‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 130 sur 168 · LE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT

Nulle part il ne s'en embarrasse. La seule différence pour lui est celle de la souveraineté légitime et de la tyrannie. Le souverain agit par persuasion (Polît.)] l'autre, le tyran, par violence. Il ne voit pas que la tyrannie elle-même peut s'introduire à chaque instant dans la loi elle-même aussi bien que dans les actes qui l'appliquent. Sa maxime constante est celleci : « On doit contraindre à être heureux ceux-là même qui ne le veulent pas; l'ignorant qui ne sait pas se conduire doit être conduit dans son intérêt et pour son bien, comme le médecin guérit le malade, qu'il le veuille ou non. » [Ibicl.)

Tout cela pour nous, d'une simplicité qui étonne, est affirmé dogmatiquement, sans discussion.

Ce problème, Platon l'a-t-il aperçu? En a-t-il entrevu les dffîcultés?Dans l'impossibilité d'y faire face et de les résoudre, a-t-il jugé à propos de le passer sous silence?

Il répétera sans cesse que la loi seule est souveraine, oso-- TTOT-^iç Twv àpyovTtov {Lois, IV, 704).

Les gouvernants sont esclaves de la loi, o». oi capyô^/'t:; ooGao». to'j vojjlo'j. Là est le salut des Etats, (7(i)Trjpt.a to»,; tzoXb-

Cette distinction qu'il établit entre l'àpyovTa x-y-a y6'j.o\i:; et -apà yoiko'j^ ne résout rien, ne simplifie rien. C'est de l'idéal, non du réel et que le réel contredit sans cesse et remet en question.

On se demande encore si, sur ce point d'une gravité extrême, il n'y a pas contradiction dans les idées du philosophe.

Lui-même {Politique), en effet, déclare que le souverain est au-dessus des lois et qu'il leur est soumis, qu'il doit quelquefois pouvoir les changer ou les modifier, s'il le croit nécessaire. L'antinomie est manifeste. Platon ne peut pas ne pas l'avoir lui-même aperçue. Par la loi qui peut et doit être changée, il entend la loi positive. L'autre c'est la loi naturelle ou rationnelle , seule invariable et absolue, que son maître avait proclamée (Mém.). Le sage qui la connaît, à la fois savant et sage, la respecte et ne peut la violer. Mais l'autre loi, la loi écrite, il peut la changer quand elle n'est pas conforme à la première ou que les circonstances l'exigent. Les lois positives, qui ne le sait? elles sont imparfaites; elles sont

générales, s--, tô -ôaj. Leur généralité même les rend imparfaites. Ici, la loi est boiteuse et aveugle, elle ne saurait tout prévoir.

Si elles sont variables, elles peuvent et doivent être améliorées, corrigées d'après les principes de la science politique.

Gela est vrai, mais laisse subsister le problème. Platon tranche le nœud. On ne voit pas même qu il ait essayé de le résoudre. Il se borne à dire que l'Etat bien gouverné, l'Etat sain, comme le corps en santé, est celui où l'équilibre subsiste, et est maintenu dans l'accomplissement régulier de ses fonctions. L'Etat alors forme un tout harmonique et moral. Autrement divisé, désordonné, il court à sa ruine. — C'est tourner dans un cercle. — Il y a là une antinomie que tout le mécanisme des institutions politiques ne pourra dans la pratique tout à fait lever, et que la science politique seule, sans la prudence, ne sera jamais en état de complètement supprimer.

Platon, le philosophe de l'idéal, théoricien avant tout, ne s'en occupe pas. Il se borne une fois {Polit.) à déclarer la chose difficile, et il Tajourne.

Pour avoir une idée plus complète de la politique platonicienne, dans ce qu'elle a de plus général, on se demande aussi comment Platon entend le bonheur de l'Etat. La réponse pour lui est facile, et le grand moraliste reparaît. V Le bonheur pour PEtat comme pour les individus est et ne peut être que dans la conformité à ce qui est son essence et son but : le bien moral ou la vertu. Les deux notions sont inséparables. Ainsi \di prospérité des Etats ^ il ne faudra pas la chercher ailleurs, ni dans le nombre des citoyens, la puissance extérieure, la grandeur et l'étendue du territoire, les richesses, le bien-être matériel. Le vrai bien est la bonté des mu'urs^ la source première sinon unique des autres biens. Là est la mesure, tout le reste y sera subordonné. — De là ce qui a été dit plus haut de la sévérité extrême de Platon envers les hommes d'Etat, les législateurs, les plus grands politiques de la Grèce, Lycurgue, Périclès.

Quant à la liberté^ cette base essentielle, l'un des deux grands principes de la société civile, telle que nous la concevons, ce second élément qui complique si fort le problème, on

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