LA RÉPUBLIQUE, LES INSTITUTIONS
Leur autorité est absolue; ils ne peuvent en abuser, autrement ils ne seraient plus des sages, leur éducation n'aurait pas porté ses fruits. La cité ne serait plus parfaite. Il ne faudrait voir en eux que des Rhéteurs ou des Sophistes. L'ordre dans la cité serait renversé, son nom de cité idéale ne lui conviendrait plus.
III. Les institutions. — Par quels moyens Platon prétend-il réaliser le plan de sa cité et en assurer la durée? par les instïfutioris. Celles-ci doivent surtout vous choquer et provoquer tte justes critiques. Mais il faut se placer d'abord au point de vue du philosophe.
L'idée fondamentale que tout dans l'Etat doit concourir à réaliser, c'est Viciée de justice. Cette idée, telle que les anciens philosophes la conçoivent, n'est pas, on Ta dit, celle que nous nous en faisons nous-mêmes; du moins elle n'en offre qu'une seule face, l'autre est complètement voilée. II ne s'agit nullement de l'observation du droit., d'une puissance souveraine qui règle l'exercice des droits, qui assure à chacun le libre développement de ses facultés personnelles et individuelles. L'idée de Platon, harmonique d'ailleurs avec son système idéahste, est celle de l'unité d'un tout bien ordonné en lui-même, dont toutes les parties doivent concourir au but commun, l'accord parfait des membres d'un tout réglé d'après la loi qui établit et maintient cet accord. La loi, vo|jioç, fait la part de chacun, lui trace ses limites qu'il ne doit ni ne peut franchir. Cette loi, qui pour Platon lui-même a son type dans l'ordre physique, doit s'appliquer aussi à l'ordre moral. Elle ne diffère pas essentiellement de la loi qui régit le monde et le gouverne dans son ensemble et ses parties. L'idée .de liberté, de hbre arbitre et de ce qui en résulte en est absente [supra).
Telle est pour Platon l'idée de justice. Cette idée il l'applique à l'ensemble et à toutes les parties de sa politique.
Elle existera dans l'Etat, si chaque classe de citoyens, si chaque citoyen remplit uniquement la fonction qui lui convient, et cela dans les limites et la juste proportion que la raison lui assigne. Cet ordre, cette unité, est le but que se
propose le législateur ou rhomme d'Etat. De sa présence naîtra le plus grand bien, ib pyio-Tov àvaBov; de son absence le plus grand mal, [Asy^o-Tov xaxov. Que la cité soit une, iji-la, comme l'àme est une. Tout doit y tendre : si; jji'lav o-uv^àTiv.
Telle est l'idée fondamentale de la république de Platon ; tout y est conçu d'après cette idée et en dérive.
Ce qui suit en est le corollaire. Ce qui divise surtout les hommes, c'est \^ propriété ^ c'est que chacun dise le mien et le tien, to £|j.ov xal to oGx £[jlov. Donc, elle doit être proscrite et à la place établie la communauté, xo'lvtov''/, selon la maxime pythagoricienne : « Tout est commun entre amis. » Sur ce principe doit être établie la communauté des biens, celle des femmes et des enfants, xolvcovla twv yjva',X(rjv xaî 7ralôwy,r^'ûfl/-
cation en commun.
Communauté des biens, — La propriété est supprimée. Elle est exclue des deux premières classes ; la troisième classe possède, m.ais Platon ne nous dit pas en quoi cette propriété consiste ni comment à chacun elle est assurée. Arislote le lui reproche [Polit., I) et signale avec raison cette lacune. Les deux autres classes ne possèdent rien en propre, que leur corps, dit-on. Mais c'est trop. Vhabeas corpus amène toutes les autres propriétés.
Il faut que l'Etat se renouvelle. Il ne le peut que par la famille. Platon la supprime. C'est le côté le plus attaqué de sa République. Gomme philosophe, il est conséquent. La famille pour lui est un petit Etat dans l'Etat; elle rompt l'unité; elle y introduit ses affections, ses intérêts, des })assions égoïstes qui la divisent. Platon voit bien que celte théorie révolte le sens commun. « C'est le flot, dit-il, qui va le submerger » (liv. Y). Il ne recule pas, il s'efforce seulement d'atténuer le plus possible l'effet sur l'opinion commune.
hdi femme ^ que sera-t-elle?et quel sera son rôle dans l'Etat? Platon ledit en termes formels (Rép., Y) : « La femme est de même nature que l'homme. Elle a les mêmes facultés, les mêmes talents. La différence des deux sexes n'est qu'un degré du plus ou moins, non en essence II en conclut qu'elle doit remplir les mêmes fonctions dans l'Etat, avoir part aux mêmes emplois que les autres citoyens, recevoir la même