ARISTOCRATIE, ETC
cipe, doivent aboutir à une forme dernière, la plus mauvaise de toutes, image de Vinjiistice parfaite^ la tyraniiie.
Comment la forme parfaite doit-elle périr et se dissoudre? La cause principale est la discorde qui doit se mettre entre les classes et entre les citoyens.
L'unité n'y sera plus. Les trois races viendront à se mêler et à se confondre. L'éducation sera négligée, ses règles ne seront plus observées; la constitution en sera ébranlée. Dans rÉtat s'introduit la sédition. De là les combats qu'engendrent les haines réciproques. Il naît alors une forme imparfaite de gouvernement qui tient le milieu entre Varistocratie et Voligarchie et qui peut s'appeler timarcide ou timocratie. C'est celle où la passion guerrière remporte sur la sagesse et la raison. L'ambition, l'amour de la gloire s'empare du cœur des hommes. Cette forme, Sparte en offre le modèle. Platon la décrit, et à sa suite il trace le portrait de l'homme ambitieux.
2° La timocratie. — Cette forme retient quelque chose de l'aristocratie, le respect des magistrats, l'aversion des gens de guerre pour l'agriculture, les repas publics, l'ardeur des exercices gymnastiques et militaires. Ce qui lui est propre, c'est la crainte d'élever aux dignités les gens sages, le choix d'esprits bouillants, d'une valeur peu éclairée, plus portés à la guerre qu'à la paix. Elle a aussi quelque chose de l'oligarchie, l'avidité pour les richesses. Adorateurs farouches de l'or et de l'argent, ils les confient aux ténèbres. D'où viennent ces défauts? De ce qu'ils ont négligé la véritable muse (la philosophie) et préféré la gymnastique à la musique. Son vice radical est l'ambition et la brigue.
3° L'oligarchie. — La forme qui succède à la précédente est Yoligarchie^ celle où le cens décide de la condition des citoyens. Les riches y commandent, les pauvres n'y ont aucune part au pouvoir. Comment se fait le passage? Les richesses accumulées dans les coffres des particuliers perdent à la fin la timarchie. Le luxe va toujours croissant. De là l'infraction aux lois, le luxe et la jalousie des femmes, les rivalités, un progrès toujours croissant de la passion des richesses. La vertu diminue dans le même rapport; car l'or
et la vertu sont comme deux poids dans une même balance; quand l'un monte, l'autre baisse. Mais le vice capital, c'est que l'État n'est pas un. Il y a au moins deux Etats dans un seul, l'un des riches, l'autre des pauvres, ennemis acharnés à se détruire. Qu'arrive-t-il? Un riche ruiné se met à la tète des scélérats de toute espèce qui pullulent dans cette société et s'empare du pouvoir. Suit le portrait de l'homme oligarchique.
4° La démocratie. — Le morceau capital est ce qui a trait à la démocratie.
Platon avait présents devant lui les excès de la démagogie athénienne, les malheurs et la tyrannie qui en avaient été la suite; il est très sévère pour cette forme de gouvernement éloignée de la sienne; il en fait plutôt la satire. Mais le tableau, tel qu'il Ta peint, de la société démocratique est instructif.
Le désir insatiable des richesses chez les uns, le libertinage et l'intempérance chez les autres, l'engendrent ou sont la cause principale. De là un corps de gens oisifs, armés de puissants aiguillons, perdus de dettes ou notés d'infamie, qui n'aspirent qu'à une révolution, nombreux essaim de pauvres ou de frelons. Le contraste de la misère du grand nombre avec l'opulence et la vie molle et voluptueuse des autres, du pauvre maigre et robuste à côté du riche élevé à l'ombre et chargé d'embonpoint, frappe de plus en plus les regards et trahit la maladie inévitable du corps social. De là les séditions, les guerres intestines entre les riches et les pauvres; la victoire des pauvres sur les riches amène l'étabhssement de la démocratie.
Quant à ce qu'elle est en elle-même, Platon, pour la peindre, emploie des couleurs qui d'abord semblent assez favorables; il veut, dit-il, en indiquer le bien avant le mal; il en détermine d'abord le principe. Ce principe, c'est la liberté. Mais laquelle? Celle de tous et de tout faire, l'indépendance, le choix laissé à chacun de vivre à sa guise. Ce régime a sa beauté apparente, celle d'une prodigieuse diversité de caractères, bigarrure séduisante. Il y a aussi plusieurs gouvernements en un seul. Tous les plans s'y succèdent et offrent toutes sortes d'échantillons. La vie y paraît douce et com-