LES LOIS ET LA RÉPUHLIQUE
conceptions, toutes deux idéales, mais la seconde, comme on l'a dit, plus rapprochée de la réalité.
Quant aux diffcrences, les plus générales ont été déjà indiquées. Toutes dérivent du même principe : de l'idée qui est le point de départ, la nécessité de se plier aux exigences du réel et dV accommoder les lois, les institutions, etc. Mais ce sera toujours dans le même esprit. Le môme cachet déposera partout son empreinte dans les cas particuliers comme sur Tensemble. Dans les innovations elles-mêmes se fera sentir ridée dominatrice qui est la pensée du philosophe, dans le plan, Torganisation de la cité, etc. Il nV aura plus de libéralité dans les institutions. Les citoyens jouiront de plus de liberté. La propriété sera rétablie; le peuple prendra part aux déhbérations. Par lui, se fera le choix des magistrats. L'élection en sera la base ainsi que pour les charges et emplois publics. La communauté des femmes et des enfants disparaît. Les mariages sont en honneur; mais les règlements pour la vie privée, les repas en commun, sont établis pour les femmes comme pour les hommes. L'éducation aussi est commune quoique séparée pour les deux sexes. Cette éducation se fait d'après les mêmes principes; elle a les mêmes objets et des exercices semblables.
Au lieu de passer en revue plus ou moins légèrement tous ces points, il vaut mieux s'arrêter à quelques-uns des plus importants où la différence qui, avec la ressemblance, s'accuse dans la pensée du philosophe, apparaît en ce qu'elle a de plus original; ce qui constitue pour nous un progrès, bien que lui-même y voie souvent une déchéance ou une déviation de son type principal à ses yeux le plus parfait.
IL Constitution. — La République, à vrai dire, n'a pas de constitution. Si ce nom lui convient, c'est celui qui lui a été donné, d'aristocratie de l'esprit, de sophocratie^ pour désigner le gouvernement par des philosophes. Les Lois en ont une qui est réelle et définie. Que sera-t-elle? L'ouvrage commence par ce problème de la meilleure forme de gouvernement (liv. I).
Platon, qui fait la critique, avec l'éloge, des Etats existants ou avant lui, d'Athènes, de Sparte, Mycènes, la Crète, etc.
(liv. Il, III), trouve qiae le vice radical est: 1*" de s'être constitués en vue d'un but exclusif qui n'est pas nième le vrai but : les uns en vue de la guerre (Sparte, la Crète), les autres en vue du commerce et de l'industrie (l'Egypte); tandis que le vrai but de toute société ou de la vie en commun est la paix, celle-ci ayant pour objet principal, sinon unique, la vie vertueuse, par là môme aussi la plus heureuse. En elle seule est la garantie véritable de l'accord entre tous les citoyens, comme aussi de l'accord de la paix avec les autres Etats.
Les paroles sont à citer :
« Le plus grand bien d'un Etat n'est ni la guerre ni la sédition; au contraire on doit faire des vœux pour n'en avoir jamais besoin; mais la paix et la bienveillance entre les citoyens. » Celui-là ne sera jamais un bon politique qui a pour objet les guerres du dehors, ni un sage législateur; mais il faut qu'il règle tout ce qui concerne la guerre en vue de la paix, plutôt que de subordonner la paix à la guerre.
(( Quiconque sera tant soit peu versé dans la police des États ne peut se proposer dans ses lois d'autre but que la plus excellente vertu \ (Liv. I.)
2° Le meilleur gouvernement sera celui qui, conçu en vue de la paix, sera aussi le plus propre à assurer sa durée, à maintenir sa stabilité. Il ne le peut qu'autant qu'il sera éloigné de tout excès^ l'excès étant ce qui en toute chose amène le désordre et avec le désordre la maladie, la mort dans le corps social comme en tout être organisé. Ce sera le gouvernement tempéré^ comme étant le mieux équilibré, le plus capable d'éviter les excès, les chocs, la division. Platon a l'honneur d'avoir le premier exposé et formulé la théorie du gouvernement tempéré, avant Aristote à qui ordinairement on l'attribue et qui n'a fait ici encore qu'imiter son maître et perfectionner sa théorie [Polit., III). Platon fait plus, chez lui à la théorie s'ajoute la leçon de l'histoire. Il passe en revue les deux formes de gouvernement où cet excès est le plus visible et le plus funeste par ses conséquences.
1. Aristote (Polil., ch. vu) romaniue comme Platon qu'à Sparte et en Crète, presque tonltï réducation et la plus grande partie des Lois n'avaient d'autre but que la guerre. (Grou, note 13.)