LES LOIS, LES INSTITUTIONS
III. Les Institutions. — Elles sont tout autres dans les Lois que dans la République. Le communisme, du moins en partie, disparaît avec ce qu*il avait d'utopie choquante, quelquefois révoltante. Nous n'avons pas à nous y appesantir, si ce n'est en ce qui concerne la propriété^ la famille., X éducation., etc. Quelques mots d'abord de la propriété.
1° La propriété. — Bien qu'à regret Platon la maintient, mais il ne l'a pas mieux comprise et son principe étant donné, il ne le pouvait pas. Pour lui c'est toujours une nécessité fâcheuse, nullement reconnue comme un droit dans celui qui possède : le droit de l'individu comme extension de sa personnalité ^ Aussi, bien qu'étant admise aussitôt elle est réglée, limitée de toutes les façons, ce qui la rend presque illusoire. La terre appartient à l'Etat seul propriétaire. Elle est divisée en lots, 5,0440. Pourquoi ce chiffre? Pour la commodité qu'offre ses nombreux diviseurs. Ces lots sont inaliénables, intransmissibles. En réaUté, le citoyen reste fermier de l'Etat. Il en est de même de ce qui se rapporte à la propriété, l'acquisition, la transmission, la succession; de même pour les professions, l'industrie, le commerce, les échanges; la monnaie d'or et d'argent supprimée, ou réservée aux besoins de la guerre; le prêt à intérêt défendu, etc., etc. On verra ce qui est d'une autre possession, les esclaves {infra).
Le Sénat., la magistrature et V élection des magistrats ^ Y administration., le pouvoir judiciaire mériteraient aussi notre attention. Obhgé de choisir, ce qui concerne la famille est pour nous le principal intérêt.
2" La famille. — Elle est réintégrée, cela seul est une différence capitale. Elle Test comme nécessaire au renouvellement de la population, pépinière de l'Etat. Mais dans quelles conditions pour les membres qui la composent, pour la femme en particulier, qui a ici une place nouvelle, même dans la société civile et politique?
La promiscuité disparaît; avec elle ce qui nous révolte le
toutefois obligé de faire une concession an goût de la multitude passionnée pour l'égalité simple, les autres espèces de justice. Autant de brèches faites contre la vraie justice à ce qui est parfait et exact. >• (Liv. VI).
1. Aristote lui-même ne semble pas avoir mieux compris ce principe, qui pour lui est l'alTection, le désir et l'amour de la propriété {Polit., 1).
plus dans la Républifjue. L'union conjugale est rétablie; le mariage déclaré saint, entouré de respect, consacré par des cérémonies religieuses qui en montrent la sainteté. D'excellents conseils ou préceptes sont donnés sur le choix des époux, l'accord des caractères, la proportion à garder dans la fortune comme lien des familles. Le législateur n'oublie rien, jusqu'à sortir de son rôle; il s'étend sur les devoirs des époux avant et après le mariage, ce qui concerne la procréation des enfants, etc.
Il reproche aux législateurs avant lui de ne pas s'être occupés des femmes et en fait voir les dangers. Il réclame pour elles une éducation distincte, propre à les tirer de leur ignorance et de l'état d'infériorité où, sous ce rapport, on les a laissées, etc. [Lois^ VIII.)
Il y a beaucoup à louer dans ce que dit Platon à ce sujet, dans les Lois, Mais on a peut-être aussi exagéré l'éloge \ A côté du bien et de ce qui est un réel progrès, il y a aussi à signaler ce qui reste conforme à l'esprit antique et ne tient pas moins à un vice du système. Ceci nous oblige à y regarder de plus près.
D'abord, la femme en elle-même, comment Platon la comprend-il? Il la déclare de même espèce ou de même nature que l'homme. C'est déjà beaucoup pour un ancien, on Pa dit à propos de la République. Mais prétend-il en faire son égale, du moins de cette égalité proportionnelle que lui-même a si bien décrite? On ne le voit pas. Elle lui est inférieure en tout, à cause de sa faiblesse, £t:1 izio-'. aTBîviTTspov yjvr, avopoç {Rép., 455). Elle participe de tout ce qui fait sa nature, TcàvTtov uiàv uLîTÉys». '''^'jvr^ STt'.TrjOS'jjjiaTtov xa-rà cpùa-'.v (ibid.). Eu tout plus faible, elle est capable de tout ce dont lui-même est capable.
Douée des mêmes facultés, elle a aussi les mêmes talents et les mêmes aptitudes. Elle a montré qu'elle peut réussir en tout ce en quoi il excelle, dans les arts, les sciences, la philosophie. Elle a les mêmes vertus. En cela il la relève et
1. Nous avons sous les yeux une pape éIo(iuenlc tie V. Cousin où l'illustre Iraducleur de Platon {Ar<j. <lvs Lois, LXXX) nous semble avoir dépassé la mesure.
l'honore. C'est pour cela qu'il la fait participer à tous Jes exercices du corps et de l'esprit, qu'il réclame pour elle la même éducation. Est-il vrai qu'il ait « voulu la placer au même rang « (V. Cousin)? Ce serait selon nous le contraire de la vérité. Est-il vrai surtout qu'il ait compris ce qu'est la femme, sa nature et son rôle? Ceci est l'opposé de toute la pensée du philosophe. Pour s'en convaincre, il suffît de jeter un coup d'œil sur ce qui est dans ses autres écrits.
D'abord ce qui est dit dans le Timée de l'origine de la femme et de sa naissance fait voir ce qu'il entend par son infériorité.
Dieu, qui crée les êtres organisés, dit que « le genre humain étant divisé en deux sexes, l'un, l'espèce virile, serait plus parfait que l'autre^ xps^T-ov ttoioûtov. Les femmes naissent des hommes, s; àvopcov y'jvaixsç. Elles naissent de ceux qui ont mal vécu; ceux-ci, à cause de leur injustice, sont menacés de devenir femmes après la deuxième génération [Timée ^ 32); de sorte que la naissance de la femme est une espèce de châtiment, de péché originel, ce qui est peu propre à nos yeux à la relever. Ce qui est dit du caractère des femmes ne l'est pas plus. Au commencement du Timée^ Platon, rappelant ce qu'il a dit des femmes dans la Republique, de la nécessité de mettre leur caractère d'accord avec celui des hommes dont elles se rapprochent, 'zolq àvopào-i TTapanVriO-Uç (Timée, (I, 8), ne dit pas en quoi consiste cet accord ni ce qu'est ce caractère.
Sous ce rapport, on en convient, « il n'est pas tendre pour elles » [ibid.). Il les traite partout fort mal, ne voit que leurs défauts, non leurs qualités; ces défauts sont la légèreté, la frivolité, la ruse, le goût du luxe, une certaine obstination à vivre dans l'ombre d'une vie retirée, qui leur permet de se livrer sans contrainte à leurs mœurs dissolues, de cacher leurs dérèglements [Lois^ VIII). Nulle part il ne saisit les vraies différences. Les qualités distinctives de la femme qui, au moral comme au physique, en font non un être à part, mais la moitié dans un tout harmonique, lui échappent entièrement. Ces qualités par lesquelles elle est non seulement Tégale de l'homme, mais lui est supérieure, je veux dire les qualités de
sentiment, il les ignore ou paraît les ignorer. Pas un mot n'est articulé, chez lui, qui en fasse mention. L'amour, qui est pour la femme comme le centre de sa vie, est oublié ou rabaissé [infva). La beauté féminine elle-même, ce qui en fait le charme principal, la grâce, « plus belle que la beauté », il semble, s'il la voit, qu'il ne l'apprécie pas. Surtout cela, du reste, tout son système est moins propre à l'éclairer qu'à lui fermer les yeux. Le 8'jij.6; par exemple, qui représente le cœur, placé au-dessous du vojç ou de l'intellect, n'a rien de commun avec cette faculté supérieure à laquelle il doit seulement obéir. Cette lacune de la psychologie ici se retrouve. Aussi le sexe plus faible, à cause de sa faiblesse, est déclaré moins disposé à la vertu : 8r,)v£ia îpja-t.ç eo-t». -po; àpsT/.v ys'.pcov. Il n'est pas étonnant que le rôle de la femme, faite pour la vie intérieure, lui ait encore plus échappé. Il veut la produire au grand jour, ei; cpco;. Il sent bien qu'elle y résistera, mais il espère vaincre son opiniâtreté [Lois^ YIIl).
Go qui prouve encore plus que Platon n'a rien compris de la nature de la femme, c'est l'amour comme il l'entend, l'amour platonique. Cet amour, loin d'être pour lui l'amour de la femme, est resté ce qu'il était, quoique purifié, idéalisé, l'amour antique, celui du bel adolescent, de l'éphèbe. Il n'a pas vu que l'amour vrai « même idéal », c'est l'amour de deux êtres différents, mais faits l'un pour l'autre, et qui, précisément parce que ce qui est à l'un n'est pas à l'autre, et que ce qui manque à celui-ci l'autre le possède, est ce en quoi consiste l'harmonie et les attire. Lui-même est resté, sous ce rapport, tant est grande la force du préjugé, inhdèle à sa propre théorie {Banquet^ supra).
L'amour pour la femme reste ainsi au degré inférieur où il est l'amour physique, dont le but est la génération, l'amour populaire ou démolique. L'amour idéal, le véritable amour, c'est l'amour masculin. Platon le dit formellement dans le BatKjuct. « Mais la Vénus céleste n'étant pas née de la femelle, mais du mâle, l'amour qui l'accompagne ne recherche que les jeunes gens. Attachés à une déesse plus âgée et qui par conséquent n'a pas les sens fougueux de la jeunesse, ceux qu'il inspire n'aiment que le sexe masculin naturellement plus
fort et plus intelligent. » — L'intelligence et la force, voilà ce qui rend supérieur.
Tout ce que Platon peut faire ici, c'est de corriger, de purifier cet amour, d'en écarter tout désir sensuel. Il s'y attache et le fait le plus possible.
Il faut lui savoir gré de la condamnation la plus sévère et en termes les plus énergiques qui soient d'un ancien, portée contre le vice antique \ l'amour contre nature. « La nature a attaché les plaisirs de l'amour à cette union des sexes qui a pour fin la génération, et toute autre union des mâles avec les mâles ou des femelles avec les femelles est un des plus grands attentats contre la nature que l'excès de l'intempérance eût produit. » [Lois, l.)
Quant aux moyens à employer pour déraciner ce vice si général et si profondément enraciné dans les mœurs, on ne peut qu'admirer la confiance du moraliste législateur {Loù^ VIII). Ces moyens, pour nous chimériques, sont d'abord la persuasion, l'éducation, les lois non écrites, àypacpot. v6|jLot., c'est-à-dire les usages. Le deuxième moyen est la voix publique, l'opinion, pour tenir le même langage à tous les habitants libres ou esclaves.
Le philosophe a beau dire : « Je soutiens qu'une fois que cette loi aura été consacrée d'une manière suffisante elle subjuguera tous les cœurs ». Il a beau répéter encore plus sa définition de l'amour parfait et de l'amant véritable {Lois^ VIII). « L'amour est à la fois l'amour du corps et de l'âme, mais de l'âme avant tout. Celui qui se met peu en peine de la beauté du corps, qui en voit la beauté avec les yeux de l'âme, transporté d'un amour légitime pour l'âme de son ami, plein de respect pour la sagesse et la tempérance, la force, la grandeur d'âme, souhaite que son commerce avec l'objet aimé n'ait jamais rien que de chaste. L'amour fondé par la vertu, lequel n'aspire qu'à rendre parfait celui qui en est l'objet, celui-là nous l'introduisons volontiers dans notre République. »
Belles maximes! faible digue à opposer, en un tel sujet, aux passions humaines.
1. « Nous réussirons à eu bannir entièrement l'amour des garçons... » {lUd.)
Platon ne songe pas qu'il y ait un autre amour légitime et permis que celui qu'il décrit, celui des âmes, de deux âmes distinctes et semblables qui se conviennent, que cet amour, c'est l'amour de la femme. Il ne soupçonne pas ce qui fait la sainteté de l'amour conjugal, que lui-même préconise. Mais Platon, qui s'élève au-dessus de son temps, y retombe.
Le christianisme est encore loin, qui doit donner de la femme un autre idéal, de l'amour pur d'autres définitions que celles de l'amour platonique, du mariage et de sa sainteté une autre idée, proposer aussi à la chasteté d'autres modèles que ceux du divin Platon dans le Phèdre^ le Banquet et dans les Lois : je ne parle pas de la République.
La conclusion est que Platon n'a pas compris la femme, que pourtant il a voulu relever; qu'il relève, en effet, en proclamant son identité de nature avec celle de l'homme et qui réside surtout dans ses facultés. Il n'a pas compris sa nature propre qui en fait l'égale de l'homme, quoique différente de lui, qui lui assigne un rôle distinct dans la famille et dans PEtat, dans la société domestique surtout qui est son monde véritable et où elle est souveraine. Elle l'est en effet, mais seulement par toutes les qualités propres qui lui assurent cet empire, d'où son influence s'étend au dehors, dans la vie publique; mais qu'elle perd dès qu'elle veut être ce qu'elle n'est pas et ne peut être, sans cesser d'être elle-même ou inférieure, pour devenir ce qui lui est non interdit mais moins séant ou peu naturel : médecin, avocat, magistrat, politicienne, amazone ou guerrière.
Il n'a pas compris davantage ce qui fait l'essence de l'union conjugale, la sainteté du mariage, lequel, avec ses autres fins, sans doute réelles et nécessaires, est l'union des âmes, ce que le christianisme doit également proclamer.
Par tous ces rapports, il est resté de son temps, de sa nation, on peut ajouter de son système.
Mais il ne faut pas moins le louer de ce qu'il a fait et voulu faire pour réhabihter la femme, plus et surtout beaucoup mieux dans les Lois que dans la République,
Ayant dû nous attacher à ce point principal, nous passerons sur ce qui est relatif au mariage^ les sages conseils
LES LOIS, l'éducation 455
relatifs au choix de la femme, aux unions bien assorties des caractères, qu'il assimile au mélange, en une seule coupe, de liqueurs différentes, dont la saveur trop âpre ou trop douce a besoin d'être tempérée, ce qui est dit contre l'ivresse dans les festins, etc. Platon suit les époux jusque dans les plus petits détails de la vie privée, qu'il veut autant que possible être commune; sa sévérité est très grande à l'égard des unions illégitimes.
(( Quant à l'amour des femmes, si quelqu'un en connaissait une autre que celle qui est entrée en sa maison sous les auspices des dieux et sous le titre sacré du mariage, soit qu'elle lui soit acquise par achat, etc., qu'il soit déclaré infâme, privé de ses droits de citoyen. » (Liv. VIII.)
On remarque aussi ce qui est dit de l'éducation des femmes, oubliée ou presque négligée des législateurs anciens : « Ils n'ont fait que la moitié de leur tâche. Je veux qu'un législateur soit parfait, qu'il ne laisse pas les choses à demi en laissant les femmes mener une vie voluptueuse, sans règle ni conduite » (àTàxTw.;, II, 664).
Mais il va trop loin, quoique d'accord avec ce qui précède, en voulant que cette éducation, quoique séparée, soit la même que celle des jeunes gens. La femme est soumise aux mêmes exercices de gymnastique, etc.
« On dressera les fdles à toutes espèces de danses et de combats à armes pesantes. Les femmes apprendront les évolutions, les ordres de bataille », etc.
3*" Education. — Devant en traiter plus loin à part, nous n'avons ici que peu de mots à dire sur ce qui est particulier aux Lois. Son importance est reconnue, mais non plus comme étant l'institution fondamentale. Elle occupe une grande place. Les livres II et VII y sont presque en entier consacrés. Des modifications importantes sont néanmoins apportées. Le fond est le même pour l'éducation des magistrats : la musique et la gymnastique, la danse, les chants, la poésie, le tout réglementé, entouré de prescriptions et de règles étroites.
La poésie est réhabihtée. Même épuration des fables antiques, un adoucissement à la sévérité des jugements de la
République. De nouveaux genres sont introduits, là exclus, ici tolérés : la tragédie et la comédie sont également surveillées, réglementées, soumises à une censure sévère. Gela ne peut étonner.
Quant à l'éducation scientifique ou par les sciences, elle est également modifiée de la part du moraliste législateur et de l'homme d'Etat qui voit dans le poète un rival, dans l'œuvre théâtrale une autre œuvre propre à favoriser la sienne mais aussi à la gâter et à corrompre les mœurs. Elle a un caractère plus pratique d'abord aux premiers degrés de l'éducation commune. Celle des magistrats est plus étendue et plus approfondie. Mais la haute dialectique des livres YI et Yll de la République n'y est plus. Les sciences mathématiques et physiques dans le sens pythagoricien ont le premier rang. La science des nombres, la géométrie, dans un sens plus pratique, entrent dans l'éducation des magistrats comme préparation aux plus hautes fonctions, pour le Conseil supérieur.
11 est impossible d'entrer ici dans le détail de ces lois ou règlements, comme des lois civiles, militaires, etc. Ce qui doit fixer notre attention, c'est ce qui concerne les esclaves et les artisans.
IV. Les esclaves. — Dans la République^ il n'y a pas d'esclaves, c'est qu'ils sont inutiles. Les esclaves y sont remplacés par les artisans. La troisième classe travaille pour les deux autres, dispensées de tout travail manuel. Est-il vrai que, « dans toutes les classes, Platon respecte la liberté * »? Singulière liberté, surtout chez les artisans, que celle qui exclut tout choix de la profession par celui qui l'exerce, qui doit cultiver la terre, travailler le fer sans pouvoir même changer de métier, ni plus sortir de sa condition que de la caste où il serait né! [Rép.^ III, et Lois.)
« Tous les citoyens sont frères. » On a pu voir [supra) en quoi consiste cette fraternité.
1. Nous refçreUons de nou3 trouver peu d'accord avec M. H. Wallon, sur ce qui est dit de Platon à C(î sujet, dans sa belle et savante histoire de !'£■*•claviKje dans rantir/uité {l. 1, 303 et suiv.). On peut voir, par ce «jui suit, en quoi diffère notre opinion de la sienne.
Dans les Lois^ l'esclavage est admis sans objection aucune. Une foule de lois, de règlements, de prescriptions, de conseils, ont pour objet les esclaves. La criminalité est remplie de peines portées contre eux. Platon, comme législateur, se trouvait ici en face du réel, qu'il ne pouvait changer, obligé d'admettre par nécessité l'esclavage dans une société organisée de telle sorte qu'elle ne pouvait exister sans les esclaves. 11 l'admet donc. En a-t-il au moins compris l'injustice? Cette plaie de la société antique lui est-elle apparue dans sa laideur et sa difformité? S'il n'a pas vu de remède, l'a-t-il au moins décrite et signalée comme telle? On n'en voit pas la moindre trace dans tout ce qu'il en a écrit, ce qui, d'abord, étonne d'un tel moraliste; il est seulement embarrassé. Il est vrai, de belles paroles ensuite nous rassurent : « qu'on doit traiter les esclaves avec douceur, être juste, équitable envers eux plus encore qu'envers des égaux. » On s'est laissé trop prendre à ces paroles. La comparaison avec Aristote lui a été aussi favorable.
Au moins *, dit-on, s'il n'a pas protesté contre l'esclavage, il n'a pas fait de plaidoyer pour le justifier. Chez lui, pas de ces misérables sophismes par lesquels l'auteur de la Politique s'est efforcé d'en démontrer la légitimité (liv. 1).
A notre grand regret, nous serons moins indulgent; il n'y a guère mieux, selon nous, à dire, sur ce sujet, du maître que du disciple, de son silence et de sa neutralité.
Nous en dirons les raisons.
D'abord, il ne semble rien voir ni entendre de ce qui se passe et se dit autour de lui. La protestation des cyniques, grossière, hautaine, burlesque, si l'on veut, en actes comme en paroles, pourtant énergique et sérieuse, quelquefois formulée en termes d'un grand sens et très élevés, le laisse tout à fait sourd ou indifTérent ^
La vive répartie de Diogène ^ à propos du sobriquet d'andro-