‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 135 sur 168 · LA RÉPUBLIQUE, LES FORMES DE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE, LES FORMES DE GOUVERNEMENT

Ces poètes, il les bannit, les renvoie, des parfums sur la tête, le front orné de bandelettes, de sa République (Rép., III). A leurs fables il substitue d'autres fables, une poésie et des arts dont le caractère est exclusivement moral (liv. Il, III, IV).

La république est fondée. Oui doit la gouverner? Platon (liv. V) fait ici le tableau de l'état social des cités grecques et de la démagogie athénienne à cette époque. Il signale ses vices et ses excès. Il conclut qu'il n'y aura pas de remède aux maux dès Etats, tant qu'ils ne seront pas gouvernés par les philosophes. La philosophie, n'est-ce pas la raison la plus haute? Elle doit commander dans l'Etat comme dans l'individu. Les philosophes seront les magistrats appelés à gouverner la cité.

2*" Choisis parmi les guerriers, leur éducation est la chose la plus importante, et l'on conçoit l'étendue qu'elle occupe dans ce plan idéal. C'est le morceau capital de la République, Les livres V, VI et VII y sont consacrés. On y retrouve les parties les plus hautes de la philosophie de Platon : son idée de la philosophie] sa théorie des idées \ Vidée du bien^ couronnement de sa métaphysique et de tout son système; V esprit et le caractère philosophiques; et, comme préparation à la philosophie, l'étude des sciences mathématiques Qiphysiques, de Vastronomie surtout et de la musique envisagées du point de vue mathématique, selon la tradition pythagoricienne (liv. VI).

IV. Les formes de gouvernement. — Platon ne se horne pas à tracer le plan de sa République idéale. Il passe en revue les autres formes qui plus ou moins s'en écartent, images selon lui imparfaites de la justice dans la société, comme elles se reproduisent également dans les individus.

Tout ce qui est né doit périr: ysvopisvwTiavTl cpQopà sttl. C'est la loi de l'univers visible ; elle régit les corps célestes et les révolutions des astres. Il y a des périodes fatales mesurées par les combinaisons des nombres, pour tous les êtres de la nature, les animaux, les plantes, etc. Parmi les œuvres des hommes plus périssables encore, ce qu'il y a de meilleur ne peut y échapper.

Un jour viendra donc où cette belle constitution elle-même devra s'altérer, se détruire, et cela au temps marqué par le nombre fatal auquel est attachée sa destinée. Nous omettons ce nombre, qui, d'après Platon, disciple des pythagoriciens, marque la durée de sa cité idéale.

Ce passage célèbre, qui a tant exercé les commentateurs, malgré leurs efforts, est peut-être encore une énigme. S'il peut offrir aux mathématiciens de l'intérêt, il en a peu aujourd'hui pour les philosophes.

Ce qui suit en a beaucoup plus; mais il est impossible, dans une analyse, de reproduire cette suite de drames où Tauteur, à la fois philosophe, artiste et historien, nous montre, sur le double théâtre de la société et de la conscience, la série des formes de gouvernement qui s'engendrent de la forme principale et, par une dégradation successive, aboutissent à la forme la plus éloignée de la justice et qui est la tyrannie.

Platon, dans ces peintures, n'est pas aussi loin du réel qu'on le croit; on y voit figurer tour à tour la Sparte dégénérée de Lycurgue et la Crète de Minos, V Athènes oligarchique de Solon, la démocratie de Périclès et la démagogie de son temps, la tyrannie syracusaine et d'autres espèces que lui offraient les républiques anciennes, sans doute, et qu'il peint avec les plus vives couleurs. A côté sont tracés, avec la plume du moraliste que Théophrasle dut envier, les caractères principaux qui, dans l'homme et son gouvernement intérieur, répondent à ces formes de la société : le caractère aristocratique, timocratique ^ oligarchique et tyrannique.

Nous nous bornons à marquer la suite et l'enchaînement logique de ces formes.

1° L'aristocratie. — La première, la forme parfaite, on la connaît; Platon la nomme aristocratie (le gouvernement des meilleurs). Après s'être longtemps conservée, elle s'altère et se corrompt. Mais elle ne périra pas tout entière et tout à coup. D'elle naîtront des formes de plus en plus imparfaites, images dciiguives de la justice, mêlées de justice et d'injustice, et qui, toutes destinées à périr par l'excès de leur prin-

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