut un des plus familiers de ses rêves (voy. supra). Plusieurs des événements de sa vie, ses voyages en Sicile en sont la preuve.

Les Lois, ouvrage de sa vieillesse, achèvent sa longue carrière. On dit qu'il mourut en corrigeant le début de sa République. Sans parler des sophistes que, sur ce terrain, partout il rencontrait et avait à combattre, ceux de ses prédécesseurs

qu'il estime et admire le plus, Pythagore et ses disciples, les Eléates, Parménide et Zenon lui avaient montré l'exemple. Socrate lui-même, s'il s'abstient de prendre part à la vie publique, est loin de se désintéresser des hautes questions qui y sont engagées. Sa réforme, en apparence toute morale, atteint l'ordre social tout entier dans sa base et ses institutions {Phîl. anc.^ 172). 11 en est de même de ses disciples, de Xénophon, d'Antisthène et des Cyniques {ibid., 190, 215).

Tous attaquent la société présente et en méditent une nouvelle. Chacune des sectes qu'a fait naître ce mouvement de la pensée philosophique, a son point de vue et selon son esprit particulier, se propose, parla réforme de l'individu, de refaire la société elle-même, d'en changer les éléments, la famille, la constitution, les lois (ihid.).

Cette partie de l'œuvre de Platon, qui, plus que toute autre, lui a valu la réputation d'esprit chimérique, n'est pas, autant qu'on le croit, de pure utopie. Elle a pour nous d'ailleurs un haut intérêt à la fois théorique et historique. La place considérable qu'elle occupe dans les écrits du philosophe, atteste l'importance que lui-même y attache et qu'elle a en effet dans tout son système. Sans parler du Politique, peu authentique, et qui n'est d'ailleurs qu'un essai et une ébauche, mais qui contient déjà la pensée générale, les deux grands dialogues, la République et les Lois, lui sont spécialement consacrés. Si des sujets de l'ordre spéculatif le plus élevé y sont compris, c'est à propos et en vue de la science sociale qu'ils y sont exposés ou rappelés. Le Gorgias, qui traite de la rhétorique, ne montre pas plus séparés l'art de la parole et l'art de gouverner, qu'ils ne le sont chez Aristote qui fait de la rhétorique « un rejeton de la politique » {Rhêt., I). Dans le Criton, le discours que Platon met dans la bouche des Lois, cette belle prosopopée, n'est pas un simple morceau d'éloquence morale ou judiciaire.

D'autres dialogues, de l'ordre plus ou moins spéculatif ou pratiijue, le Timce, le Protagoras, le Sophiste^ le Phèdre, V Apologie, etc., offrent des jugements et des vues, sur divers points de la science sociale, qui confirment ou complùlentce qui ailleurs a trait plus directement à cet ordre d'idées. Si l'on

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