‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 126 sur 168 · CARACTÈRE GÉNÉRAL ET MÉTHODE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE GÉNÉRAL ET MÉTHODE

ajoute ce qui égalemenl en d'autres écrits dont la critique rejette Tauthenticité, mais conçus dans le même esprit, le CritiaSi le Ménexèiie, VEpinomis^ etc. , est destiné à éclaircir ou à développer la pensée du maître : le tout forme un ensemble aussi complet et régulier qu'on peut l'attendre d'un théoricien philosophe en ces matières.

On a beaucoup exagéré d'ailleurs ce caractère de la politique de Platon qui en fait une pure création de sa pensée. C'est en méconnaître le rôle à la fois historique et théorique.

L'auteur de la République et des Lois n'est pas simplement le rêveur spéculatif que l'on s'imagine, dont les conceptions, tout à fait en dehors du réel, n'ont aucun ou n'ont qu'un faible rapport avec ce que l'histoire ancienne nous montre de la réalité qu'il avait sous les yeux ou même avec l'expérience que l'on croit lui avoir été tout à fait étrangère. La lecture la plus superficielle de ses écrits fait revenir de ce préjugé quiconque a la moindre notion du passé et du présent de ces républiques, de leurs institutions, de leurs lois et de leurs usages, môme de ceux des pays plus lointains ou plus reculés par leur antiquité, qu'il connaissait très bien, pour les avoir parcourus et étudiés, et pour lesquels lui-même est un si précieux trésor à consulter.

Et ce n'est pas seulement des Lois qu'il s'agit, où son idéal plus rapproché du réel lui fait apprécier longuement (liv. I, II, IV, les institutions de Sparte, d'Athènes, de la Crète, etc., mais delà République elle-même quoique purement idéale; où il retrace l'histoire et la filiation des gouvernements difTérents du sien, et dont il a esquissé le modèle (liv. YIII, IX).

L'expérience, elle aussi, a sa part comme ailleurs dans cette partie de son (jeuvre. On a tort de croire qu'il ne la consulte pas, qu'il la délaisse et la dédaigne, mais il la subordonne à la raison; c'est à celle-ci surtout qu'il s'adresse. Elle marque le but et préside au choix des moyens; elle gouverne et dirige l'ensemble. Il est certain que la politique de Platon est plus spéculative que pratique. C'est tout l'esprit du système. L'expérience toutefois y est mise à contribution; mais son rôle est secondaire.

La raison est toujours la première; elle domine en souveraine. Elle pose les principes et surveille les conséquences; elle résout les problèmes difficiles et décide dans les cas particuliers; elle fournit la règle qui permet de juger ce qui est faux ou contraire; la critique lui appartient. Elle inspire les règlements, etc. Il existe une loi supérieure pour tout Etat comme pour chaque homme en particulier : o-jx 'jt.zo evn; àAV'j-£p Ta-JT/,; oAr,s {Rép.^ IV). Cette loi, qui est l'idée de la justice absolue émanée de la raison, détermine ce qui est bon et juste en soi, absolument pour les sociétés comme pour les individus qui en sont les membres. La science politique en est la réalisation. Quant à l'expérience, elle fournit des matériaux et donne des conseils de sagesse pratique qu'on aurait tort de mépriser et qu'il est bon de suivre tout en les appréciant. Mais il faut savoir s'élever au-dessus d'elle, la juger elle-même, la réformer, souvent la condamner; car on doit placer au-dessus du réel Tidéal que la raison conçoit, et que lui propose l'idée supérieure, celle du bien absolu, qui doit être réalisée dans la mesure du possible, xocrà ouvaTov.

Vers cet idéal doit tendre sans cesse l'être humain doué de raison, éclairé parle flambeau des idées.

Qui oserait dire que le publiciste philosophe a tout à fait tort en cela et que sa maxime est fausse, parce qu'il ne Ta pas ou l'a mal souvent lui-même appliquée?

Sur ce terrain, celui de la politique ^ la comparaison avec Aristote a toujours nui à Platon et accru sa réputation d'esprit chimérique, comme ne sortant pas de la sphère de l'idéal. Mais, si Aristote, esprit plus positif et plus pratique, se tient plus près du réel, s'il accorde beaucoup plus de place aux leçons de l'histoire ou de l'expérience, ce serait tout à fait se tromper que de croire que lui-même en tout s'y conforme et se laisse uniquement guider par elle. La comparaison des deux esprits fait ressortir les difî'érences, mais aussi laisse subsister les ressemblances, ici comme partout nombreuses et importantes. Aristote, lui aussi, a son idéal de républifjue parfaite, sa cité idéale et que longuement il décrit {Polit., liv. IV, V). Elle est loin de ressembler à la réalité qu'il avait sous les yeux, du passé comme du présent des républiques

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