LES LOIS ET LA RÉPUBLIQUE
(( Le but qu'il ne faut jamais perdre de vue se réduit à un seul point essentiel, savoir ce qui peut rendre Thomme vertueux et accompli moralement.
« C'est là le but vers lequel tous les membres de la société, hommes et femmes, jeunes et vieux, doivent diriger tous leurs efforts durant toute leur vie. C'est sur cette règle qu'il faut juger toutes les lois, soit pour les approuver, soit pour les blâmer. Condamnez d'avance celles qui ne seraient pas capables de produire cet effet, mais pour celles qui y seraient propres, embrassez-les avec joie et conformez-y votre conduite. » (Liv. IV.)
Ainsi la vertu, faire éclore toutes les vertus, voilà ce à quoi doit tendre le législateur homme d'Etat. Ce sera l'objet de sa pensée en tout ce qu'il fera, disposera, ordonnera. Dans les lois, ce sont aussi les mêmes vertus (sagesse, tempérance, etc.), mais on remarquera que l'ordre en est interverti. La sagesse est en tête et conserve son rang. Viennent à sa suite la tempérance et la justice. Le courage est relégué au quatrième. La pensée du législateur est celle-ci : telle qu'on la conçoit ordinairement, cette vertu trop prêchée des législateurs anciens et en honneur dans les républiques n'est qu'une vertu particulière. Isolée des autres, est-elle une vertu? On doit se rappeler ce qui a été dit de l'unité des vertus. Pour être une vertu, le courage a besoin d'être précédé, accompagné et inspiré des autres vertus. Le courage vrai est le courage éclairé, qui se modère, que la justice inspire et qui ne doit jamais s'en séparer, mais se mettre à son service. Platon fait à ce sujet une critique sévère de Sparte où la vertu guerrière, comme ailleurs, passait avant les autres.
2° Même assimilation de VÉtat et de Vindivîdu, celui-ci étant donné comme type devant servir à organiser la société civile; seulement ce type sera moins exact, moins pur et bien dessiné. Il y aura quatre classes au lieu de trois, qui ne représentent plus les facultés ou puissances de l'âme. Le bon sens, la fortune, servira à les distinguer et à les établir.
3^ L'idée de Va justice y sera conçue et définie de même, comme la puissance régulatrice et harmonisatrice, distribuant les rôles, maintenant à chacun et à chaque chose sa fonction
spéciale, empêchant qu'ils ne sortent de leurs limites ou attributions. Seulement il faudra y faire aussi une part sinon à l'injustice, au hasard et à la nécessité.
4^ Vimité sera toujours le principe dominant, car runi'të, on ne l'a pas oublié, c'est Vidée. Ce principe métaphysique ici descendu de sa hauteur idéale n'aura plus la même rigueur absolue; l'unité comportera plus de variété.
Ce sera toujours le point de mire vers lequel seront dirigés les regards du législateur, de l'homme d'Etat. L'unité, c'est, il est vrai, aussi la diversité, mais la variété ramenée à l'unité, c'est-à-dire l'harmonie.
5° Appliquée à l'Etat, l'unité c'est sa communauté . Quoique modifiée, l'auteur, qui l'abandonne avec regret, y revient sans cesse. Ce sera, lui-même Ta dit, supra, la tendance incessante, dans les lois, les règlements, les institutions, etc. L'Etat nouveau lui-même s'écartera le moins possible de ce but. Le tout sera constitué, organisé, régularisé d'après ce principe.
6" Les corollaires seront les mêmes : l'absence de liberté individuelle, la liberté placée dans la raison, l'obéissance volontaire à la loi. L'absolutisme de TEtat sera moins grand. Il y aura plus de liberté dans les institutions. Des concessions, pour nous d'une importance capitale, sont faites sous ce rapport à la propriété, à la famille, à l'éducation, aux arts et à la poésie. Les citoyens choisissent leurs magistrats, etc., mais le tout réglementé, corrigé, resserré dans les limites les plus étroites et les plus précises.
7° V immobilité sera une autre conséquence, l'horreur de tout changement, la fixité, la stabilité dans les lois, les arts, la musique, la danse, etc.
8" Une chose aussi à remarquer et qui vient de la confusion de la législation proprement dite avec la morale, c'est que le législateur sortant souvent de son rôle et usurpant sur celui (hi moraliste, se croira obligé d'entrer dans le domaine de la vie privée, d'en réglementer tous les détails. Ce qui est exhortation, précepte de sagesse pratique devient objet de lois spéciales souvent très sévères. Exemple ce qui concerne la famille, etc.
Telles sont les ressemblances principales entre les deux