LA RÉPUBLIQUE, LES INSTITUTIONS
éducation, prendre part aux mêmes exercices du corps et de Tesprit. Plus faible, ses forces seront ménagées. Elle ira à la guerre s'il est nécessaire. Elle s'exercera dans les gymnases en public, nue comme les jeunes gens. Sa vertu (il n'est pas dit sa pudeur) lui tiendra lieu de vêtement. » C'est tout ce qu'a trouvé de mieux le grand moraliste, le divin Platon, sur ce sujet qui reparaîtra dans les Lois.
La communauté des femmes^ il n'y a pas à le dissimuler ni aie défendre, elle est admise entièrement en ce qui révolte le plus par l'auteur de la République. Cette communauté d'ailleurs n'est pas Va promiscuité . Les mariages, selon lui, subsistent. Il va jusqu'à dire qu'ils sont saints, entourés de cérémonies religieuses; mais la faculté de donner des citoyens à l'Etat ne peut être livrée au hasard.
Les guerriers seuls et les plus braves sont capables de donner à l'Etat des enfants qui leur ressemblent. — Les magistrats à quarante-cinq ans ont dépassé l'âge et doivent observer le célibat. — Car les unions sont ûiites non en vue du plaisir et de la volupté. Quant à la dernière classe, on ne sait comment elle se recrute.
Sur la communauté des enfants .^ Platon emploie toutes les ressources de son esprit pour masquer le vice monstrueux de cette institution. Il énumère les avantages de cette communauté. Sous ce rapport il n'a rien laissé à dire aux partisans du communisme. Ce sont les enfants de la patrie. Tous le sont de tous. Il va jusqu'à dire que l'affection sera d'autant plus grande qu'elle sera répandue sur un plus grand nombre. Ici , les aberrations du philosophe sont telles qu'elles étonnent même d'un ancien. Aristote a beau jeu ici contre son maître qui, aveuglé par son utopie, méconnaît à ce point l'essence des affections humaines, d'autant plus vives qu'elles sont plus limitées. C'est faire violence aux sentiments et aux instincts les plus sacrés de la nature morale sous prétexte de les agrandir et de les idéaliser. (Voy. Arist., Polit.., II.)
Les enfants ainsi élevés comme dans un bercail sont ensuite répartis dans les diverses classes. Le choix des vocations se fait d'après leurs aptitudes et leurs capacités naturelles. On peut monter d'une classe dans une autre ou en
descendre, etc. — Tout cela, à bon droit, nous choque ou nous révolte. Mais quoi de plus logique? Or la logique est impitoyable. Tout communisme conséquent doit y arriver; sans quoi, tout ce bel ordre est détruit ou sans cesse menacé. Le rêve de la perfection s'évanouit. Il n'y a qu'une chose à en dire : c'est qu'une œuvre ainsi parfaite est absurde, aussi éloignée de l'idéal que du réel.
Il est inutile de poursuivre, comme de faire remarquer que le despotisme le plus absolu, l'absence complète de liberté, sont le cachet de toutes ces institutions.
U Education^ voilà l'institution principale. C'est le beau côté du système. Platon lui a consacré tous ses soins. Sur elle seule il s'étend et la développe, ce qui fait dire à Rousseau de la République^ que c'était un traité A' éducation \
La raison est facile à voir et à donner. Elle est souvent donnée ou rappelée. Suivant Platon, les lois ne sont rien sans les mœurs, et les mœurs c'est l'éducation qui les forme. Aussi la République a peu de lois, ou plutôt n'en a pas ; ses institutions les rendent inutiles; de celles-ci l'éducation est la principale. En réalité, elle n'existe que pour les deux premières classes, les guerriers et les philosophes.
1° Les guerriers. Leur éducation se compose de deux parties : la Musique et la Gymnastique. Celle-ci comprend les exercices du corps, celle-là les arts de Uesprit. Platon en décrit les règles et s'attache surtout à la première. Les guerriers sont d'un caractère énergique qui pourrait devenir féroce. Leur naturel doit être adouci. C'est aux Muses que sera confiée leur éducation.
Les Muses, ce sont les arts et la poésie.
Mais la poésie et les arts^ tels qu'ils ont formé jusqu'ici la jeunesse athénienne, ne sont bons qu'à corrompre les âmes. Les ouvrages des poêles, {['Homère^ ({'Hésiode, etc., sont remplis de fables et de récits licencieux, où les Dieux qui sont mis en scène se livrent à toutes les passions des hommes. Ce sont de fort mauvais modèles. Platon fait de la mythologie iVJIomêrc et des autres poètes, la censure la plus sévère.
1. « Ce n'est point un ouvrage politique, c'est le plus beau traité d'éducation qu'on ait jamais fait. » (Rousseau, L'm//f, 1.)