‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 132 sur 168 · LA RÉPUBLIQUE OU L ÉTAT PARFAIT · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE OU L ÉTAT PARFAIT

I. Le but que s'est proposé Platon dans sa République. — Sa notion de l'État idéal. — IL Plan et organisation de la cité. — Son type pris dans l'âme humaine et ses facultés. — Division des classes : artisans, guerriers, magistrats. — Leurs fonctions ou attributions. — Principe de l'unité comme constituant la justice, idée fondamentale. — III. Les institutions qui en dérivent : la communauté : 1" communauté des biens; 2" des femmes et des enfants; 3" éducation commune. — L'éducation, institution principale : l'éducation des ^aierriers. — La musique et la gymnastique. — Les arts et la poésie. — Règlements à ce sujet. — Condamnation des poètes (Homère, etc.). — Le gouvernement par les philosophes. — Le choix des magistrats. — Leur éducation. — Les sciences qui doivent y entrer, etc. — IV. Formes de gouvernement différentes de la République : aristocratie, timoeratie, démocratie et tyrannie. — Nature et naissance de chacune d'elles. — V. Appréciation. — La République de Platon n'est pas une pure utopie, mais l'idéal de la cité antique. — En quoi elle en dilîère. — Éléments nouveaux et modernes. — Le vice fondamental.

I. Idée de la « République ». — Gréer par la pensée le modèle de l'Etat parfait, Trapàosiyjjia àvaBr,; 7:ô).£co; (Rép., Y, 472) : tel est le but que Platon s'est proposé en traçant le plan de sa République,

Cette société doit être l'image de la justice parfaite, oua'.oo-jvTiÇ T£).£ia;, de même que l'homme juste la représente en lui-même et nous en offre les traits dans sa personne ou sa nature individuelle. Ce sont deux images semblables de proportions différentes, l'une plus grande (sv tw aîlçovO, l'autre plus petite; toutes deux formées sur le môme modèle (liv. II, 3G8, E).

Cette cité, pour élre parfaite, doit être conçue en dehors

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du réel, de toutes les conditions ordinaires auxquelles l'homme d'Etat, le législateur, est obligé de se soumettre, dont il doit tenir compte, mœurs, traditions, lois existantes, climat, etc., ce qui est indiqué par ces mots : Gréons une cité par la pensée : tco àovo) èz, y^oyr.ç -rouàuicv tJAv/ {ibicL, 369, G).

II. Plan et organisation de la cité. — Le type en est pris dans l'âme humaine. Gelle-ci, une dans son essence, se compose de trois parties : 1" l'âme sensitive, siège des appétits, To £7zi8'j[jL-/i':(.xov; 2° l'âme irascible^ siège des passions nobles et du courage, le Bujjioç ou Q-j^aosios;; S*" l'âme raisonnable^ 'zo loY',c7Tix6v, voO;. Dans l'âme bien ordonnée et gouvernée, la raison commande, le courage obéit, les passions et les appétits sont soumis à la raison, par la force énergique de la volonté. L'Etat sera construit sur ce modèle.

Il y aura trois classes de citoyens : l'' les artisa?îs; 2*" les guerriers; 3"" les magistrats^ répondant aux trois puissances de l'âme. La même hiérarchie y sera observée que dans l'âme bien ordonnée. Les magistrats, en qui réside la raison souveraine, doivent commander, les guerriers leur obéir et faire observer la loi. Les laboureurs et les artisans sont destinés à pourvoir aux besoins matériels de la cité et à la nourrir. Les attributions sont différentes, et le rang inégal; ils n'en sont pas moins tous frères. Ayant la même origine, concourant au même but, le bien de l'Etat, ils sont membres de la même cité. L'accord entre eux sera parfait tant qu'ils ne sortiront pas des limites de la fonction que la loi leur assigne.

Gettô fonction, elle résulte des dispositions que chacun apporte en naissant. La nature, qui distribue diversement ses dons, a mêlé à l'âme des hommes des métaux ditïérents ; elle a mis de l'or chez les uns, de l'argent chez les autres; le cuivre et le fer forment l'âme du plus grand nombre. Les classes seront ainsi fixées pour les individus qui doivent y entrer. Mais on pourra passer d'une classe dans une autre, monter ou descendre selon qu'il a été reconnu que chez quelques-uns les qualités rendent ce changement nécessaire \

\. La manière dont Platon expose l'origine et la formation de sa cité, la nais-

i° Les artisans. — Platon, il faut le dire, s'occupe fort peu de la première classe de citoyens, ce qu'avec raison lui reproche Aristote (Polit., I). Destinés à nourrir l'Etat, et à pourvoir aux besoins de la vie physique, leur rôle est nécessaire, mais inférieur. Il décrit (liv. II) leur vie simple et frugale : heureuse par la tempérance, selon lui, si elle se borne à la satisfaction des besoins les plus naturels. Il leur laisse la propriété, mais sans préciser en quoi elle consiste, ni ce qui la leur garantit; il ne dit pas un mot de leur éducation.

2° Les guerriers forment une seconde classe à part dans l'Etat. Platon les appelle les gardiens de l'Etat (cpjAaxs^) ou ses défenseurs (ÉTilxo'jpoi). Leur rôle ainsi marqué, il ne se préoccupe guère que de leur éducation. Ils doivent obéir aveuglément aux magistrats. Leur genre de vie paraît être analogue à celui des hommes libres dans la société grecque. Ils se livrent principalement aux exercices du corps, mais leur esprit est aussi très cultivé : ils reçoivent une éducation très soignée, supérieure à celle qui était alors (liv. V), et tout à fait libérale. Ils ne possèdent rien en propre et vivent en commun (repas publics, etc.). C'est d'eux qu'est tirée la troisième classe, celle des magistrats ou des gouvernants, qui sont les philosophes.

2° Les magistrats. — Les gouvernants (àpy ovtî;) sont choisis parmi les guerriers. Le gouvernement de l'Etat leur est confié. La vie contemplative leur conviendrait mieux, le soin des affaires publiques est un lourd fardeau : on les forcera de s'en charger. Ils doivent pourvoir au maintien de l'ordre dans l'Etat, travailler à la confection des lois, veiller à ce qu'elles soient observées, faire appliquer les règlements, administrer, juger, etc.

sance de ses trois classes, ne doit pas faire prendre le change sur sa pensée véritable. Il ne faut pas conrondre ici la condition avec la fin, le d«'^biit avec le but. Le but c'est la vie en commun pour la vertu, le perleclionnement moral. Le début c'est de pourvoir aux besoins de la vie matérielle. La cité commence par la classe induslrieile, c'est-à-dire ce qui répond aux besoins physi(|ues. Le tableau de ce f^'enre de vie est séduisant : c'est la cité tempérante et sobre. C'est une sorte d'idylle (11). Celte société ne peut subsister. Le luxe s'y introduit, avec lui la division (jui entendre la j;uerre. D'où la nécessité d'une seconde classe, celle des guerriers, à laquelle s'ajoute la nécessité de gouverner, etc. On doit tenir compte aussi de Idnivre d'art, du mode de sa composition.

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