IDÉE DE LA POLITIQUE
tinct du monde physique s'y rattache et en dépend. Il en subit les influences [Timéé).
Quant à Thomme pris en lui-même, dans sa nature à la fois physique et morale et dans ses facultés, le rapport a été dit; c'est lui qui doit fournir le modèle et le plan de la société civile.
L'idée que Platon se fait de la politique et de l'homme d'Etat qui doit la représenter est exposée et définie dans le dialogue (authentique ou non) intitulé la Politique qui, s'il n'est de Platon, est tout à fait platonicien. Il s'agit de définir le politique, ou l'homme d'Etat, appelé le roi, le souverain *; mais qui peut être aussi bien plusieurs qu'un seul, une assemblée, etc.
La science politique se définira : la science de commander aux hommes en société sous la loi de la raison et de les maintenir en communauté par la loi morale. Elle doit les accorder, entretenir entre eux la concorde par un lien divin, OsCw oio-ijLcô (309, G), ou harmonique, harmoniser les caractères et les volontés {iùicL). Pour cela, il faut savoir allier les opposés, la force et la douceur, dans une juste proportion. La proportion, la mesure, c'est en cela que consiste la justice. Celui qui la connaît doit aussi l'appliquer, en faire la règle suprême comme le but de toutes les institutions. Elle doit présider à tous les règlements et descendre jusqu'aux plus petits détails de la vie publique, de l'administration comme du gouvernement.
La politique est une science; elle est aussi un art, l'art politique, l'art royal, [icL^Ckw-ri ^iyyr\ {Polit., 311). D'autre part, elle est classée parmi les arts moins sérieux qui ont pour objet le beau. L'inspiration y est nécessaire; l'œuvre du politique à ce titre sera une œuvre dart. La Muse y préside, la Muse royale, [iaTiX'.xr, jjlo-jtt, [Polit. ^ 309). Ce sera un véritable drame, wt-îo opàijia [Lois^ II), la plus belle des œuvres, le plus beau drame, le drame de la vie la plus belle, opà;jLa to-j xaAA'lo-- TO'j ê'io'j [Lois^ II).
La politique est encore assimilée à d'autres arts, à la iiavigalion surtout et à la médecine. L'homme d'Etat doit diriger
1. Le titre ajouté de la royauté est peu exact. 11 ne s'agit pas plus du monarque que du souverain en général.
la société à travers les dangers qui la menacent sur une mer orageuse semée d'écueils. Comme Taslronome, il doit connaître le ciel et les astres {les idées) qui peuvent servir à le guider. De même, comme le médecin qui a étudié le corps humain, il est préparé à connaître ce qui convient au corps social, les conditions, pour lui, de la santé et de la maladie, les moyens propres à entretenir la santé, à rétablir l'équilibre de ses forces et à le guérir. Ces comparaisons reviennent sans cesse dans les écrits du philosophe.
La méthode à la fois rationnelle et empirique a été indiquée ainsi que le rapport entre les deux procédés qui la constituent {supra).
Le but est aussi connu. Ce but, qu'il est bon ici de rappeler, c'est le but moral, l'idéal de la vertu pour l'homme et pour le citoyen. La vertu du citoyen est aussi celle de l'Etat, le bien à la fois pour l'ensemble et pour les individus, to xoivôv xal TO 'i5iov. Former les hommes à la vertu, de mauvais les rendre bons ou meilleurs, ce qui seul peut rendre la cité juste elle-même : sx yslocovo; êîATÛo -o'.o'jct!. opfjy.v -oa^v [Polit.), voilà ce qui fait la vraie République.
Ce sera le but, l'objet que se proposera le législateur aussi bien que l'homme d'Etat. lien sera de môme de l'orateur, de l'éducateur, de l'artiste et du poète [voY-Gorgiasy Rép., Polit. , Lois).
lY. — Pour achever ce qui est de la politique en général et des idées qui en sont la base, ce qui a trait à la souveraineté doit être indiqué.
Le but suprême étant la loi inorale ^ il s'ensuit que Platon la considère comme Vàpuissance souveraine et législatrice dans l'État. C'est en cela qu'il fait consister la valeur de toutes les institutions, des règlements, dispositions dans l'Etat, de leur conformité avec elle. Enfin il en résulte que l'Etat doit être considéré comme une personne morale\ obéir à la loi oblige chaque homme en particulier : la base est toujours la morale.
Les philosophes possèdent cette science du souverain bien ou du but suprême auquel tout soit se rapporter. Le droit de commander leur est dévolu [Polit.). Eux seuls, on Ta dit, sont en état de connaître la règle suprême, de distinguer le